03/04/2026
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Exploitation de la mine Amizour-Tala Hamza: Cap sur la transformation locale

Avec le lancement du gisement de zinc et de plomb d’Amizour-Tala Hamza à Béjaïa, l’Algérie accélère sa mutation économique et amorce un tournant décisif dans la gestion de ses ressources minières. Ce projet marque une rupture avec le modèle extractif classique, en plaçant désormais l’intégration industrielle locale au cœur des priorités. En privilégiant la transformation sur site, les pouvoirs publics entendent maximiser la valeur ajoutée nationale et réduire la dépendance à l’exportation de matières brutes.

Dans ce contexte, Fateh Zarifi, directeur général de l’Entreprise nationale des produits miniers non ferreux et des substances utiles (ENOF), invité de la « Chaîne I » de la radio nationale, a mis en avant la portée stratégique de ce projet, qu’il qualifie de « tournant majeur pour le secteur minier national ». Il a rappelé que ce gisement figure parmi les cinq plus importants au monde, avec des réserves estimées à plus de 53 millions de tonnes, dont 43 millions exploitables sur une durée d’environ 20 ans. La cadence de production prévue, de l’ordre de 2 millions de tonnes de minerai par an, permettra de générer près de 170 000 tonnes de concentré de zinc et 30 000 tonnes de plomb. « Nous disposons d’un potentiel qui permet à l’Algérie de se positionner comme un acteur clé sur le marché mondial des métaux », a-t-il souligné.

La véritable rupture stratégique de ce projet repose sur l’impératif de la transformation locale. Concrètement, la production sera prioritairement fléchée vers le marché intérieur : l’usine de Ghazaouet devrait ainsi absorber 80 000 tonnes par an pour couvrir ses besoins. Si un reliquat d’environ 90 000 tonnes sera initialement destiné à l’exportation, ce n’est qu’une étape transitoire. « L’objectif n’est plus d’exporter des matières brutes, mais de créer de la valeur ajoutée localement », a martelé le responsable. À cet effet, des négociations sont déjà en cours avec le partenaire étranger pour ériger un complexe industriel de transformation, traduisant ainsi la volonté de l’État de bâtir une filière intégrée.

Cette démarche s’inscrit dans une vision plus globale d’intégration industrielle. Le zinc, utilisé à près de 80 % dans la galvanisation de l’acier, constitue un intrant stratégique pour le développement de la sidérurgie nationale. Il intervient également dans des secteurs à forte valeur ajoutée, tels que les batteries, l’électronique ou encore certaines applications agricoles. « Ce projet s’intègre pleinement dans une chaîne industrielle allant de l’extraction à la transformation, avec des retombées directes sur plusieurs secteurs stratégiques », a expliqué Zarifi.

Sur le plan économique, les perspectives apparaissent particulièrement prometteuses. Avec un prix du zinc avoisinant les 3 200 dollars la tonne sur les marchés internationaux, le chiffre d’affaires annuel pourrait dépasser les 200 millions de dollars, avec un potentiel de hausse en fonction de l’évolution des cours. « Nous avons basé nos études sur un prix de 2 400 dollars, mais les tendances actuelles laissent entrevoir des revenus encore plus importants », a précisé le directeur général. Le projet revêt également une dimension sociale notable, avec la création attendue de plus de 780 emplois directs et de 3 000 à 4 000 emplois indirects, en privilégiant les populations locales. Des programmes de formation ont déjà été lancés afin de préparer les compétences nécessaires à l’exploitation et à la gestion du site. « Nous voulons que ce projet profite en priorité aux habitants de la région, tout en favorisant le transfert de savoir-faire », a-t-il affirmé.

Le transfert technologique constitue, à ce titre, un axe central du partenariat. Structuré selon la règle 51/49, celui-ci prévoit une montée en compétence progressive des équipes algériennes sur une période de trois à cinq ans, avec pour objectif une maîtrise totale des opérations d’exploitation et de transformation.

« À terme, ce sont les ingénieurs et techniciens algériens qui piloteront entièrement le projet », a assuré l’intervenant. Enfin, une attention particulière est accordée à l’impact environnemental. Une technologie innovante sera mise en œuvre afin de préserver la stabilité géologique du site, consistant à remblayer les cavités après extraction avec un mélange de résidus et de ciment. Cette approche, selon les responsables, garantit une exploitation durable et respectueuse de l’environnement.

Par Selma R.

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