Les relations commerciales entre l’Algérie et l’Espagne connaissent un net regain de dynamisme, porté par une reprise particulièrement marquée des échanges en 2025 et au début de 2026. Les données de la « Fiche Pays Algérie 2026 », publiée en août par l’ICEX et l’Office économique et commercial de l’ambassade d’Espagne à Alger, mettent en évidence le retour progressif de l’Espagne sur le marché algérien, mais aussi la place importante qu’occupe désormais l’Algérie dans les échanges avec son voisin européen.

Le principal indicateur de cette reprise est l’évolution des exportations espagnoles vers l’Algérie. Celles-ci ont atteint 2,38 milliards de dollars en 2025, contre seulement 861 millions de dollars en 2024, soit une progression spectaculaire de 177 %. Cette tendance s’est d’ailleurs maintenue au début de 2026, avec 804 millions de dollars d’exportations espagnoles enregistrés dès le premier trimestre. Une telle évolution doit surtout être lue comme le signe d’un rétablissement des circuits commerciaux entre les deux pays : après une période de forte perturbation, le marché algérien a progressivement renoué avec les fournisseurs espagnols, notamment dans des secteurs répondant aux besoins de l’économie nationale. Les viandes et abats représentent ainsi 15,6 % des exportations espagnoles vers l’Algérie, devant les véhicules avec 12,4 % et les machines et appareils avec 7,5 %.
Pour l’Algérie, cette évolution constitue également un indicateur de l’attractivité retrouvée de son marché. Avec un PIB de 287 milliards de dollars en 2025 et une croissance économique de 3,7 %, le pays continue en effet d’afficher un niveau de demande qui intéresse les entreprises étrangères. La baisse de l’inflation à 1,4 % contribue elle aussi à créer un environnement plus favorable aux échanges et à l’activité économique.
Si les exportations espagnoles connaissent un rebond important, la balance commerciale bilatérale demeure néanmoins largement favorable à l’Algérie. Les importations espagnoles en provenance du marché algérien ont ainsi atteint 7,01 milliards de dollars en 2025, soit près de trois fois la valeur des exportations espagnoles vers l’Algérie. Cette performance repose principalement sur les hydrocarbures, qui représentent 94,5 % des importations espagnoles depuis l’Algérie, confirmant le rôle du pays comme fournisseur stratégique de l’Espagne et, plus largement, comme partenaire énergétique majeur de l’Europe. Le poids de l’Espagne dans les exportations algériennes confirme cette importance réciproque.
Avec 15,8 % des exportations algériennes destinées au marché espagnol au sein de l’Union européenne, l’Espagne figure en effet parmi les principaux débouchés européens pour les produits algériens, derrière l’Italie et devant la France. La relation commerciale conserve ainsi une configuration particulièrement favorable à l’Algérie : le taux de couverture des échanges s’est établi à 34 % en sa faveur, avec un déficit commercial espagnol de 4,62 milliards de dollars. Autrement dit, pour chaque dollar de marchandises exportées par l’Espagne vers l’Algérie, le marché espagnol a absorbé une valeur nettement supérieure de produits algériens.
L’enjeu pour l’Algérie consiste désormais à capitaliser sur cette reprise pour élargir progressivement la structure de ses exportations. Les hydrocarbures constituent certes toujours l’essentiel des ventes vers l’Espagne, mais la montée en puissance de plusieurs secteurs industriels offre des perspectives nouvelles. À l’échelle globale, les exportations algériennes comprennent déjà, en dehors des combustibles, 1,47 milliard de dollars d’engrais, près de 988 millions de dollars de fonte, fer et acier, ainsi que 876 millions de dollars de produits chimiques inorganiques.
Ces filières pourraient ainsi constituer des relais supplémentaires sur le marché espagnol, à mesure que la production nationale augmente et que les capacités industrielles se renforcent. Cette perspective est d’autant plus intéressante que l’Espagne manifeste, de son côté, un intérêt croissant pour le marché algérien : l’ICEX présente notamment l’Algérie comme un marché à fort potentiel pour les secteurs de la construction, des infrastructures, de l’agriculture et de l’industrie alimentaire. La présence espagnole dans plusieurs manifestations économiques et professionnelles organisées en Algérie en 2026 illustre d’ailleurs cette volonté de renforcer les relations d’affaires.
Le commerce n’est cependant qu’une composante de la relation économique. Les données disponibles montrent que le stock d’investissements espagnols en Algérie demeure significatif : il atteignait 1,38 milliard d’euros en 2024 et générait 2 208 emplois directs. À l’inverse, les investissements algériens en Espagne représentaient seulement 310,82 millions d’euros et 143 emplois directs. Ces chiffres montrent ainsi que les entreprises espagnoles disposent déjà d’une implantation économique en Algérie, tandis que les nouveaux flux d’investissement restent encore modestes de part et d’autre.
Par Selma R.



