13/05/2026
ACTUALITEFINANCE

Face aux mutations économiques et à la multiplication des sinistres: Les assureurs appelés à moderniser leurs mécanismes

Le Président-directeur général de la Compagnie algérienne des assurances (CAAT), Nacer Sais, a plaidé pour une modernisation des mécanismes d’assurance afin d’accompagner les mutations économiques et les nouveaux risques auxquels sont confrontées les entreprises, soulignant la nécessité de renforcer les dispositifs de protection des investisseurs et des dirigeants d’entreprises.

S’exprimant lors d’une nouvelle édition du séminaire « Partner’s Day », organisée sous le thème « Mutation des risques d’entreprise : anticiper les risques pour mieux sécuriser les installations industrielles », Nacer Sais a affirmé que les transformations rapides de l’environnement économique international imposent une révision profonde des approches classiques de gestion des risques. Devant un parterre de dirigeants de groupes industriels et d’experts en assurance, le PDG de la CAAT a indiqué que les grandes installations industrielles nécessitent aujourd’hui des couvertures d’assurance de plus en plus complexes, dépassant souvent les capacités des seuls assureurs nationaux.

« Les grandes infrastructures industrielles mettent en jeu des capitaux extrêmement élevés. Leur couverture nécessite des prolongements vers les marchés internationaux de l’assurance et de la réassurance », a-t-il expliqué, soulignant que les assureurs algériens demeurent fortement liés aux capacités financières et aux conditions du marché mondial de l’assurance. Selon lui, ce marché international évolue désormais dans un environnement « extrêmement volatil », marqué par une multiplication des sinistres majeurs et des risques émergents qui impactent directement les politiques de couverture et les coûts d’assurance.

Le PDG de la CAAT a particulièrement insisté sur les effets du changement climatique, évoquant la hausse des incendies industriels et des catastrophes naturelles telles que les tempêtes, les inondations et les feux de forêt. « Ces risques deviennent plus fréquents, plus coûteux et parfois difficiles à maîtriser même pour les assureurs et réassureurs internationaux », a-t-il averti.

L’intervenant a également mis en exergue la progression rapide des cyber-risques, désormais considérés comme l’un des principaux défis pour les entreprises industrielles et les infrastructures stratégiques. « Les cyber-risques accompagnent l’évolution technologique mondiale. Leur fréquence augmente et leurs conséquences peuvent être catastrophiques aussi bien pour les entreprises que pour les économies nationales », a-t-il déclaré.

Abordant les tensions internationales actuelles, M. Sais a estimé que les risques géopolitiques et les conflits régionaux constituent désormais des facteurs majeurs d’instabilité économique, nécessitant de nouveaux outils de prévention et de couverture assurantielle.

Le responsable a souligné que cette rencontre vise précisément à créer un espace d’échange entre assureurs, industriels et investisseurs afin de développer des solutions adaptées permettant aux entreprises d’assurer la continuité de leurs activités et de préserver leur capacité de création de valeur.

Dans ce cadre, il a longuement évoqué l’importance croissante de l’assurance Responsabilité civile des mandataires sociaux (RCMS), devenue, selon lui, un outil stratégique de protection des dirigeants d’entreprises. M. Sais a expliqué que cette assurance couvre les dirigeants et mandataires sociaux contre les conséquences financières des fautes de gestion susceptibles d’être retenues dans l’exercice de leurs fonctions.

« Les transformations économiques et réglementaires rendent les dirigeants davantage exposés aux risques liés à leurs décisions de gestion. Il devient indispensable de mettre en place des mécanismes de protection adaptés », a-t-il soutenu. Le PDG de la CAAT a précisé que ce type d’assurance connaît une forte progression dans les marchés développés, notamment en Amérique du Nord et en Europe, où les exigences réglementaires et les contentieux liés à la gouvernance d’entreprise se multiplient.

Il a indiqué que le marché mondial de la RCMS reste largement dominé par l’Amérique du Nord, qui concentre plus de 60 % de l’activité, tandis que l’Europe représente entre 25 et 35 % du marché mondial. L’Asie-Pacifique, l’Afrique et le Moyen-Orient enregistrent, quant à eux, une progression graduelle. Selon lui, l’évolution du cadre juridique algérien devrait progressivement favoriser le développement de ce type de couverture dans les prochaines années. « Nous espérons voir émerger une distinction plus nette entre les actes relevant de la gestion et ceux relevant du pénal », a déclaré M. Sais, estimant que certaines erreurs de gestion pouvant causer des préjudices économiques ne devraient plus systématiquement être assimilées à des infractions pénales. Il a considéré qu’une telle évolution juridique constituerait un signal important pour les investisseurs et les gestionnaires, en renforçant la sécurité juridique liée à l’acte d’investir. « Encourager l’investissement passe aussi par la protection des dirigeants et la clarification des responsabilités », a-t-il affirmé.

De son côté, Rachid Merrouche, ingénieur en génie civil et Head Engineering Middle East & Africa chez Swiss Re, a mis en évidence le rôle stratégique de la réassurance dans un contexte mondial en profonde mutation.

« La réassurance, c’est l’assurance des compagnies d’assurance », a-t-il expliqué, précisant qu’elle permet de transférer une partie des risques afin d’éviter qu’un seul assureur supporte des charges financières dépassant ses capacités. L’expert de Swiss Re a indiqué que les marchés internationaux sont confrontés à une hausse continue des sinistres catastrophiques liés notamment au changement climatique et aux nouveaux risques technologiques. Il a révélé que Swiss Re a porté, à titre d’exemple, ses réserves annuelles destinées aux catastrophes naturelles à près de 5 milliards de dollars pour les exercices 2026 et 2027, contre 2,5 à 3 milliards de dollars auparavant. Selon lui, l’essor de l’intelligence artificielle et des data centers engendre de nouveaux besoins en infrastructures énergétiques et en solutions de couverture assurantielle. « Nous assistons à une véritable révolution technologique et géopolitique qui transforme profondément les besoins en assurance et en réassurance », a-t-il déclaré, en insistant sur la nécessité d’anticiper les risques futurs et de développer des solutions innovantes afin d’accompagner les entreprises.

De son côté, le PDG d’Air Algérie, Hamza Benhamouda, a relevé l’importance, pour le secteur du transport aérien, d’anticiper les différents risques auxquels il fait face, ce qui rend, a-t-il dit, l’assurance plus que jamais essentielle. Il a précisé, à ce propos, que la compagnie travaillait à adopter différents types « d’assurances modernes » afin de s’adapter à ces défis.

Par Zahir R.

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