18/05/2026
ACTUALITEAGRICULTURE/PÊCHE

Feuille de route du secteur agricole : Cap sur la productivité et l’innovation

Placée au cœur de la stratégie nationale de diversification économique, l’agriculture algérienne est appelée à jouer un rôle déterminant dans la réduction de la dépendance aux hydrocarbures et le renforcement de la sécurité alimentaire. À travers une nouvelle feuille de route, les pouvoirs publics affichent une ambition claire : faire de l’agriculture un secteur à forte valeur ajoutée, technologiquement modernisé, moins dépendant des importations et capable de nourrir durablement une population appelée à atteindre entre 60 et 70 millions d’habitants dans les décennies à venir.

Par Selma Rachid.

Auditionné au Conseil de la Nation par la Commission de l’agriculture et du développement rural, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El Mahdi Oualid, a présenté un état des lieux détaillé du secteur tout en exposant les principaux axes de cette feuille de route, centrée sur la productivité, la maîtrise des intrants, la modernisation technique et la protection du foncier. Le ministre a rappelé le poids déjà significatif de l’agriculture dans l’économie nationale. Le secteur emploie plus de deux millions de travailleurs, couvre plus de 8,5 millions d’hectares et contribue à près de 15 % du produit intérieur brut, se positionnant comme le deuxième contributeur après les hydrocarbures. « L’agriculture est devenue un levier stratégique dans le processus de réalisation de la souveraineté économique », a-t-il affirmé, en soulignant la volonté d’« atteindre le maximum d’autonomie à partir des ressources nationales pour couvrir les besoins alimentaires ».

Malgré cette progression, plusieurs fragilités structurelles persistent. La question des céréales demeure centrale. Le rendement moyen national reste autour de 15 quintaux à l’hectare, un niveau jugé insuffisant. « La productivité à l’hectare n’a pratiquement pas évolué depuis l’indépendance », a reconnu le ministre, pointant un recours insuffisant à la recherche appliquée, aux semences adaptées et aux itinéraires techniques performants. Même dans les périmètres irrigués du Sud, des rendements inférieurs à 50 quintaux à l’hectare sont considérés comme non rentables. La mécanisation constitue un autre maillon faible. Selon les estimations citées lors de l’exposé, le déficit en équipements et en organisation des récoltes entraîne des pertes importantes.

« Le manque de mécanisation provoque à lui seul des pertes estimées à 20 % de la production céréalière chaque année », a indiqué Yacine El Mahdi Oualid, en annonçant le développement de coopératives de mécanisation destinées à mutualiser les moyens et à réduire les retards de récolte. La dépendance aux semences importées, notamment dans le maraîchage, représente également un enjeu stratégique et économique. Le ministre a souligné que le coût des semences peut représenter entre 30 et 60 % des charges de production de certaines cultures. Des programmes de production locale de semences et de semences hybrides ont été lancés avec des universités et des centres de biotechnologie, avec pour objectif d’atteindre l’autosuffisance et de réduire les coûts pour les producteurs.

« La sous-mécanisation est responsable d’une baisse significative de la production céréalière »

Dans les filières animales, le diagnostic est contrasté. La production de viandes blanches couvre globalement les besoins du marché, mais demeure dépendante de l’importation de reproducteurs. Le ministre a annoncé la création d’unités locales de production de souches, en partenariat avec des acteurs étrangers, ainsi que le lancement d’un programme national de développement génétique. « Tous les pays qui disposent aujourd’hui de lignées performantes ont commencé il y a 15 à 30 ans.

Nous devons commencer maintenant », a-t-il insisté. L’alimentation animale fait également l’objet d’un plan spécifique, fondé sur la constitution de stocks stratégiques de maïs, le développement de la production dans le Sud et l’introduction de cultures alternatives comme le sorgho. L’objectif est de stabiliser l’offre, de réduire la facture d’importation et d’abaisser les coûts d’élevage. Le secteur laitier connaît, selon le ministre, une dynamique positive dans plusieurs wilayas, dont Ghardaïa, Tizi Ouzou et Souk Ahras, avec une montée en puissance des technologies d’élevage. Un programme de transfert embryonnaire sera lancé pour la première fois afin d’améliorer la qualité génétique et la productivité des troupeaux.

Un système d’identification électronique du cheptel est en cours de déploiement

La modernisation passe aussi par la numérisation. Un système d’identification électronique du cheptel est en cours de déploiement, accompagné d’une plateforme nationale de suivi. « Toutes les grandes agricultures utilisent aujourd’hui l’identification électronique. L’Algérie accuse un retard important dans ce domaine », a noté le ministre. Plus largement, un système d’information agricole unifié intégrant le foncier, la production, l’irrigation et la mécanisation est en préparation. Sur le plan foncier, l’accent est mis sur la protection et l’usage rationnel des terres. Avec environ 8,5 à 9 millions d’hectares exploités, l’Algérie reste en deçà de son potentiel, comparativement à des pays comme l’Espagne, qui dispose de 24 millions d’hectares agricoles pour une superficie totale pourtant inférieure.

Un nouveau cadre juridique unifié pour le foncier agricole est en cours d’élaboration, tandis que les autorités réaffirment l’interdiction de détourner les terres agricoles au profit de projets non agricoles. Enfin, la gestion des risques climatiques et le financement figurent parmi les priorités. Le ministre a plaidé pour une diffusion plus large de l’assurance agricole face aux aléas météorologiques et annoncé de nouvelles offres adaptées. Des dispositifs de microcrédit et un futur fonds d’investissement agricole viendront compléter les mécanismes bancaires existants afin d’élargir l’accès au financement.

S. R.

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