18/05/2026
ACTUALITEINDUSTRIE

Avec l’exportation de 10 millions de tonnes par an: Le ciment algérien à la conquête du marché international

De pays importateur à acteur majeur de l’exportation de ciment, l’Algérie a accompli, en moins d’une décennie, une transformation industrielle remarquable. Des investissements importants ont, en effet, été consentis par l’État à travers le groupe public GICA et les opérateurs privés étrangers, à l’instar du leader mondial Holcim, via sa filiale en Algérie «Holcim El Djazaïr», permettant d’augmenter les capacités nationales installées à 40 millions de tonnes par an.

En effet, les usines implantées à travers le pays, au nombre de 21, répondent largement à la demande du marché local, avoisinant les 21 millions de tonnes par an, et dégagent un excédent de 10 millions de tonnes placé sur les marchés internationaux. « La filière du ciment en Algérie est aujourd’hui une véritable fierté », a souligné Salim Mokdad, directeur Shipping et Opérations Export chez Holcim El Djazaïr, lors d’une conférence organisée en marge d’une visite guidée à l’usine Oggaz d’Holcim El Djazaïr, sise à Mascara, au profit de représentants de la presse nationale. Rappelant que le pays est passé du statut d’importateur à celui d’exportateur net, l’intervenant a expliqué que cette mutation est le fruit d’investissements soutenus et d’une vision industrielle structurée, ayant permis de doter l’Algérie d’un tissu industriel dense et équilibré. Holcim El Djazaïr contribue fortement à cette performance à travers trois unités de production majeures (Mascara, M’sila et Biskra), totalisant une capacité de 11 millions de tonnes.

Le basculement vers l’exportation s’est opéré à partir de 2017, année qui a marqué la première exportation de ciment gris après la couverture complète de la demande nationale. Depuis, l’Algérie exporte près de 10 millions de tonnes de ciment par an, générant un chiffre d’affaires estimé à 400 millions de dollars.

Dans ce contexte, Holcim El Djazaïr s’impose comme le premier exportateur algérien de ciment gris, avec 1,2 million de tonnes exportées, soit entre 30 % et 38 % des exportations nationales, tant en volume qu’en valeur.  En 2024, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires à l’export de 133 millions de dollars, avec 100 % de sa production exportée vers les cinq continents. En 2025, Holcim El Djazaïr prévoit d’exporter 3,4 millions de tonnes, consolidant sa position de leader sur le marché national, avec plus de 36 % du volume national de ciment et de clinker. Dans le détail, plus de 40 % des volumes exportés sont destinés au continent africain, renforçant la stratégie de l’Algérie comme hub cimentier régional, soutenue par la position géopolitique du pays et les opportunités offertes par la ZLECAf.

Une logistique portuaire et terrestre performante

Salim Mokdad a mis en avant le rôle clé de la logistique dans la compétitivité du ciment algérien, indiquant que le groupe utilise sept ports sur les neuf que compte le pays, un fait inédit dans le secteur. Pour soutenir cette dynamique, Holcim a engagé un investissement de 18 millions de dollars, consacré notamment à la construction de silos, à l’augmentation des capacités de stockage, au renouvellement des flottes de transport et à l’extension des infrastructures logistiques.

Une base logistique unique à Jijel a également été mise en place pour le stockage en amont des opérations portuaires. Par ailleurs, Holcim El Djazaïr a doté le port d’un chargeur automatique (ship-loader) permettant d’accélérer le chargement des navires et d’améliorer la fluidité des exportations.

Des défis structurels à relever

Malgré ces avancées, le directeur Shipping et Opérations Export a souligné plusieurs défis majeurs, notamment le développement du transport ferroviaire, déjà testé avec succès, l’adaptation des ports pour accueillir des navires de plus grande capacité, le marché international exigeant des chargements dépassant les 60 000 tonnes, ainsi que la modernisation des équipements portuaires afin de réduire les délais et les coûts logistiques.

