19/05/2026
ACTUALITEAGRICULTURE/PÊCHE

Innovation, recherche et génétique: La tech au secours du cheptel national

Face aux défis croissants de la sécurité alimentaire et de la dépendance extérieure, les experts du secteur agricole plaident désormais pour une transformation profonde des systèmes d’élevage en Algérie, fondée sur la génétique, la recherche scientifique et les nouvelles technologies. Réunis lors d’une table ronde organisée dans le cadre du forum « Focus Élevage », tenu à l’occasion de la deuxième journée de la 24ème édition du SIPSA-Filaha & Africa Food Export, vétérinaires, zootechniciens et spécialistes ont dressé le diagnostic de la situation actuelle du cheptel national tout en mettant en avant les solutions technologiques susceptibles de relancer durablement la filière.

Animant les débats, le Pr Ali Daoudi a rappelé que l’élevage représente plus de 50 % de la valeur du PIB agricole national, malgré l’absence d’un recensement précis depuis près d’une décennie. Selon lui, l’élevage constitue avant tout une filière de « conversion de valeur », capable de transformer les ressources végétales, les céréales et les sous-produits agricoles en protéines animales essentielles à la population. Le Pr Daoudi a souligné que l’évolution démographique et l’amélioration du niveau de vie ont profondément modifié la demande nationale en produits animaux au cours des cinquante dernières années. Toutefois, cette croissance s’est accompagnée d’importants déséquilibres structurels, notamment dans la filière des viandes rouges.

« La filière ovine traverse aujourd’hui une véritable crise de modèle », a-t-il expliqué, rappelant que l’élevage pastoral extensif reposait historiquement sur les vastes parcours steppiques. Or, les sécheresses répétitives et le surpâturage ont fortement dégradé ces espaces naturels, tandis que la transition vers un système intensif ou semi-intensif n’a pas été suffisamment engagée. L’universitaire a également mis en garde contre les limites du modèle avicole actuel, qualifié d’« industrie de montage ». « Nous importons la génétique, le maïs et le soja pour produire du poulet en quarante-cinq jours. Cela crée une dépendance structurelle qui fragilise toute la filière », a-t-il averti.

Les experts intervenant lors de cette rencontre ont insisté sur le fait que la performance animale repose sur une équation fondamentale associant génétique et alimentation. Les importations massives de génisses laitières, engagées durant les dernières années, n’ont pas permis d’atteindre les résultats espérés. La production moyenne nationale demeure limitée à environ 4 500 litres de lait par vache, loin des standards internationaux dépassant parfois les 8 000 à 10 000 litres. Face à cette situation, les spécialistes ont appelé à valoriser davantage les ressources alimentaires locales et les sous-produits agricoles nationaux afin de réduire la dépendance aux intrants importés.

Les ruminants, ont-ils expliqué, possèdent la capacité de valoriser la cellulose et des matières non consommables par l’homme, ce qui constitue un avantage stratégique pour l’Algérie. Le Pr Daoudi a également insisté sur l’importance de la gouvernance et de la structuration des filières. « Aucun programme génétique sérieux ne peut réussir sans identification nationale du cheptel », a-t-il affirmé, soulignant l’urgence de mettre en place un système de traçabilité moderne permettant le suivi sanitaire et zootechnique des animaux. Les intervenants ont aussi plaidé pour une refonte du système de commercialisation du lait à travers l’instauration d’un paiement basé sur la qualité sanitaire et nutritionnelle, et non uniquement sur les volumes produits.

Au cœur des échanges, la question du « Smart Farming » et de l’intelligence artificielle a occupé une place centrale. Les experts ont estimé que les méthodes empiriques traditionnelles atteignent désormais leurs limites face aux contraintes climatiques, au stress hydrique et à la nécessité d’augmenter rapidement la production nationale. Un vétérinaire spécialisé dans l’innovation a expliqué que les élevages modernes produisent quotidiennement une masse considérable de données relatives à la santé animale, à la reproduction, à l’alimentation ou encore au comportement des troupeaux. « Le défi n’est plus de produire de la donnée, mais de savoir l’exploiter intelligemment grâce à l’intelligence artificielle », a-t-il indiqué.

Les spécialistes ont présenté plusieurs technologies déjà utilisées dans les élevages modernes, notamment les capteurs connectés, les caméras de surveillance, les bolus ruminaux et les outils de suivi numérique permettant de détecter précocement les maladies, surveiller l’ovulation ou optimiser l’alimentation des animaux. Selon les intervenants, ces équipements deviennent progressivement plus accessibles financièrement et pourraient révolutionner la gestion des exploitations agricoles algériennes.

« La nouvelle génération d’éleveurs et de vétérinaires est prête pour cette transition numérique », a assuré le Pr Daoudi. Les participants ont enfin insisté sur la nécessité de développer massivement les cultures fourragères locales, notamment dans les régions sahariennes, afin de sécuriser l’alimentation du cheptel et réduire la vulnérabilité des filières face aux fluctuations des marchés internationaux. Formation des éleveurs, numérisation des exploitations, valorisation de la génétique locale et déploiement des outils d’intelligence artificielle : autant de leviers jugés indispensables pour moderniser durablement l’élevage national et renforcer la souveraineté alimentaire du pays.

Par S. R.

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