Chronique Eco : La malédiction des ressources …
Par Anouar El Andaloussi
Rien ne justifie le kidnapping du président vénézuélien organisé par Trump. Si le Venezuela produisait des tomates ou des cacahuètes, personne ne s’intéresserait à lui. Mais le Venezuela est le plus grand réservoir de pétrole au monde, plus que l’Arabie Saoudite, que l’Iran ou l’Irak. Les USA ont besoin de ce pétrole. Actuellement ils produisent plus de 12 Millions de Baril/j et consomment plus de 20 Millions de baril/j. Il faut trouver de nouvelles sources d’approvisionnement et de préférence dans le voisinage.
Chez les pays du Golf et ceux d’Afrique, ce sont les pétrodollars qui intéressent le système financier américain pour entretenir le dollar dont le rôle comme moyens de paiement et de réserves procure à l’Amérique de substantiels revenus et surtout une puissance d’influence et de nuisance planétaire. Dans le nouveau monde, posséder des ressources peut vous exposer à une agression. C’est ici que se situe la première malédiction des ressources. Parce qu’un pays dispose de ressources naturelles, il est convoité, contrôlé, menacé et même mis sous protectorat si nécessaire. Trump sent l’odeur du pétrole à 2000 Kms. Il dit que son odorat peut aller plus loin, dans des territoires de l’UE et de l’OTAN (Groenland) et dans le golfe persique (Iran) ; le lointain Sénégal est aussi dans le viseur.
Le monde est en face d’un prédateur. Certes, Trump est à l’œuvre, mais les USA ont toujours eu cette démarche prédatrice surtout lorsqu’il s’agit du pétrole et d’Israël ; ce sont les deux invariants de la politique américaine aussi bien chez les républicains que chez les démocrates. C’est un pays qui ne se voit vivre que par la guerre. La phobie d’une menace extérieure est toujours présente. Les européens n’ont jamais été aussi soumis ; la déclaration du président français ne condamne pas, même au plan du droit international, au contraire elle met en relief « la libération du peuple vénézuélien d’un dictateur ». La présidente du Conseil italien va plus loin et trouve légitime le kidnapping. Où sont les intérêts économiques des européens dans ce cas précis ? Certainement, payer plus cher le pétrole et le gaz.
Mais la vraie malédiction des ressources est ailleurs ; elle est dans l’usage des revenus issus de ces ressources naturelles. La valorisation des ressources naturelles est justement cette volonté de transformer ces ressources en développement. Et là on distingue les pays qui utilisent ces ressources pour financer le développement économique et social par l’investissement dans les infrastructures, l’éducation, l’industrie etc…, c’est-à-dire transformer une rente en capital. Et les autres qui utilisent cette rente pour financer la consommation, ce qui entraine souvent le phénomène appelé «le syndrome hollandais », c’est-à-dire les moyens financiers disponibles permettent d’acheter à l’étranger toutes les marchandises nécessaires pour la population, situation qui conduit à une spécialisation de l’économie autour des exportations des matières premières et l’importation des biens. La production locale sera marginalisée et l’investissement se concentrera dans les activités du commerce, des services de base et dans l’immobilier.
Le Venezuela est la parfaite illustration de cette situation (syndrome hollandais), mais il n’est pas le seul. Tous les régimes populistes et autoritaires bénéficiant de rente des ressources naturelles sont, à des degrés variables, dans cette situation. Par contre certains pays rentiers ont réussi la valorisation des ressources naturelles et la diversification de leurs économies. C’est le cas, entre autres, de la Malaisie, de l’Indonésie et même du Mexique, autrefois pays rentiers. Le Venezuela est resté fortement dépendant de ses revenus pétroliers et malgré la rente, sa population souffre de pénurie chronique dans de très nombreux produits et d’une inflation à deux chiffres.
Donc le Venezuela ne sera pas le dernier pays à subir une agression humiliante et une soumission à un autre pays sous la forme d’un protectorat. Les ressources naturelles deviennent de plus en plus moins abondantes, alors que leurs usages se multiplient. La course à ces ressources peut conduire à une compétition féroce et le premier arrivé sera le premier et le mieux servi. L’interdépendance des économies dans le cadre du libre-échange a été donnée comme la solution à l’allocation des ressources au plan international. La mondialisation heureuse aura vécu.
La puissance militaire devient le régulateur de l’économie mondiale. Des compromis peuvent être obtenus entre puissances mondiales pour le partage des ressources naturelles et des territoires ; à chacun son espace de domination, voire de soumission. Les puissances nucléaires en première ligne (USA, Chine, Russie, Israël, GB, France, Inde…) les autres puissances vont sous-traiter auprès des premières et les autres, les plus faibles, vont subir les deux premiers. Le monde se dirige-t-il vers le modèle de la « Conférence de Berlin » de 1884 qui a partagé l’Afrique entre les pays européens ? Maintenant le partage sera étendu au monde entier.
ANOUAR EL ANDALOUSSI