Abordant les nouvelles contraintes environnementales, notamment la taxe carbone européenne, Salim Mokdad a averti que les produits à forte émission de CO₂ seront progressivement pénalisés.

« Pour rester compétitifs et préserver nos parts de marché, nos produits doivent être à plus faible empreinte carbone », a-t-il déclaré. Ce mécanisme d’ajustement carbone aux frontières  (MACF) entrera en vigueur à partir de janvier 2026, avec un taux de 2,5 % au début, qui augmentera progressivement pour atteindre 100 % à l’horizon 2034. Ceci implique que l’Algérie est appelée à accélérer sa transition vers une industrie verte.

L’enjeu est donc clair : s’orienter vers des produits de niche à plus forte valeur ajoutée, capables de répondre aux nouvelles exigences des marchés mondiaux, désormais dominés par la durabilité et la réduction de l’empreinte carbone. «Si nous voulons rester exportateurs sur le bassin méditerranéen et le marché africain, nous devons impérativement nous adapter à ces nouvelles règles », a affirmé, de son côté, Hafid Aouchiche, directeur des relations publiques, de la communication et des exportations au groupe Holcim El Djazaïr. Selon lui, la compétitivité future du ciment algérien dépendra de sa capacité à proposer des produits moins émetteurs de carbone, conformes aux standards environnementaux internationaux.

Holcim El Djazaïr s’inscrit ainsi dans une stratégie à moyen et long termes axée sur le développement des ciments à faible émission de CO₂, l’augmentation de la part des produits verts, de plus en plus demandés sur les marchés internationaux, et la mise en œuvre de projets innovants de capture et de réduction du carbone, en partenariat avec les autorités concernées. À travers cette vision stratégique, Holcim El Djazaïr ambitionne de positionner l’Algérie comme un leader régional, voire mondial, dans l’exportation de ciment, tout en renforçant sa contribution à la croissance économique nationale. « Le pays qui saura réduire significativement l’empreinte carbone de ses ciments dominera les marchés de demain », a-t-il souligné.

Holcim El Djazaïr en course pour capter 400 millions de dollars

Ainsi, le groupe travaille sur un projet stratégique de capture du carbone portant sur 1,5 million de tonnes d’émissions par an au niveau de l’une de ses usines. « Ce projet est fondamental pour la pérennité de nos exportations. Il nous permettra non seulement de décarboner notre propre production, mais aussi de contribuer à la décarbonation d’autres industries et, plus largement, à celle de l’Algérie », a expliqué Lyes Baloul, chef de projet décarbonation chez Holcim El Djazaïr.

Selon lui, cette initiative s’inscrit pleinement dans les engagements climatiques nationaux, l’Algérie s’étant fixé un objectif de réduction des émissions de 7 % par ses moyens propres, pouvant atteindre 22 % avec l’apport des investissements directs étrangers.

C’est dans ce cadre, a-t-il précisé, que « nous cherchons à capter un investissement estimé à 400 millions de dollars, indispensable pour décarboner nos produits et maintenir nos exportations de ciment et de clinker vers l’Europe et les États-Unis ».  Grâce à ce projet, Holcim prévoit de produire jusqu’à 1,8 million de tonnes de clinker vert ou 2,5 millions de tonnes de ciment vert par an, destinées principalement aux marchés européens. « Nous sommes en compétition avec d’autres pays, notamment les Émirats arabes unis, l’Égypte et l’Irak, pour bénéficier de cette enveloppe d’investissement du groupe Holcim », a-t-il indiqué. Et d’ajouter : « Nous travaillons en étroite collaboration avec les pouvoirs publics. Le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables nous a assuré de son accompagnement pour mettre en place le cadre légal et réglementaire nécessaire afin de donner confiance au groupe pour investir ces 400 millions de dollars en Algérie ».

Par Zahir R.

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