SIPSA-FILAHA et Agrofood 2026 s’ouvre à Alger: Cap sur la modernisation et la souveraineté agricole
Le Salon international de l’agriculture, de l’élevage et des industries agroalimentaires (SIPSA-FILAHA) et Agrofood 2026 a ouvert ses portes lundi au Palais des expositions (Safex) à Alger. C’est le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El Mahdi Oualid, qui a donné le coup d’envoi officiel de cette 24e édition, en présence du ministre égyptien de l’Agriculture et de la Mise en valeur des terres, Alaa Eddine Farouk.

Ce rendez-vous incontournable de l’agriculture en Algérie et en Afrique, qui se poursuivra jusqu’au jeudi 21 mai courant, a drainé une participation record de 850 exposants algériens et étrangers issus de 40 pays, dont l’Égypte, le Niger et la Mauritanie comme invités d’honneur. Placée sous le slogan « Moderniser l’agriculture, renforcer la souveraineté alimentaire et anticiper l’avenir », cette manifestation économique enregistre la participation de près de 250 marques internationales et devrait attirer plus de 40.000 visiteurs, selon les organisateurs.
Dans son discours, le ministre de l’Agriculture, Yacine Oualid, a mis en avant la stratégie du gouvernement et en particulier de son département pour renforcer la sécurité alimentaire. « Comme vous le savez, le gouvernement algérien est aujourd’hui pleinement engagé dans la réalisation des objectifs de sécurité alimentaire. Nos actions actuelles posent les jalons de l’agriculture algérienne des années 2050-2060 », a-t-il souligné.

Toutefois, la réalisation de ces objectifs ambitieux est tributaire du fait de relever plusieurs défis auxquels le secteur agricole est confronté, notamment les changements climatiques, le stress hydrique et la croissance démographique, avec près d’un million de naissances enregistrées chaque année en Algérie.
Le ministre a insisté sur la nécessité d’exploiter les surfaces agricoles de manière « rationnelle et scientifique », rappelant que la surface agricole utile (SAU) du pays ne dépasse pas 8,5 millions d’hectares, un niveau limité comparativement à d’autres grandes puissances agricoles. À titre de comparaison, indique le ministre, l’Espagne affiche 22 millions d’hectares, le Brésil dépasse les 300 millions et les États-Unis culminent à 400 millions.
Face à cette réalité, il a estimé que l’agriculture algérienne devait accélérer son processus de modernisation à travers l’intégration des nouvelles technologies, la numérisation, l’amélioration des rendements et une meilleure gestion des ressources.
L’objectif prioritaire reste le relèvement des rendements, particulièrement dans la filière céréalière. Stagnant historiquement autour de 15 quintaux par hectare depuis l’indépendance, la moyenne nationale doit impérativement être portée à 40 quintaux par hectare grâce aux nouvelles techniques culturales pour sécuriser les besoins des générations futures.
Réduction de la dépendance aux importations
Le ministre a également insisté sur la nécessité de renforcer le taux d’intégration nationale dans les filières agricoles stratégiques afin de réduire la dépendance aux intrants importés, notamment dans la filière avicole. Il a expliqué que l’autosuffisance ne pouvait être réelle si les souches parentales, les aliments de bétail, les vaccins ou encore les semences demeuraient importés.
Dans ce contexte, le gouvernement œuvre à la localisation de la production des intrants agricoles à travers le développement de la production nationale d’aliments de bétail, de semences hybrides ainsi que la préservation des ressources génétiques animales et végétales.
M. Oualid a indiqué que son département menait un important programme de sauvegarde du patrimoine génétique national, notamment via la Banque nationale des gènes et l’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie (INRAA). Le ministre a également mis en avant les projets engagés avec le secteur de l’Enseignement supérieur afin de développer des semences hybrides locales et réduire la dépendance structurelle aux importations.
Agro-industrie et agriculture saharienne
Abordant les perspectives économiques du secteur, le ministre a souligné que plusieurs filières agricoles enregistraient désormais des excédents de production ouvrant des perspectives d’exportation vers les marchés internationaux. Il a toutefois insisté sur la nécessité de renforcer la compétitivité des produits algériens à travers la qualité, la réduction des coûts de production et le développement de l’agro-industrie.
L’autre grand chantier détaillé par le ministre concerne la restructuration du capital humain agricole, qui compte environ 1,3 million de professionnels à l’échelle nationale. Constatant que moins d’un tiers (environ 400 000) disposait historiquement d’une carte professionnelle, le ministère mène une campagne de numérisation globale. L’objectif : que chaque exploitant réel soit détenteur d’une carte d’agriculteur connectée, condition sine qua non pour accéder aux subventions et aux programmes de soutien de l’État dans une transparence totale.
Cette démarche s’accompagne d’une réforme juridique majeure : le statut de l’agriculteur est désormais déconnecté de la propriété foncière pour être lié uniquement à l’exercice effectif de l’activité. Cette requalification historique permet d’intégrer des milliers d’exploitants au système de sécurité sociale et de protection médicale.
Sur le plan commercial, l’État accélère le déploiement de l’agriculture contractuelle pour protéger les producteurs contre la volatilité des cours. « Le métier de l’agriculteur est de produire, et uniquement de produire. La logistique, le stockage et la commercialisation ne doivent plus être une charge pour lui », a insisté Yacine El Mahdi Oualid.
Évoquant les perspectives offertes par le Grand Sud, M. Oualid a qualifié l’agriculture saharienne de « véritable eldorado agricole », faisant état de près d’un million d’hectares mobilisables et d’importantes réserves d’eaux souterraines. Il a souligné que les superficies cultivées dans le Sud augmentaient de près de 40 % par an, notamment dans la production céréalière, appelant les investisseurs nationaux et étrangers à saisir les opportunités offertes par ces régions. Le ministre a cité plusieurs projets structurants, dont le projet méga-laitier « Baladna » en partenariat avec le Qatar, destiné à couvrir près de 50 % des besoins nationaux en poudre de lait, ainsi qu’un projet agricole avec la société italienne Bonifiche Ferraresi.
Enfin, M. Oualid a insisté sur l’importance de l’intégration de l’aquaculture et de la pisciculture dans la stratégie nationale de sécurité alimentaire, annonçant l’objectif du gouvernement de doubler la production halieutique nationale pour atteindre 200.000 tonnes par an au cours des quatre prochaines années. Il a conclu en affirmant que la consolidation de la souveraineté alimentaire nationale nécessitait une approche globale.
Par Zahir R.
