Contribution——————————————————————Quelques tendances du marché de l’énergie face à la crise du Golfe persique
Par Abdelmadjid Attar (*)

La guerre américano-israélo-iranienne, qui pourrait peut etre s’appeler bientôt « Guerre du Golfe 2026 », aura des impacts considérables, non seulement au plan énergétique mais aussiau plangéopolitique. Ces impacts vont reconfigurer leséchanges commerciauxet de manière générale toute l’économie mondiale dans les années à venir.
Rappelons d’abord que les réserves mondiales en hydrocarbures sont situées à raison de :
- 48% pour le pétrole au Moyen Orient.
- L’Arabie Saoudite à elle seule détient 17% des réserves mondiales en Pétrole, et l’Irak 9%
- 40% pour le gaz au Moyen Orient,
- L’Iran à lui seul détient17% des réserves mondiales, et le Qatar 13%.
Les premiers impacts, déjà constatés, sont :
- Une suspension des exportations due à l’arrêt de plusieurs
capacitésinstallations de production pétrolières et gazières autour du Golfe persique. - La fermeture du Détroit d’Ormuz par où transite l’essentiel de ces productions/exportations/consommations mondiales à hauteur de 20% pour le pétrole (environ 21 M barils/jour) et 25% pour le gaz naturel (environ 100 Mds M3/an).
- Une forte tension au niveau des chaines d’approvisionnement aussi bien pour les produits énergétiques, que pourles autres exportations.
- Une augmentationdu prix du baril de Brent, qui se situe autour de 80 $ pour les cotations de la journée du 02 mars 2026. Des pronostics pour 100 $ et même 130/150 $ en cas de poursuite de la guerre au-delà d’un mois.
- Le gaz naturel suit la même trajectoire en Europe, où le prix est déjà passé de 10 $ en moyenne à 14 $ le MBtu, et pourrait atteindre les 20 $ si la guerre se prolonge au-delà de deux semaines.
Face aux incertitudes sur la durée et l’intensité de cette guerre, les prix vont demeurer très volatiles, mais avec une tendance haussière attisée par les pays les plus grands consommateurs (Chine, Inde, Europe, et autres pays asiatiques) même s’ils avaient constitué des stocks. Ces derniers observent l’évolution de la crise et surveillent la consommation pour ne pas tomber dans une rupture de stocks. Il est vrai que la Chine et l’Inde pourraient s’approvisionner davantage auprès de la Russie.
En dehors de la Russie, les autres pays hors zone de conflit, les capacités additionnelles de production sont faibles, comparées aux 20 M barils/j encerclés dans le golfe arabo-persique.L’OPEP+ vient de décider d’augmenter sa production de 206.000 barils/jour pour atténuer la pression et stabiliser le marché, ce qui prouve que non seulement elle demeure prudente, parce qu’un prix élevé arrange certains membres ( ?),mais aussi parce qu’il ne lui est pas facile non plus d’augmenter sa production en si peu de temps. Il faut aussi rappeler que le marché pétrolier était en situation de surabondance de production avant le conflit, ce qui a amené l’OPEP+ à le suivre de près et éviter des augmentations de production, malgré les pressions de Trump, qui tenait à avoir un prix inférieur à 60 $. Pour toutes ces raisons, il est très probable que le prix du pétroleva demeurer certes volatile au cours des semaines à venir mais en hausseen fonction non seulement de l’aggravation et la durée du conflit, mais aussi de la durée d’un retour à une situation normale qui dépendra des dégâts causés au niveau des infrastructures de production et des négociations éventuelles entre les belligérants, c’est-à-dire plusieurs mois.
La situation en ce qui concerne le gaz naturel ne sera pas très différente, puisqu’on constate que le taux d’accroissement du prix est lui aussi demeurépour le moment inférieur à celui connu lors du conflit russo-ukrainien parceque les chaines d’approvisionnement se sont adaptées depuis 2022, et les stocks mondiaux actuels sont d’environ 3 mois de consommation.
La consommation mondiale de gaz est demeurée par ailleurs assez stable, avec un léger accroissement continu en adéquation avec les politiques de transition énergétiques en cours, ainsi que la naissance de nouvelles opportunités d’approvisionnement pour remplacer le gaz russe en Europe (GNL US), et de nouvelles capacités de production d’Afrique et d’Amérique du Sud en cours ou en en développement pour les années à venir.
Il n’en demeure pas moinsque les incertitudes vont impacter de façon très importante aussi bien les marchés pétrolier et gazier que l’économie mondiale et dont les principaux effets, sont les suivants :
- En premier lieu, la durée du conflit et les dégâtsoccasionnéssur les infrastructures de production du Golfe persique et ce qu’en décidera Trump, parce que les impacts sur le marché pétrolier prévus ne coïncident pas avec sa stratégie : une suprématie énergétique des USA avec un contrôle des productions et un prix bas.
- En second lieu, la position de la Russie au sein de l’OPEP+ ; parceque c’est le seul producteur pouvant jouer un rôle pivot en cas de prolongation du conflit au-delà de deux semaines, surtout pour remplacer l’approvisionnement des marchés asiatiques.
- Enfin, il sera certainement nécessaire de réintégrer la production du Venezuela, restée en jachère depuis plusieurs mois, et dont le marché en crise en aura besoin ; d’autant plus que Trump a toujours voulu inonder le marché pour garder un prix bas. Maintenant qu’il détient les clés sur le pétrole Vénézuélien, rien ne l’empêche d’aller dans cette direction.
Au final, la Russie sera le principal bénéficiaire de cette crise, alors que la Chine pourrait en subir quelques problèmes d’approvisionnement compte tenu de ses besoins.
(*) Expert en énergie, ancien ministre de l’énergie
