Coopération économique entre l’Algérie et la France: Le patron du MEDEF plaide pour un partenariat décomplexé et pragmatique
En déplacement à Alger à l’invitation du Conseil du renouveau économique algérien (CREA), Patrick Martin a affiché une ambition claire : redynamiser les relations économiques entre l’Algérie et la France sur des bases « franches, concrètes et durables ». Dans un contexte marqué par les recompositions géopolitiques et la montée en puissance de nouveaux partenaires de l’Algérie, le président du MEDEF appelle à dépasser les crispations pour bâtir un partenariat « décomplexé et pragmatique ».
Dans un monde en mutation, Patrick Martin défend une vision renouvelée de la coopération franco-algérienne, fondée sur le réalisme économique, la confiance mutuelle et la valorisation des complémentarités. Une approche qu’il résume implicitement : moins de discours, plus d’actions. Interviewé par Khaled Drareni, il s’est dit « très satisfait » de la qualité des échanges engagés avec ses homologues algériens, notamment avec Kamel Moula.
« Je fondais de très grands espoirs dans ce déplacement… et les choses, de mon point de vue, se passent très bien, dans une relation très franche, très constructive et très concrète », a-t-il affirmé, soulignant l’importance d’un dialogue direct entre acteurs économiques. Au cœur de sa démarche se trouve la conviction que la diplomatie économique peut jouer un rôle complémentaire à l’action des États.
« Les acteurs économiques ont cette capacité à s’inscrire dans la durée et à défendre des intérêts partagés… ce qui peut contribuer à rendre la relation toujours plus constructive », a-t-il expliqué, insistant sur une approche pragmatique, ancrée dans les réalités du terrain.
Face au recul relatif de la présence française en Algérie, concurrencée notamment par la Chine, la Turquie et l’Italie, Patrick Martin reconnaît une situation préoccupante, sans pour autant céder à l’alarmisme. « Ces données, je les ai bien en tête et je les déplore. On a la ferme intention de rétablir les choses », a-t-il déclaré. Rappelant que la France demeure le deuxième investisseur dans le pays, il a mis en avant « de bons fondamentaux », tels que la proximité géographique, la langue partagée et un héritage économique commun. Sa visite sur le terrain, notamment au sein de Sanofi et Lesieur, a renforcé sa conviction quant au potentiel du marché algérien. « J’ai vu de très belles réalisations et une capacité de l’Algérie à mettre en œuvre des projets », a-t-il relevé, appelant les entreprises françaises à mieux percevoir « les opportunités formidables » qu’offre le pays.
Dans un environnement international bouleversé, notamment par les tensions au Moyen-Orient et en Europe de l’Est, le président du MEDEF estime que la refondation des chaînes de valeur impose un recentrage stratégique. « Les repères sont remis en cause… cela nous incite à regarder avec beaucoup plus d’attention des zones comme l’Algérie », a-t-il expliqué, plaidant pour replacer la relation bilatérale « en haut de la pile ». Il insiste également sur la nécessité d’investir dans les compétences et l’innovation. Saluant la dynamique des start-up en Algérie, il a évoqué la possibilité de renforcer les synergies avec l’écosystème français. « Partager nos expériences et accélérer des projets communs dans la technologie, c’est extrêmement fondateur… c’est de notre avenir qu’il est question », a-t-il soutenu.
La question du transfert de compétences et de la formation figure aussi parmi les priorités. « Nos partenariats s’inscrivent dans une relation de respect mutuel… et dans le temps long », a-t-il insisté, rappelant que la formation des ingénieurs et des techniciens constitue un levier stratégique pour les deux pays. Il a ainsi évoqué la nécessité de développer des filières conjointes afin de valoriser les talents locaux et limiter la fuite des compétences. Interrogé sur le rôle de la diplomatie économique dans un contexte politique parfois tendu, Patrick Martin se veut mesuré mais déterminé.
« Nous travaillons à bas bruit, dans le concret et dans la durée… et cela peut contribuer à une relation plus stable et plus sereine entre les pays », a-t-il affirmé, citant des exemples de rapprochement économique dans d’autres contextes internationaux. Enfin, le président du MEDEF a insisté sur la réciprocité des échanges, appelant également les entreprises algériennes à investir davantage en France. « La France peut être une porte d’entrée vers l’Union européenne, tout comme l’Algérie peut être une plateforme vers l’Afrique », a-t-il conclu.
Par S. R.
