10/05/2026
ACTUALITEAGRICULTURE/PÊCHE

Gestion des risques climatiques dans le domaine agricole : La CNMA prépare un dispositif innovant

La Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA) travaille actuellement sur la mise en place d’un nouveau dispositif d’assurance contre les calamités agricoles (DACA), destiné à transformer en profondeur la gestion des risques liés aux aléas climatiques en Algérie. L’objectif est de passer progressivement d’un système d’indemnisation réactif à une approche anticipative fondée sur la prévention et la mutualisation des risques.

C’est ce qu’a indiqué le président-directeur général de la CNMA, Chérif Benhabiles, lors d’une journée scientifique consacrée à l’assurance paramétrique en Algérie. Il a précisé que ce dispositif, encore à l’étude, vise à « prévenir, mesurer et amortir » les effets des catastrophes climatiques sur le secteur agricole, dans un contexte marqué par l’intensification des phénomènes extrêmes et leurs impacts croissants sur la production et la sécurité alimentaire.

Selon lui, le DACA constitue une alternative au système actuel reposant essentiellement sur des interventions publiques post-catastrophe. Le futur mécanisme devrait également offrir une meilleure visibilité budgétaire à l’État, grâce à une évaluation anticipée des besoins liés aux risques agricoles. Il repose, a-t-il ajouté, sur la prévention, la mutualisation des risques et une plus grande responsabilisation des agriculteurs, tout en privilégiant le soutien aux primes d’assurance plutôt que les indemnisations d’urgence.

Chérif Benhabiles a souligné, par ailleurs, l’importance de l’intégration des statistiques, des mathématiques appliquées et de l’analyse des données climatiques dans la conception de solutions assurantielles adaptées aux spécificités du secteur agricole.

De son côté, le directeur des risques agricoles à la CNMA, Djamel Amari, a insisté sur les défis posés par les changements climatiques, notamment le stress hydrique, qui nécessitent le développement de nouveaux instruments assurantiels. Il a rappelé que le système actuel de couverture des catastrophes naturelles (CATNAT), mis en place après les inondations de Bab El Oued et renforcé en 2023, ne prend pas en charge les pertes liées à la sécheresse, considérée comme un risque difficile à couvrir dans les dispositifs classiques.

Le projet DACA, actuellement examiné par les ministères des Finances et de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, devrait ainsi permettre de couvrir plusieurs risques climatiques, notamment la sécheresse, à travers une approche d’assurance paramétrique. Ce modèle, ciblant en particulier les cultures stratégiques comme les céréales, s’appuie sur des données issues de satellites, de drones et de systèmes d’intelligence artificielle afin d’assurer une évaluation rapide des dommages et de réduire les délais d’indemnisation.

Le chercheur à l’École nationale supérieure de mathématiques, Kacef Mohamed Amine, a pour sa part expliqué que l’assurance paramétrique repose sur des indices climatiques déclenchant automatiquement les indemnisations en cas de catastrophe agricole. Ce mécanisme permettrait, selon lui, des indemnisations plus rapides et moins coûteuses pour les agriculteurs. Des études pilotes menées sur certaines filières stratégiques, notamment les céréales, ont déjà suscité l’intérêt des acteurs du secteur, en attendant une phase d’expérimentation sur le terrain.

Enfin, la CNMA confirme sa position dominante dans le secteur, avec plus de 65 % de part de marché en assurance agricole. Son chiffre d’affaires a dépassé 15 milliards de dinars en 2025, enregistrant une hausse de 21 % sur cinq ans, soutenue par un réseau de 580 bureaux locaux couvrant l’ensemble du territoire national. Sur la même période, plus de 210 000 sinistres ont été indemnisés sur un total de 228 670 déclarations.

Par Selma R.

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