Hydrogène vert en Algérie: Une stratégie ambitieuse en marche
L’Algérie accélère son positionnement sur le marché mondial de l’hydrogène vert en misant sur un atout stratégique majeur qu’est sa proximité géographique avec l’Europe. Grâce à plusieurs projets de corridors énergétiques reliant l’Afrique du Nord aux principaux pôles industriels européens, Alger ambitionne de devenir une plateforme incontournable de production et d’exportation d’hydrogène propre. Cette stratégie s’inscrit dans une vision à long terme destinée à diversifier l’économie nationale, accompagner la transition énergétique et conforter la place de l’Algérie parmi les partenaires énergétiques de premier plan.
L’objectif est ambitieux. Le gouvernement prévoit de produire près d’un million de tonnes d’hydrogène vert par an à l’horizon 2030, avec des investissements estimés entre 20 et 25 milliards de dollars. Cette dynamique repose sur l’important potentiel solaire et éolien du pays, ainsi que sur un nouveau cadre législatif visant à attirer les investisseurs étrangers.
La stratégie nationale de développement de l’hydrogène vert, couvrant la période 2023-2050, prévoit une montée en puissance progressive de la filière. La première phase, jusqu’en 2030, est consacrée à l’acquisition des technologies, au renforcement des compétences nationales et au lancement de projets pilotes. Entre 2030 et 2040, l’accent sera mis sur le déploiement industriel et le développement des infrastructures d’exportation, avant une phase d’industrialisation et d’exportation à grande échelle prévue entre 2040 et 2050. Les grands corridors énergétiques constituent le pilier de cette stratégie.
Le projet SouthH2 Corridor en est l’initiative la plus emblématique. Il prévoit l’acheminement de quatre millions de tonnes d’hydrogène vert par an vers l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne grâce à un vaste réseau de canalisations et d’infrastructures de transport. Les études de faisabilité sont actuellement conduites par un consortium réunissant six entreprises algériennes et européennes, illustrant la portée stratégique de ce partenariat. À ce projet s’ajoute le corridor SunsHyne, dont l’étude a été finalisée en août 2025.
Long de 3 400 kilomètres et doté d’une capacité de transport estimée à 450 térawattheures, il doit relier l’Afrique du Nord au cœur industriel de l’Europe. Dans ce dispositif, l’Algérie est appelée à jouer un rôle de point de connexion privilégié vers l’Italie, renforçant ainsi sa position de passerelle énergétique entre les deux continents. Le projet SEEHyC (South East European Hydrogen Corridor) complète cette architecture. Son étude, achevée en juin 2025 par huit entreprises européennes dans le cadre du plan REPowerEU, prévoit un corridor de 3 132 kilomètres reliant le sud et le centre de l’Europe.
Là encore, l’Algérie figure parmi les partenaires les mieux placés pour approvisionner le marché européen en hydrogène vert. Ces différents projets témoignent de l’intérêt croissant de l’Union européenne pour l’Algérie, appelée à jouer un rôle majeur dans la diversification des approvisionnements énergétiques du continent. Forte de son expérience dans les exportations de gaz naturel, de ses infrastructures énergétiques existantes et de sa proximité géographique avec l’Europe, l’Algérie dispose de solides atouts pour s’intégrer à cette nouvelle chaîne de valeur.
En parallèle, le pays poursuit la mise en œuvre de plusieurs projets pilotes destinés à préparer l’industrialisation de la filière. Sonatrach conduit trois projets expérimentaux, tandis qu’un quatrième est développé avec des partenaires allemands et le soutien de l’Union européenne. Une unité semi-industrielle de 50 MW est notamment en cours de réalisation dans la zone industrielle d’Arzew, grâce à un financement allemand de 20 millions d’euros.
Le premier projet pilote, lancé avec le groupe italien Eni, constitue également une étape importante. Il repose sur l’utilisation des énergies solaire et éolienne, ainsi que sur le recours aux eaux issues des gisements pétroliers pour alimenter le processus d’électrolyse, une solution destinée à préserver les ressources en eau douce. L’ambition de l’Algérie ne se limite toutefois pas à l’exportation d’hydrogène vert.
La stratégie nationale prévoit également le développement d’une véritable industrie de transformation à travers la production d’ammoniac et de méthanol verts. Des unités d’électrolyse pouvant atteindre 200 MW devraient alimenter plusieurs secteurs industriels, notamment la production d’acier propre, de ciment bas carbone et d’engrais, créant ainsi une valeur ajoutée importante sur le territoire national.
Les autorités algériennes rappellent cependant que cette filière doit se développer dans le cadre de partenariats équilibrés. Si l’Europe est appelée à bénéficier de cette nouvelle source d’énergie propre, elle est également invitée à contribuer au transfert de technologies, au financement des projets et à la formation des compétences algériennes. Une approche que l’Algérie considère essentielle pour faire de l’hydrogène vert un moteur de son industrialisation, de la création d’emplois qualifiés et de la diversification durable de son économie.
Par S. R.
