Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a donné dimanche, lors de la réunion du Conseil des ministres, une série d’instructions visant à renforcer l’efficacité du secteur agricole et à accélérer la transformation numérique de l’administration. Deux orientations majeures se dégagent de cette réunion : la préparation d’une nouvelle loi d’orientation agricole, d’une part, et l’élaboration d’un décret présidentiel encadrant l’interopérabilité numérique sécurisée entre les différentes institutions de l’État, d’autre part.
La nouvelle loi d’orientation agricole devra introduire des mécanismes permettant d’adapter l’affectation des superficies cultivées aux besoins du pays. L’objectif est ainsi clairement établi : mieux orienter les terres vers les cultures annuelles nécessaires, afin de réduire les importations et de renforcer progressivement l’autosuffisance agricole. Pour y parvenir, cette orientation devra s’appuyer sur une connaissance plus précise des niveaux de production et des capacités réelles des différentes zones agricoles.
C’est dans ce cadre que le président de la République a demandé au ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche d’élaborer un bulletin mensuel consacré au suivi de la production. Les walis seront quant à eux chargés d’assurer un suivi rigoureux permettant de déterminer les niveaux et les volumes produits pour les différentes variétés de céréales, notamment le blé tendre et le blé dur. Ce dispositif doit ainsi permettre de disposer d’une visibilité régulière sur l’évolution des récoltes et d’améliorer la capacité de décision en fonction des besoins du marché national.
La réforme annoncée comporte également un important volet de modernisation des mécanismes de gestion. Le président de la République a ordonné la numérisation immédiate du système de paiement des récoltes agricoles au niveau des agences régionales de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), tout en appelant à une collaboration étroite avec l’Office national des statistiques (ONS).
Cette mesure doit contribuer à améliorer la traçabilité des opérations liées aux récoltes et à disposer de données plus fiables sur les volumes produits et commercialisés. Parallèlement, le rôle de l’OAIC et des instituts spécialisés relevant du secteur devra être réexaminé afin d’améliorer leurs performances et de les moderniser. Le chef de l’État a par ailleurs insisté sur la nécessité de lutter contre toutes les formes de dérives dans les secteurs de l’agriculture, du développement rural et de la pêche.
L’ambition affichée repose ainsi sur un pilotage davantage structuré, fondé sur des données actualisées, des mécanismes de suivi réguliers et une meilleure coordination entre les organismes intervenant dans la production, la collecte et l’exploitation des informations agricoles.
La connaissance du potentiel agricole constitue un autre axe de cette réforme. Le président de la République a en effet ordonné le lancement d’un programme national de cartographie et d’étude des sols, en coordination avec les laboratoires concernés, afin de déterminer et de classifier la nature des terres agricoles dans l’ensemble des zones cultivées. Cette cartographie doit fournir une base technique permettant de mieux adapter les cultures aux caractéristiques des terres et d’optimiser l’exploitation des superficies agricoles. Elle pourrait également contribuer à une planification plus précise de l’affectation des terres, en cohérence avec l’objectif de réduire la dépendance aux importations.
La question de l’irrigation occupe elle aussi une place importante dans ces nouvelles orientations. Le président de la République a appelé à s’orienter vers l’utilisation des eaux usées pour l’irrigation, afin de réduire la dépendance de l’agriculture aux seules précipitations. Le secteur vise ainsi à récupérer 60 % des eaux usées, dans une logique de sécurisation des ressources hydriques destinées à l’agriculture, la disponibilité de l’eau constituant un facteur déterminant pour la régularité des productions.
Le chef de l’État a également insisté sur l’impératif de labourer et de préparer les terres en toutes circonstances, traduisant ainsi sa volonté d’inscrire l’activité agricole dans une logique de planification et de mobilisation des ressources disponibles, plutôt que de la conditionner exclusivement aux conditions pluviométriques.
Un cadre présidentiel pour l’interopérabilité numérique
Parallèlement au chantier agricole, le Conseil des ministres a arrêté une orientation destinée à renforcer l’intégration numérique des institutions publiques. Le président de la République a ainsi ordonné l’élaboration d’un décret présidentiel portant sur un plan d’interopérabilité numérique sécurisée. Ce futur texte devra définir les missions des instances et institutions sectorielles concernées, ainsi que leur représentation au sein de ce dispositif, sous la supervision de la Haut-commissaire à la numérisation. Il s’agit ainsi de donner un cadre institutionnel précis à l’interconnexion des systèmes d’information publics et de clarifier les responsabilités des différentes structures appelées à participer à cette architecture numérique.
L’interopérabilité devra également être étendue aux wilayas. Le chef de l’État a demandé que cette extension permette un enregistrement plus fluide des données locales, tout en garantissant une protection maximale des données des citoyens. L’enjeu est donc double : faciliter la circulation et l’exploitation des informations entre les différentes composantes de l’administration, tout en renforçant la sécurité des données. L’intégration des wilayas dans ce dispositif doit ainsi permettre de mieux faire remonter les informations produites au niveau local et de favoriser leur exploitation dans les processus de gestion et de décision.
Par Selma R.



