Chronique Eco—————————————————La guerre, et après ? : la faillite d’un système bâti sur l’injustice et la prédation
Par Anouar el Andaloussi
La plus grande économie du monde donne une piètre image de sa gouvernance. La guerre contre l’Iran est l’illustration parfaite d’un pilotage à vue. Cette économie qui vit de son influence sur le reste du monde, tant au plan du contrôle du commerce, qu’au plan de la puissance du dollar et de manière générale de la géopolitique. Sur ce dernier point, le bilan de Trump sur sa première année de gouvernance laisse présager un affaiblissement durable de la stature internationale des USA.
La mise à pas du multilatéralisme, point fort de l’Amérique au plan économique depuis la seconde guerre mondiale et particulièrement depuis la chute du mur de Berlin en 1989, est perçu par les acteurs économiques comme un signal pour une plus grande incertitude dans les échanges internationaux et un retour au souverainisme économique des Etats. En fait, il s’agit de donner un coup sévère au libre-échange et à la « mondialisation heureuse » prônée et promue par ces mêmes Etats Unis. L’Amérique a joué un grand rôle, bien entendu pour ses intérêts et ceux de ses alliés, dans la construction de ce système autour du Libre-échange, incarné par l’OMC et le Dollar, monnaie internationale par excellence.
Les deux pieds de l’hégémonie américaine sont en crise symbolique pour le moment, mais réelle à court terme. Trump a scié les deux branches sur lesquelles il était assis. Le Monde est sans boussole. A-t-il ouvert la route à la Chine pour prendre le Leadership économique du Monde ? Rien n’est moins sûr. Il est vrai que le vide laissé ou qui sera laissé par les USA donne l’opportunité à la Chine de pousser encore son avantage économique pour en faire un atout dans la nouvelle géopolitique.
La Chine peut s’enorgueillir de son succès économique, mais son déficit en matière d’universalisme de son modèle politique demeure un handicap sérieux pour accéder à une hégémonie sur le monde comme celle des USA depuis la seconde guerre mondiale. La Chine traine un système politique « non exportable » et surtout qui fait peur à ceux-là même qui veulent adhérer au système économique mondial dominé par la Chine.
Comment en est-on arrivé là ? Les USA ont toujours considéré trois piliers dans leur politique internationale : Le Pétrole, sécurité d’Israël et le Dollar. Ce triptyque a bien fonctionné depuis au moins 55 ans, à partir de 1971, date de la suspension de la convertibilité du dollar en Or ; trois ans après cette décision, les USA ont signé le principal contrat économique et financier de leur histoire moderne, jamais égalé, l’accord avec l’Arabie Saoudite pour facturer le pétrole exclusivement en dollar, c’est la naissance du système dit des « Pétrodollars ».
Cet accord est devenu « la Poule aux Œufs d’Or ». Le Dollar, monnaie internationale, est demandée par tous les pays pour payer les achats du Pétrole. Ainsi, avec l’impression de Dollars pour l’ensemble des pays, les USA financent leur déficit et leur développement à un coût zéro. Ce système a favorisé l’universalisation du Dollar comme monnaie d’échange et de réserves.
Le contrôle du Monde par ces facteurs commence à battre de l’aile. Israël est devenu un pays génocidaire, condamné par les juridictions internationales et les organisations humanitaires et des droits de l’homme, devenu non fréquentable, et dont l’opinion publique mondiale condamnent de plus en plus. Les « Israéliens », eux-mêmes, quittent massivement un pays volé devenu sans avenir. Le système Dollar a été fissuré par la décision de l’Arabie Saoudite d’accepter d’autres monnaies pour la vente de son pétrole.
La Chine, le plus grand importateur de pétrole, amorce cette ouverture et encourage les autres pays à aller dans cette direction. Les détenteurs des obligations du Trésor américain commencent à les céder et la Chine en est le principal détenteur. Un coût dur pour les américains. Le pétrole, dernier pilier de la géopolitique américaine, n’est pas en reste. Même s’ils sont encore le premier producteur et le premier exportateur des hydrocarbures, leurs réserves conventionnelles sont épuisées alors que celles en Schiste deviennent coûteuses et très concurrencées par de grands producteurs, la Russie, l’Iran, le Qatar, le Vénézuéla, l’Irak et l’Arabie Saoudite.
Trump contrôle en partie les hydrocarbures de l’Arabie Saoudite, l’Irak et du Qatar en contrepartie d’une protection, il a pris les ressources du Vénézuéla et maintenant il cible l’Iran. La bête blessée devient féroce. C’est dans cette perspective de déroute morale et surtout économique qu’il faut comprendre la guerre contre l’Iran. Les conséquences de cette guerre seront très importantes pour l’avenir du Monde. L’histoire s’accélère avec ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient.
ANOUAR EL ANDALOUSSI
