L’essor fulgurant de l’Intelligence Artificielle (IA) et des Data Centers, particulièrement gourmands en électricité, pourrait renforcer le rôle stratégique du gaz naturel dans les prochaines décennies. Pour l’Algérie, cette nouvelle donne représente une opportunité de valoriser davantage ses importantes ressources gazières et ses infrastructures énergétiques. À l’horizon 2050, la diplomatie énergétique algérienne pourrait ainsi s’appuyer non seulement sur ses exportations de gaz, mais également sur sa capacité à répondre aux besoins croissants d’une économie mondiale de plus en plus numérisée.
La consommation mondiale d’énergie devrait progresser de 23 % d’ici 2050, portée notamment par la croissance démographique en Afrique et l’essor de technologies fortement consommatrices d’électricité, au premier rang desquelles l’IA. Les Data Centers représentent déjà près de 3 % de la consommation mondiale d’électricité et pourraient atteindre 10 à 12 % à l’horizon 2030. Cette évolution impose aux grandes puissances de disposer d’une alimentation électrique abondante, stable et compétitive. Dans ce contexte, le gaz naturel pourrait gagner en importance. Les intervenants de l’émission « El Mouachir » de la radio nationale ont souligné qu’il devrait devenir la deuxième source d’énergie mondiale à l’horizon 2050, en accompagnement de la transition énergétique.
Pour Hadef Abderrahmane, consultant international en développement économique, cette évolution s’inscrit dans une recomposition progressive du mix énergétique mondial plutôt que dans une disparition rapide des hydrocarbures. Le gaz conserve notamment l’avantage d’assurer une production électrique régulière lorsque les renouvelables ne suffisent pas. « Les économies qui investissent massivement dans l’IA auront besoin de nouvelles capacités de production électrique et de réseaux capables d’absorber une demande appelée à croître rapidement. Cette contrainte pourrait favoriser les systèmes énergétiques disposant déjà d’une importante infrastructure gazière », a-t-il indiqué.
Cette évolution des besoins énergétiques modifie également les critères de compétitivité des territoires. Le Dr Hachmaoui Mohamed, analyste économique, relève ainsi que la disponibilité de l’électricité devient un facteur déterminant pour attirer les investissements dans les infrastructures numériques. La localisation des futurs Data Centers dépendra donc aussi de la capacité à garantir une énergie disponible et compétitive. « Cette nouvelle réalité est susceptible de donner une importance supplémentaire aux pays producteurs et exportateurs de gaz. Les besoins énergétiques générés par l’IA pourraient ainsi contribuer à maintenir une demande structurelle pour le gaz naturel, même dans un contexte de progression des renouvelables », a-t-il souligné.
Pour l’Algérie, cette recomposition ouvre des perspectives compte tenu de ses ressources gazières, de ses infrastructures et de sa proximité avec les marchés européens. Le Dr Aya Abderrahmane, spécialiste des questions énergétiques, estime que le gaz conservera ainsi une place importante dans l’accompagnement de la transition énergétique. « La montée en puissance des renouvelables ne supprime pas le besoin de sources capables d’assurer la continuité de l’approvisionnement électrique. Le gaz peut précisément jouer ce rôle de complément, en particulier dans les systèmes où la demande augmente rapidement », a-t-il expliqué.
L’enjeu pour l’Algérie consiste également à valoriser davantage cette ressource à travers le raffinage, la pétrochimie et les activités industrielles liées à l’énergie, plutôt que de limiter cette opportunité aux exportations de gaz brut. Cette orientation s’inscrit dans une stratégie combinant le gaz, les énergies renouvelables et l’hydrogène vert. L’Algérie vise notamment 15 GW de capacités renouvelables à l’horizon 2035 et une production de 1,2 million de tonnes d’hydrogène vert par an.
La dimension infrastructurelle constitue enfin un élément central de cette nouvelle équation. Les gazoducs reliant l’Algérie à l’Europe du Sud, ainsi que le projet de gazoduc transsaharien TSGP reliant le Nigeria aux marchés européens via l’Algérie et le Niger, renforcent la position du pays comme plateforme énergétique régionale. La hausse des besoins électriques liés aux Data Centers pourrait ainsi accroître l’importance des infrastructures gazières et des échanges énergétiques. Cette évolution ne remet pas en cause la transition énergétique, mais la complexifie. Le développement des renouvelables, de l’hydrogène et de l’électrification doit désormais s’accompagner de capacités suffisantes pour répondre aux besoins croissants d’une économie de plus en plus numérisée.
Par Selma R.



