Mine de Gara Djebilet: L’ambitieux cap des 50 millions de tonnes d’ici 2040
Véritable pivot de la nouvelle politique industrielle de l’Algérie, le projet de Gara Djebilet marque la fin d’une longue attente. Ce gisement stratégique situé à Tindouf passe progressivement du statut de ressource longtemps inexploitable à celui de pilier central de la diversification économique nationale. Avec un horizon fixé à 2040, les autorités ambitionnent un saut productif historique, visant une capacité annuelle de 50 millions de tonnes, concrétisant ainsi un potentiel identifié depuis plusieurs décennies.

Avec Gara Djebilet, l’Algérie ne se limite plus à l’exploitation d’un simple gisement. Elle s’engage dans la construction d’un écosystème industriel intégré, adossé à une vision de long terme, où l’objectif des 50 millions de tonnes d’ici 2040 apparaît moins comme une promesse que comme un cap désormais clairement tracé. Invité de la « Chaîne I »de la radio nationale, le Dr Ahmed Bekhouche, conseiller du Président-directeur général de l’Entreprise nationale de recherche et d’exploitation minière (Sonarem), n’a pas hésité à qualifier cette avancée d’« événement historique pour l’Algérie en général et pour le secteur minier en particulier ». Selon lui, l’exploitation de Gara Djebilet s’inscrit pleinement dans la nouvelle vision stratégique portée par les pouvoirs publics, axée sur la diversification de l’économie nationale hors hydrocarbures et la valorisation locale des ressources naturelles.
Cette ambition repose sur une approche intégrée, en rupture avec les pratiques du passé. « La valeur ajoutée ne réside pas dans la matière brute, mais dans la matière transformée », a souligné le Dr Bekhouche, rappelant que la feuille de route arrêtée dès 2020 privilégie clairement la transformation locale des ressources minières et la consolidation des chaînes de valeur sur le territoire national. À ses yeux, il s’agit d’un choix stratégique irréversible, destiné à faire du secteur minier un véritable levier de souveraineté économique et industrielle.
L’un des tournants majeurs du projet réside dans la mise en service du corridor ferroviaire reliant Gara Djebilet aux zones industrielles du sud-ouest, puis au port d’Oran. La première expédition de minerai de fer par rail symbolise, selon le responsable de Sonarem, la levée d’un défi longtemps considéré comme l’obstacle principal à l’exploitation du gisement.
« Sans infrastructures de transport, aucun projet minier d’envergure ne peut être économiquement viable », a-t-il insisté, soulignant que cette connexion ferroviaire permet désormais de relier durablement Tindouf, Béchar et, à terme, Naâma, au nord du pays et aux débouchés portuaires. Au-delà de l’extraction, le projet de Gara Djebilet se distingue par un schéma de transformation progressive et maîtrisée. Après une première phase de traitement sur site, le minerai est acheminé vers le complexe industriel de Toumiat, dans la wilaya de Béchar, dont la capacité initiale atteint 4 millions de tonnes par an pour la production de concentrés et de boulettes de fer. Ces produits sont destinés en priorité à alimenter les industries nationales de sidérurgie, avant d’envisager l’exportation des excédents via les ports de l’ouest du pays.
L’horizon 2040 marque toutefois un saut à la fois qualitatif et quantitatif. Le Dr Bekhouche évoque une montée en puissance progressive permettant d’atteindre 50 millions de tonnes de minerai extrait par an, dont environ 25 millions de tonnes seront transformées en produits destinés à la sidérurgie. Une part importante de cette capacité sera assurée par de nouveaux complexes industriels, notamment dans la wilaya de Naâma, renforçant ainsi l’intégration industrielle du projet à l’échelle régionale. Les retombées attendues dépassent largement le seul cadre minier.
Pour le conseiller du PDG de Sonarem, Gara Djebilet constitue un puissant moteur de développement pour l’ensemble du sud-ouest algérien, en générant une dynamique économique, sociale et même culturelle. « Les infrastructures, l’activité industrielle et la mobilité qu’elles induisent créent une nouvelle réalité territoriale », a-t-il expliqué, mettant en avant le rôle structurant du rail dans le désenclavement des régions sahariennes et leur connexion durable au reste du pays.
Sur le plan international, l’Algérie entend également renforcer son positionnement sur les marchés mondiaux. En transformant localement ses ressources, le pays améliore sa capacité de négociation et consolide sa sécurité industrielle dans un contexte mondial marqué par une concurrence accrue autour des matières premières stratégiques. « Transformer nos ressources, c’est transformer notre place dans le monde », q résumé le Dr Bekhouche, convaincu que cette approche confère à l’Algérie de nouveaux leviers dans ses partenariats économiques et technologiques.
Par Selma Rachid
