Mécanisation, génétique et foncier : Les grands chantiers agricoles lancés
Face aux défis de la sécurité alimentaire, du changement climatique et de la volatilité des marchés, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El Mehdi Oualid, a exposé une feuille de route ambitieuse visant à transformer en profondeur le modèle agricole algérien. En effet, la nouvelle stratégie est fondée sur trois piliers, à savoir la modernisation technologique, la réforme structurelle et la souveraineté des intrants.

L’une des principales annonces, lors de son passage mardi au Forum d’El Moudjahid, concerne la campagne céréalière 2026, qui devrait enregistrer une récolte « record ». Mais au-delà des chiffres, Yacine Oualid a insisté sur la nécessité de raisonner désormais en « quantités réellement collectées » plutôt qu’en simples estimations de production. Une orientation qui traduit la volonté du secteur de réduire les pertes post-récolte et de mieux maîtriser les circuits de stockage. Pour atteindre cet objectif, le ministère a engagé une vaste opération de modernisation de la moisson-battage dans les wilayas du Sud. À Adrar, à titre d’exemple, le ratio est passé d’une moissonneuse-batteuse pour 140 hectares à une machine pour 100 hectares, grâce au transfert d’équipements depuis les wilayas du Nord. Les pôles céréaliers de Timimoun, El Meniaa et Ouargla ont également bénéficié de ce renforcement logistique.
Le ministre a révélé que, pour la première fois, les opérations de récolte sont supervisées à travers une plateforme numérique permettant le suivi en temps réel des moissonneuses et des camions. Cette supervision digitale vise à optimiser l’allocation des ressources et à réduire le taux de pertes de grains.
Parallèlement, les anciennes moissonneuses sont progressivement équipées de détecteurs de pertes, en partenariat avec le ministère de l’Industrie, tandis que de nouveaux équipements de dernière génération, exploités par la filiale Agrodrive du groupe Agrodiv, garantissent des pertes inférieures à 1 %. Des programmes de formation des conducteurs ont également été lancés avec le ministère de la Formation professionnelle.
Sur un autre registre, le ministre a affirmé que son département accorde une grande importance à la souveraineté semencière. Il a mis en garde contre les risques liés à la concentration variétale du blé dur en Algérie, où plus de 70 % des surfaces reposent sur seulement deux variétés. Pour y remédier, le ministère travaille sur un nouveau portefeuille variétal basé sur des semences locales plus résistantes à la sécheresse et adaptées aux conditions climatiques nationales.
Dans ce cadre, la Banque de gènes est appelée à jouer un rôle central. Le ministre l’a présentée comme un véritable réseau scientifique national chargé de collecter, préserver et valoriser le patrimoine génétique agricole algérien. L’objectif est de développer des variétés locales capables d’assurer des rendements stables face au stress hydrique et aux changements climatiques.
Cette stratégie s’appuie également sur les biotechnologies. Yacine Oualid a annoncé la mise en place d’une unité de production de plants in vitro, en partenariat avec l’Université de Constantine et le Centre de recherche en biotechnologie. Cette technologie de culture tissulaire permettra de produire massivement des plants certifiés et résistants pour plusieurs espèces stratégiques, notamment l’arganier, le bananier et le fraisier.
Le développement des zones steppiques et du Barrage vert constitue un autre axe majeur de cette transformation agricole. Le ministre a réaffirmé l’ambition d’augmenter d’au moins un million d’hectares la superficie agricole utilisée, à travers notamment la valorisation de nouvelles terres dans le Sud et les zones steppiques.
Un vaste programme de plantation d’espèces à forte valeur ajoutée a été annoncé, incluant l’arganier, l’olivier, le pistachier, l’amandier et le caroubier. Selon le ministre, ces filières pourraient devenir de véritables leviers d’exportation et de diversification économique.
Dans la filière oléicole, le ministre a souligné que la qualité de l’huile d’olive algérienne est aujourd’hui reconnue à l’international, mais que les exportations restent freinées par les contraintes de certification. Pour lever cet obstacle, un laboratoire national de certification sera créé avec l’INRA et la Chambre nationale d’agriculture afin d’aligner les produits algériens sur les normes internationales.
Sur le volet de l’élevage, Yacine Oualid a annoncé une accélération des programmes d’amélioration génétique bovine. Grâce à l’insémination artificielle utilisant des semences américaines, certaines exploitations ont déjà enregistré une hausse de plus de 20 % de la production laitière.
Le ministre a également confirmé le lancement, pour la première fois en Algérie, d’un programme de transfert embryonnaire bovin avec l’appui de chercheurs formés en Autriche. Cette technologie permettra de développer un cheptel laitier à haut rendement génétique.
Le mégaprojet algéro-qatari Baladna à Adrar a également occupé une place importante dans les annonces du ministre. Les premières 30 000 vaches Holstein sélectionnées aux États-Unis devraient arriver dès le mois de novembre. Ce projet géant, implanté sur plus de 100 000 hectares, ambitionne de couvrir, à terme, 50 % des besoins nationaux en lait.
Concernant la réforme structurelle du secteur, notamment la future loi sur le foncier agricole, Yacine Oualid indique que cette réforme vise à simplifier un cadre juridique devenu extrêmement complexe et à renforcer la protection des terres agricoles contre les détournements de vocation. Parmi les nouveautés annoncées figure l’octroi de prérogatives de police judiciaire aux agents chargés du foncier agricole afin de constater directement les infractions.
Le gouvernement prévoit également le lancement d’un « crédit foncier » destiné à lutter contre le morcellement des terres agricoles et à encourager le remembrement des exploitations. Questionné sur la flambée des prix de certains produits agricoles, le ministre a estimé que les coûts logistiques et la multiplicité des intermédiaires constituent les principaux facteurs de hausse.
Selon lui, les coûts logistiques représentent jusqu’à 35 % du prix final des produits agricoles. Il a plaidé pour le développement de la grande distribution et de l’industrie de transformation afin de mieux absorber les surproductions et stabiliser les marchés. Le ministre a également insisté sur l’importance de développer localement les intrants agricoles (semences, engrais et équipements d’irrigation) qui représentent aujourd’hui entre 40 et 60 % des coûts de production et restent largement importés.
Synthèse Z R.
