23/04/2026
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Souveraineté, partage et industrialisation: Ce que propose l’Algérie au Tchad

La tenue, dimanche dernier à Alger, de la commission mixte algéro-tchadienne a consacré une approche renouvelée de la coopération, fondée sur la souveraineté économique, le partage des compétences et l’industrialisation des ressources. Avec la signature de 27 accords couvrant des secteurs clés, Alger esquisse ainsi une offre structurée à destination de N’Djamena, mais aussi, plus largement, de l’ensemble de la région sahélienne.

Dans ce contexte, l’Algérie affirme une doctrine claire : promouvoir une intégration africaine fondée sur le développement, la souveraineté et la solidarité, loin des logiques d’exploitation. La coopération avec le Tchad, désormais inscrite dans une phase opérationnelle avec des accords finalisés, pourrait servir de modèle pour un nouveau type de partenariat Sud-Sud, à même de redessiner les équilibres économiques dans la région.

Invité de la « Chaîne III » de la radio nationale, l’expert en économie Hamza Boughadi a souligné que cette dynamique ne peut être dissociée d’une vision stratégique de long terme. Selon lui, « l’Algérie dispose aujourd’hui d’un projet intégré avec une projection à l’horizon 2050 », ajoutant que « nous sommes en train de construire l’avenir, pas seulement pour les prochaines années, mais pour les décennies à venir ». Cette ambition s’inscrit dans une volonté affirmée de repositionner l’Algérie comme un acteur central de l’intégration africaine.

Au cœur de cette approche, la question de la souveraineté économique occupe une place centrale. L’Algérie propose en effet au Tchad de rompre avec un modèle fondé sur l’exportation brute des ressources naturelles. Pays fortement dépendant du pétrole, dont la production avoisine 140 000 barils par jour exportés à l’état brut, le Tchad pourrait bénéficier d’un transfert d’expertise visant à développer des capacités locales de raffinage et de transformation.

« L’objectif est d’augmenter la valeur ajoutée et de permettre au Tchad de mieux tirer profit de ses ressources », a expliqué Hamza Boughadi, rappelant que plusieurs multinationales étrangères contrôlent encore largement l’exploitation de ces richesses. Cette logique s’inscrit dans une démarche de partenariat équilibré. « Il ne s’agit pas d’un modèle d’assistance, mais d’une relation gagnant-gagnant : je gagne, tu gagnes, et nous construisons l’avenir ensemble », a insisté l’expert.

L’Algérie met ainsi à disposition ses infrastructures, son savoir-faire et ses capacités de formation, tout en valorisant les atouts du Tchad, notamment dans les domaines agricole et des matières premières. Ce principe de réciprocité se traduit également par la création d’un Conseil d’affaires bilatéral destiné à faciliter les investissements et à encourager les échanges entre opérateurs économiques.

Le second pilier de cette coopération repose sur le partage des capacités et des infrastructures. L’Algérie entend jouer un rôle de hub régional en mettant à disposition du Tchad ses atouts logistiques, notamment sa façade maritime méditerranéenne. Le port de Djen Djen, évoqué comme une porte d’accès stratégique pour les pays du Sahel, pourrait ainsi devenir un débouché naturel pour les exportations tchadiennes vers les marchés internationaux.

« Nous proposons concrètement nos infrastructures, notre flotte maritime et nos réseaux pour accompagner nos partenaires africains », a précisé Hamza Boughadi. Dans le même esprit, les grands projets structurants portés par l’Algérie, à l’image de la route transsaharienne, du déploiement de la fibre optique ou encore des interconnexions énergétiques, participent d’une vision intégrée du développement africain. L’expert a évoqué à ce titre une sorte de « route de la soie algérienne » en Afrique, destinée à désenclaver les économies sahéliennes et à stimuler les échanges intra-africains, encore largement insuffisants.

Enfin, l’industrialisation constitue le troisième axe majeur de cette stratégie. En s’appuyant sur les complémentarités entre les deux économies, Alger et N’Djamena entendent développer des filières industrielles locales, qu’il s’agisse du textile, de l’agroalimentaire ou encore de la valorisation des ressources minières. Cette orientation s’inscrit également dans la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine, dont la mise en œuvre progressive ouvre de nouvelles perspectives pour le commerce régional. Par ailleurs, cette coopération revêt une dimension géopolitique et sécuritaire.

Pour Hamza Boughadi, « le développement économique est aujourd’hui la clé pour faire face aux défis de la région », notamment le terrorisme et la criminalité transfrontalière, qui prospèrent dans des environnements marqués par la précarité. Dans un Sahel où plus de 80 % de la population est jeune, la création d’opportunités économiques apparaît ainsi comme un levier essentiel de stabilisation.

Par Selma R.

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