L’Algérie et le Mali veulent donner une nouvelle impulsion à leur coopération bilatérale en misant sur la relance des mécanismes institutionnels et le développement de projets à dimension régionale. C’est dans cette perspective que, chargé par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre Sifi Ghrieb s’est rendu lundi à Bamako pour une visite d’amitié qui intervient après celle effectuée en Algérie, le 24 août dernier, par son homologue malien Abdoulaye Maïga. Les deux capitales cherchent ainsi à structurer une nouvelle phase de leur partenariat, avec un intérêt particulier pour les échanges économiques, les infrastructures et l’intégration régionale.

Au cours de ses entretiens avec le Premier ministre malien, Sifi Ghrieb a insisté sur la nécessité de passer à une coopération davantage structurée et orientée vers des résultats concrets. « Notre réunion constitue une occasion pour mener des consultations approfondies sur les différents axes de la coopération bilatérale », a-t-il déclaré, évoquant également la possibilité « d’explorer de nouveaux domaines » susceptibles d’enrichir les relations entre les deux pays. Dans cette perspective, Alger se dit prête à réactiver les mécanismes institutionnels qui constituent le cadre de la coopération économique et commerciale. Le Premier ministre a ainsi annoncé la disponibilité de l’Algérie à relancer « les mécanismes de coopération institutionnelle », avec en priorité la Grande commission mixte de coopération, dont la réunion devrait permettre de mettre à jour et de renforcer le cadre juridique régissant les relations bilatérales afin de l’adapter aux nouvelles priorités des deux pays.
Cette relance pourrait offrir un cadre pour identifier les secteurs présentant le plus fort potentiel de développement des échanges et des investissements. Pour l’Algérie, le Mali représente en effet un partenaire important dans l’espace sahélien, tandis que Bamako peut tirer profit de la proximité géographique, des capacités industrielles et des infrastructures algériennes.
La coopération pourrait ainsi s’appuyer sur les échanges commerciaux, les services, les transports, les télécommunications et différents projets structurants, l’un des principaux enjeux résidant justement dans la transformation des relations bilatérales en un partenariat économique davantage intégré à l’échelle régionale. Sifi Ghrieb a souligné à ce titre que les traditions de coopération entre les deux pays constituent « une base solide pour construire des partenariats futurs dans les domaines d’intérêt commun ». Il a également appelé à poursuivre les grands projets d’intégration régionale, citant explicitement la route transsaharienne et la dorsale transsaharienne à fibre optique.
Ces infrastructures revêtent d’ailleurs une importance particulière pour le développement des échanges. La route transsaharienne peut contribuer à améliorer la circulation des marchandises et à rapprocher les marchés du Maghreb et du Sahel, tandis que la connexion à fibre optique ouvre des perspectives dans les télécommunications et l’économie numérique.
Leur développement et leur exploitation peuvent ainsi favoriser l’émergence de nouvelles activités économiques le long des corridors reliant les deux pays. La dimension régionale constitue donc un autre volet de cette nouvelle dynamique : en renforçant les infrastructures de transport et de communication, Alger et Bamako cherchent à inscrire leur coopération dans une logique d’intégration économique africaine, avec la possibilité de faciliter les échanges avec d’autres marchés du continent. Cette approche donne ainsi aux relations bilatérales une portée qui dépasse le seul cadre des échanges entre les deux pays.
La stabilité demeure toutefois une condition essentielle à la réalisation de ces ambitions. Les deux parties ont en effet réaffirmé leur volonté de renforcer la coordination face aux défis sécuritaires communs, notamment le terrorisme et la criminalité transfrontalière organisée. Pour Alger, le développement économique du Sahel reste étroitement lié à la sécurisation des espaces frontaliers et des axes de circulation.
Sifi Ghrieb a ainsi défendu une approche combinant coopération économique, coordination politique et stabilité régionale. « Nous sommes convaincus que les traditions de coopération établies entre l’Algérie et le Mali constituent une base solide pour construire des partenariats futurs », a-t-il affirmé, insistant sur la nécessité d’élaborer « une feuille de route commune » permettant aux deux pays de travailler ensemble sur leurs priorités. Cette feuille de route devra notamment préparer les prochaines échéances bilatérales, en particulier la visite attendue du président malien Assimi Goïta en Algérie.
Les dossiers identifiés lors des consultations de Bamako pourraient ainsi être soumis aux deux chefs d’État afin de donner une traduction concrète à la volonté politique affichée par les deux capitales. La réactivation de la Grande commission mixte et la relance des projets transsahariens apparaissent, dans ce contexte, comme deux leviers pour consolider le partenariat. Pour Alger et Bamako, l’objectif est désormais de transformer la proximité historique et géographique en davantage d’opportunités économiques, tout en inscrivant cette coopération dans une perspective de stabilité, d’intégration et de développement du Sahel.
Par Selma R.



