26/07/2026
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Incendies, climat et sécurité nationale: Plaidoyer pour une nouvelle approche de prévention

Les incendies de forêt ne représentent plus seulement une menace environnementale ou une urgence relevant de la protection civile, ils constituent désormais un facteur de fragilisation économique susceptible d’affecter durablement l’agriculture, les ressources hydriques, les infrastructures et la sécurité alimentaire. Pour plusieurs spécialistes, la lutte contre les feux de forêt doit désormais être pensée comme un investissement stratégique plutôt que comme une simple réponse aux situations d’urgence.

Invités de l’émission « Débat politique » de la « Chaîne III » de la radio nationale, le professeur Ali Daoudi, agroéconomiste et enseignant à l’Institut national agronomique (INA), le Dr Fatoum Lakhdari, chercheur agroécologiste, et le professeur Rachid Belhadj, président du Conseil scientifique de la Faculté de médecine d’Alger et directeur des activités médicales et paramédicales du CHU Mustapha, estiment que l’Algérie dispose de solides capacités d’intervention, mais doit renforcer sa politique de prévention afin de réduire des pertes économiques de plus en plus importantes.

Pour le professeur Ali Daoudi, les incendies qui frappent aujourd’hui le pays ont changé de dimension. « Nous faisons face à des mégafeux qui peuvent dépasser les 100 000 hectares. Avec le changement climatique, ces phénomènes deviennent plus fréquents et plus destructeurs », a-t-il expliqué. Sécheresses prolongées, vagues de chaleur et accumulation de biomasse dans les forêts créent des conditions favorables à leur propagation. Mais, selon lui, l’enjeu dépasse largement les superficies brûlées. « Nous avons tendance à mesurer uniquement les hectares brûlés. Or, le véritable coût des incendies est beaucoup plus important. Ils détruisent un capital productif qui met parfois plusieurs années à être reconstitué », a-t-il souligné.

Les pertes concernent les cultures céréalières, les oliveraies, les vergers ainsi que les exploitations d’élevage. Pour l’agroéconomiste, la destruction d’un verger ou d’une exploitation ne se traduit pas seulement par une récolte perdue, mais par plusieurs années d’investissements avant un retour à la normale. Les conséquences se prolongent également après les incendies, avec l’érosion des sols et l’envasement des barrages, notamment dans le nord-est du pays.

Il plaide ainsi pour des outils scientifiques capables d’évaluer le coût réel des incendies, afin d’orienter davantage les investissements publics vers la prévention. Cette vision est partagée par le Dr Fatoum Lakhdari. Si elle salue l’efficacité de la Protection civile, de l’Armée nationale populaire et des différents services de l’État lors des interventions, elle estime que le principal défi réside dans l’anticipation. « Nous intervenons efficacement lorsque la catastrophe se produit, mais nous devons agir davantage avant qu’elle ne survienne », a-t-elle affirmé.

Elle recommande une gestion durable des territoires reposant sur l’entretien de la biomasse forestière, la création de pare-feux, le développement de pépinières adaptées aux différents écosystèmes et une politique de reboisement ciblée. Elle insiste également sur la nécessité de développer une véritable culture du risque et de mieux répartir la population sur le territoire afin de réduire les vulnérabilités. Le professeur Rachid Belhadj rappelle, pour sa part, que les incendies génèrent également un coût sanitaire important.

Les canicules aggravent de nombreuses maladies chroniques et entraînent une hausse des hospitalisations. « Les incendies produisent également des blessés indirects. Les personnes âgées, les nourrissons et les patients souffrant de maladies chroniques sont particulièrement vulnérables lors des épisodes de chaleur extrême », a-t-il expliqué. Il souligne que le renforcement des structures spécialisées pour les grands brûlés et le développement de la médecine de catastrophe constituent des investissements indispensables pour améliorer la réponse sanitaire.

Pour les trois spécialistes, la multiplication des mégafeux impose une nouvelle approche des politiques publiques. Les dépenses consacrées à la prévention doivent être considérées comme des investissements destinés à protéger le capital productif, les ressources stratégiques en eau et la sécurité alimentaire. Ils appellent ainsi à une stratégie nationale intégrée fondée sur l’anticipation, la recherche scientifique, l’aménagement du territoire et l’évaluation économique systématique des incendies.

Par Selma R.

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