Guerre au Moyen-Orient: Vers une crise énergétique majeure ?
Les tensions persistantes au Moyen-Orient continuent de faire planer la menace d’une crise énergétique majeure à l’échelle mondiale. Les volumes d’exportations pétrolières peinent à retrouver leur niveau habituel, malgré les déclarations du président américain Donald Trump et ses appels à sécuriser les voies d’approvisionnement, notamment au niveau du détroit d’Hormuz. Au-delà de ses effets immédiats sur les marchés, cette crise pourrait redessiner durablement les équilibres énergétiques mondiaux, en accélérant la recomposition des alliances et en renforçant la fragmentation d’un marché déjà sous tension.
Dans une analyse publiée sur les réseaux sociaux, Abdelmadjid Attar, ancien ministre de l’énergie et consultant international, tire la sonnette d’alarme sur une situation qui, selon lui, pourrait rapidement échapper à tout contrôle. Sur le terrain, les indicateurs sont déjà au rouge. D’après les données relayées par OilPrice, la circulation des pétroliers dans cette zone stratégique est fortement perturbée.

« La plupart des pétroliers transitant par Hormuz sont d’origine iranienne », a-t-il souligné, précisant que seuls cinq navires non iraniens ont réussi à franchir le blocus imposé par les Gardiens de la Révolution, dont trois à destination de l’Inde et deux vers le Pakistan. Une situation qui illustre, selon lui, « une militarisation croissante des routes énergétiques », devenue un facteur aggravant de la crise.
Les conséquences sur les volumes exportés sont déjà spectaculaires. En l’espace de quelques jours, les exportations de pétrole et de produits pétroliers ont chuté de 25 à 9,7 millions de barils par jour. « Pour le moment, il y a juste un choc d’offre », a expliqué l’expert, tout en avertissant que « les incertitudes sur sa durée et l’appel aux stocks stratégiques peinent à contenir » cette dégradation rapide de la situation.
Face à cette contraction brutale, les solutions alternatives apparaissent limitées. L’oléoduc Est-Ouest saoudien a certes été mobilisé pour augmenter les capacités d’acheminement vers la mer Rouge, atteignant environ 3 millions de barils par jour, un niveau bien inférieur aux 7 millions exportés avant la crise. Quant au terminal de Fujairah, aux Émirats arabes unis, sa capacité de 1,5 million de barils par jour demeure marginale, et son activité serait fortement compromise après avoir été la cible de frappes répétées. Pour Attar, ces contraintes logistiques traduisent « la fragilité structurelle des routes alternatives » face à un blocage prolongé du détroit.
L’ex Pdg de Sonatrach a également mis en garde contre des répercussions systémiques. « Un tournant majeur du système énergétique mondial est à craindre », a-t-il affirmé, évoquant le risque « d’un choc pétrolier historique » en cas de prolongation du conflit. Une telle évolution serait alimentée par « une instabilité durable du Moyen-Orient », région qui concentre à elle seule près de la moitié (48%) des réserves pétrolières mondiales et plus de 40 % des ressources gazières.
Dans ce contexte, Abdelmadjid Attar a insisté sur les mutations profondes que pourrait engendrer la crise actuelle. « Une chose est sûre : la crise actuelle va entraîner des transformations structurelles », a-t-il écrit, soulignant que cette dynamique s’inscrit dans la continuité des recompositions géopolitiques amorcées depuis 2022, dans le sillage de la guerre russo-ukrainienne.
Par S. R.
