19/05/2026
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Production animale : Pour un modèle d’élevage performant et durable

L’élevage s’impose aujourd’hui comme un enjeu stratégique majeur pour l’Algérie, non seulement sur le plan économique, mais également en matière de santé publique, de cohésion territoriale et de sécurité nutritionnelle. Réunis dans le cadre du forum « Focus Élevage », organisé lors de la deuxième journée de la 24ème édition du SIPSA-Filaha & Africa Food Export, experts, chercheurs et professionnels du secteur ont plaidé pour une refonte de la politique nationale de production animale afin de répondre aux défis nutritionnels et démographiques auxquels le pays est confronté.

Placée sous le thème « L’élevage en Algérie : centralité nutritionnelle, économique, territoriale et culturelle », cette rencontre a mis en lumière le rôle central des filières ovine, bovine, caprine, cameline et avicole dans le système alimentaire national. Les intervenants ont notamment insisté sur la nécessité de dépasser la simple logique de sécurité alimentaire pour aller vers une véritable sécurité nutritionnelle, fondée sur une alimentation équilibrée et accessible.

Dans son allocution d’ouverture, le président du GRFI-Fondation Filaha Innov, le Dr Amine Bensemmane, a rappelé que l’élevage représente près de la moitié des revenus agricoles du pays et constitue un pilier fondamental de la souveraineté alimentaire nationale. Selon lui, le secteur bénéficie aujourd’hui d’une attention politique particulière, les pouvoirs publics multipliant les efforts pour soutenir son développement. Le Dr Bensemmane a également souligné que les protéines animales jouent un rôle essentiel dans la croissance et l’équilibre nutritionnel de la population.

Il a ajouté que l’élevage demeure profondément lié à l’identité paysanne algérienne à travers des savoir-faire ancestraux, des pratiques locales et des traditions culturelles propres aux différentes régions du pays. « Les dimensions économique, nutritionnelle et culturelle de l’élevage en font une véritable centralité agricole », a-t-il affirmé, précisant que le forum vise justement à aborder le secteur dans toutes ses composantes.

De son côté, Abdelhamid Soukehal, expert auprès du GRFI et ancien directeur des Productions Animales au ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MADR) a développé une analyse approfondie des défis structurels auxquels fait face l’Algérie en matière de nutrition et de production animale. L’expert a appelé à faire évoluer le concept de « sécurité alimentaire » vers celui de « sécurité nutritionnelle », estimant que la problématique ne réside plus uniquement dans la disponibilité des aliments, mais dans leur qualité nutritionnelle.

Il a ainsi évoqué le « paradoxe algérien », marqué par une surconsommation calorique et, en parallèle, un déficit en protéines animales. Selon lui, l’Algérien moyen consomme environ 3 451 calories par jour, bien au-delà des recommandations internationales fixées autour de 2 500 calories, mais cette alimentation reste dominée par les produits gras, sucrés et céréaliers. « Nous faisons face à un véritable problème de santé publique », a-t-il averti, citant la progression de l’obésité chez les enfants, de l’hypertension artérielle et des maladies chroniques.

L’expert a révélé que la consommation moyenne de protéines animales ne dépasse actuellement pas 29 grammes par jour, alors que les besoins nutritionnels réels se situent entre 35 et 45 grammes. Pour remédier à ce déficit, le groupe de réflexion s’est appuyé sur des références validées par le ministère de la Santé, l’Organisation mondiale de la santé et l’UNICEF afin de définir une ration nutritionnelle type.

Cette ration minimale garantit un apport quotidien de 110 grammes de protéines, réparties équitablement entre protéines végétales et animales. Dans cette perspective, l’objectif fixé par les experts correspond à une consommation annuelle de 90 litres de lait, 180 œufs, 18 kg de viande blanche, 18 kg de viande rouge et 19 kg de poisson par habitant. M. Soukehal a également attiré l’attention sur la forte dépendance extérieure du pays. Plus de la moitié des protéines consommées en Algérie proviennent indirectement des importations, notamment à travers les aliments de bétail comme le maïs et le soja.

Le lait couvre à lui seul près de 42 % des apports en protéines animales, en raison notamment de son prix subventionné, tandis que les viandes, les œufs et le poisson restent difficilement accessibles pour une large partie des ménages.

L’élevage appelé à devenir un levier stratégique de la sécurité nutritionnelle en Algérie

Face à une population appelée à atteindre 63 millions d’habitants à l’horizon 2050, les intervenants ont estimé qu’une profonde transformation des systèmes de production devient incontournable. Pour M. Soukehal, le modèle traditionnel d’élevage familial ne peut plus répondre aux besoins d’une population de plus en plus urbanisée.

« Les produits frais nécessitent une logistique moderne et une production proche des grands centres de consommation », a-t-il expliqué, plaidant pour une transition progressive vers un élevage industriel structuré et performant. L’expert a détaillé plusieurs objectifs jugés prioritaires, notamment l’augmentation de la production laitière nationale à plus de 6 milliards de litres d’ici 2050, le renforcement du cheptel laitier moderne et le doublement du cheptel ovin pour atteindre près de 28 millions de têtes à l’horizon 2030.

Il a par ailleurs insisté sur les cinq leviers qu’il considère essentiels pour réussir cette transformation : l’amélioration de l’alimentation animale, le développement de la haute génétique, le renforcement de la santé animale, la modernisation des systèmes d’élevage et la mise en place d’une gouvernance efficace appuyée sur la recherche scientifique et les organisations professionnelles.

Dans ce contexte, les participants au forum ont souligné l’urgence de valoriser les ressources locales, notamment les fourrages adaptés aux conditions climatiques nationales, tout en renforçant la formation des éleveurs et l’encadrement technique des filières. À travers les échanges du forum « Focus Élevage », organisé dans le cadre du SIPSA-Filaha & Africa Food Export, un constat s’est imposé : l’avenir de l’élevage algérien dépasse désormais la seule question de la production agricole. Il s’inscrit au cœur des enjeux de santé publique, de souveraineté alimentaire et d’équilibre territorial, faisant de la sécurité nutritionnelle l’un des nouveaux défis stratégiques du pays.

Par Selma R.

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