CHRONIQUE ECO————————————————————————-GEOPOLITIQUE, AMENAGEMENT DU TERRITOIRE ET DEVELOPPEMENT.
Par Anouar El Andaloussi
Le mouvement pendulaire du monde de ces dernières années laisse penser que la géographie et la politique deviennent mondiales et le territoire national s’en trouve lourdement marginalisé. Les Etats se projettent dans l’arène internationale comme entité uniforme sans nuance sur les caractéristiques spécifiques de ce territoire, de sa morphologie, de sa dotation en ressources humaines et naturelles. La géographie n’est ni neutre ni irréversible dans la vie des nations. La géographie est une donnée figée, au départ, avec ses caractéristiques, les unes comme atouts et les autres comme contraintes ou obstacles au développement d’un pays. On n’a jamais la géographie souhaitée, mais on a toujours la possibilité d’avoir une géographie utile. L’action sur la géographie pour la rendre utile consiste à aménager le territoire par des instruments techniques, économiques, sociologiques et même politiques.
Au contraire de cette idée de neutralité de la géographie dans les rapports internationaux, il est d’une importance cruciale de faire de l’aménagement du territoire un facteur décisif de lutte contre les effets indirects de la géopolitique.

La répartition de la population sur le territoire est une incongruité : 80% de la population est située sur 4% du territoire. Alors que les richesses naturelles sont dans le Sud, la population est au Nord. La surcharge démographique de la bande du littorale a un coût énorme en termes écologique, social, environnemental et même économique. En effet la littoralisation du territoire n’est pas sans conséquence. Dans le sens opposé, le désert naturel ou physique du Sud est complété par un désert démographique. En même temps, le désert saharien est doté de ressources naturelles colossales : hydrocarbures, hydriques, minières… Un territoire non occupé est un territoire convoité (Groenland, Alaska), un territoire non valorisé est un coût pour la société.
Les territoires sont plus que des espaces géographiques, ils sont le lieu de vie et d’activités de populations, elles aussi en mouvement. Comme lieu de vie et d’activités des hommes, les territoires sont dynamiques, pouvant être transformés, enrichis ou appauvris par l’action de l’homme dans le cadre de la satisfaction des besoins. Le territoire comme espace géographique a besoin d’être aménagé pour son meilleur usage. Plus que toute autre dimension de la vie économique et sociale, le territoire est le support des activités humaines et le réservoir des richesses naturelles.
A ce titre, il a besoin lui aussi d’être projeté sur l’avenir dans le cadre d’une vision prospective de long terme, voire de très long terme. La recherche de l’équilibre entre l’espace, l’homme et les activités pour un développement harmonieux et durable s’inscrit donc dans une vision de très long terme et s’appuie sur l’identification des principaux enjeux. Aménager un territoire, c’est agir sur les « défauts » de la géographie et valoriser les qualités de cette dernière. L’action sur les territoires se fait par/sur le mouvement démographique, les infrastructures, la localisation des activités et des personnes, la valorisation des ressources naturelles et la protection des patrimoines (sols, eau, génétique, ressources non renouvelables).
Aménager un territoire et le rendre utile et mieux sécurisé est possible. Cette tâche s’inscrit dans la durée, c’est un processus continu, cumulatif, proactif, volontariste … il est nécessairement stratégique et s’insère dans une vision et dans une ambition collective. L’aménagement du territoire devient un enjeu de sécurité nationale, de sécurité alimentaire et de sécurité énergétique. Inscrire ces trois dimensions comme facteurs structurant et aménageant le territoire.

Le SNAT 2030 arrive à son terme dans trois ans. Le Bilan des impacts sur le territoire sont modestes, non pas parce que l’action publique état faible, mais parce que elle a été désordonnée en terme de coordination intersectorielle, incohérence en terme de priorité et une gouvernance institutionnelle faiblement enracinée. La correction de ces insuffisances doit être une priorité dans l’avenir, d’autant plus que les facteurs d’aménagement du territoire s’annoncent ambitieux si l’on en juge par le volume des infrastructures à réaliser et les investissements à installer dans des territoires dégarnis.
L’Algérie a un territoire vaste, fragmenté, peu peuplé par endroit, parfois peu équipé ; mais elle dispose aussi d’atouts considérables pour rendre ce territoire un facteur de prospérité et de développement. Il suffit d’utiliser ces atouts pour justement aménager le territoire et le rendre productif. Les enjeux que connait l’Algérie, à l’instar d’autres pays comparables, sont liés à la sécurité alimentaire, à la sécurité énergétique et à la sécurité de ses frontières. Le sol et le sous-sol algériens sont porteurs de ressources naturelles aptes à attirer des investissements et des activités.
La richesse hydrique au grand Sud (SASS) et celle énergétique formeront des atouts d’aménagement du territoire dans le grand Sud. Le facteur de mise en œuvre de cette synergie territoriale est celui des infrastructures de mobilité. L’option de prolonger le réseau de chemin de fer au grand Sud structurera les territoires du désert en densifiant les échanges entre le littoral et le grand Sud et en favorisant l’installation des populations venant du nord et des hauts plateaux ainsi que celle venant du Sahel. Ce qu’on néglige souvent dans les politiques de développement et celle d’Aménagement du territoire est l’atout touristique que recèle cette partie du territoire (Le Tassili et le Hoggar).
Le tourisme est l’activité qui attire le plus la population et crée les conditions de la vie humaine. Une décision suffit pour rendre le Sud algérien la destination de millions de touristes ; il suffit de déclarer le Tassili et le Hoggar Zone Economique Spéciale à vocation touristique.Â
La valorisation des ressources énergétiques conventionnelles, non conventionnelles, renouvelables, et l’exploitation des ressources hydriques dans l’agriculture saharienne doivent être les vecteurs du développement économique de demain. Ajouter le tourisme pour irriguer le désert par une population et les infrastructures de mobilité pour densifier le flux des personnes et des marchandises dans une perspective de maillage territoriale. Le plus important est d’assurer la cohérence de toutes les actions pour optimiser l’impact sur le territoire. Ceci est l’affaire d’une politique nationale d’Aménagement du territoire.
ANOUAR EL ANDALOUSSI
