L’Algérie renforce son ancrage régional et international
Dans un contexte international marqué par des tensions croissantes et des recompositions géopolitiques majeures, l’Algérie poursuit activement le renforcement de ses relations diplomatiques et économiques, notamment avec les pays du Sahel et ses partenaires stratégiques.
Invité de la chaîne 3 de la radio nationale, le docteur en relations internationales, Mehdi Boukaouma, a livré une analyse approfondie des orientations actuelles de la politique étrangère algérienne, mettant en lumière une stratégie fondée sur l’intégration régionale, la diplomatie économique et la défense des principes de souveraineté.
Au cœur de cette dynamique figure le projet structurant de la route transsaharienne, récemment remis à l’ordre du jour lors du Conseil des ministres. Une délégation algérienne s’est rendue au Tchad pour inspecter les sites stratégiques liés à ce chantier d’envergure. Selon l’expert, ce projet dépasse le simple cadre infrastructurel pour s’inscrire dans une vision globale d’intégration africaine. « On ne peut parler d’intégration économique sans infrastructures de base », souligne-t-il, insistant sur le rôle clé des axes routiers dans la facilitation des échanges commerciaux et humains entre les pays du continent.
Les relations entre l’Algérie et le Tchad illustrent cette volonté politique. Ces dernières années, les deux pays ont intensifié leur coopération à travers la signature de plusieurs accords dans divers domaines, allant de l’économie à l’enseignement supérieur. La présence d’étudiants tchadiens en Algérie et l’ouverture d’une ligne aérienne entre les deux pays témoignent de cette dynamique. À travers ces initiatives, Alger confirme son engagement en faveur d’une coopération Sud-Sud concrète, loin des discours symboliques.
Cette approche s’inscrit également dans le cadre des actions menées par l’Agence algérienne de coopération internationale, qui multiplie les projets de développement en Afrique. L’objectif est clair : renforcer les capacités économiques des pays partenaires tout en consolidant l’intégration intra-africaine. La connexion future des pays sahéliens au port de Djen Djen devrait, à terme, stimuler les flux commerciaux et ouvrir de nouvelles perspectives de croissance régionale.
Au-delà de l’aspect économique, cette stratégie vise également à répondre aux défis sécuritaires et politiques. L’Afrique, riche en ressources naturelles, est devenue un terrain de compétition entre puissances étrangères. Face à cette réalité, l’Algérie réaffirme son attachement au principe de non-ingérence et plaide pour des solutions africaines aux problèmes africains. « Les conflits sur le continent sont souvent exacerbés par des interventions extérieures », avertit M. Boukaouma, appelant à privilégier le dialogue et les mécanismes institutionnels africains.
Parallèlement, Alger déploie une diplomatie économique proactive, notamment en direction de la Mauritanie. La tenue du Salon des produits algériens à Nouakchott illustre cette volonté de promouvoir les exportations nationales et de créer des synergies commerciales durables. Le projet de zones franches entre les deux pays, lancé depuis 2019, vise à stimuler les échanges et à consolider un espace économique régional intégré.
Cette diversification des partenariats s’étend également au-delà du continent africain. Les relations avec l’Égypte connaissent un regain d’intérêt, notamment dans le secteur énergétique. La visite récente du ministre égyptien du Pétrole à Alger s’inscrit dans cette dynamique de coopération, dans un contexte marqué par l’instabilité au Moyen-Orient. Pour l’expert, l’Algérie apparaît aujourd’hui comme un partenaire fiable et stable, capable d’assurer la sécurité des approvisionnements énergétiques.
De même, le partenariat avec la Turquie se renforce progressivement, avec des échanges commerciaux qui devraient atteindre 10 milliards de dollars dans les prochaines années. Cette coopération repose sur une complémentarité économique et une convergence politique, illustrant la volonté d’Alger de multiplier les alliances dans un monde devenu multipolaire.
Sur le plan international, la situation au Moyen-Orient, notamment les tensions autour du détroit d’Ormuz, suscite de vives inquiétudes. M. Boukaouma évoque une « crise systémique » aux conséquences imprévisibles, affectant à la fois la sécurité énergétique mondiale et l’équilibre géopolitique. Dans ce contexte, l’Algérie adopte une position constante, fondée sur le respect de la souveraineté des États et la promotion du dialogue.
Enfin, l’expert met en garde contre les dérives liées à la dépendance sécuritaire vis-à-vis des puissances étrangères. « La souveraineté ne peut être garantie que par des moyens nationaux », affirme-t-il, soulignant l’importance de bâtir des institutions solides et une défense autonome. À travers cette stratégie multidimensionnelle, l’Algérie s’affirme ainsi comme un acteur incontournable, tant sur le plan régional qu’international, misant sur la coopération, la stabilité et une vision pragmatique du développement.
Par Réda Hadi
