Face aux dégâts causés par les incendies de forêt qui ont récemment touché plusieurs wilayas, dont Jijel, Béjaïa et Guelma, la Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA) plaide pour une généralisation, voire une obligation, de l’assurance agricole. Un dispositif d’indemnisation accéléré a d’ores et déjà été mis en place au profit des agriculteurs sinistrés, tandis qu’un accompagnement plus large est également prévu pour les personnes blessées et les familles des victimes. Cette expérience vient ainsi renforcer, aux yeux de la CNMA, la nécessité de mieux structurer la gestion des risques agricoles à travers le pays.

Les incendies ont directement affecté plusieurs exploitations agricoles, notamment les cultures céréalières, les flammes s’étant propagées des zones forestières vers les parcelles situées à proximité des montagnes. « Dès la survenue des sinistres, les agriculteurs assurés ont été invités à déclarer leurs dommages, les dossiers faisant ensuite l’objet d’une expertise destinée à évaluer les pertes avant la détermination du montant des indemnisations », a rappelé Naci Mohamed El Amine, directeur technique des assurances à la CNMA, invité de l’émission « El Dhahira » de la télévision algérienne.
Compte tenu du caractère exceptionnel de la situation, la CNMA affirme avoir accordé un traitement particulier à cette opération, les dossiers complets devant être indemnisés avant le 5 septembre, un délai supplémentaire d’une semaine ayant été accordé aux agriculteurs dont les dossiers nécessitaient encore des pièces complémentaires. « L’objectif est de permettre aux exploitants touchés de reprendre rapidement leur activité et de préparer la prochaine campagne agricole, l’indemnisation étant présentée non pas comme une simple compensation financière ponctuelle, mais comme un moyen de reconstituer durablement les moyens de production des sinistrés », a précisé M. Naci, qui a insisté plus longuement sur la nécessité d’une assurance agricole obligatoire pour couvrir les risques liés aux catastrophes naturelles. « L’assurance n’est pas une simple indemnisation après la survenance du dommage, mais bien une protection, une prévention et un accompagnement, ainsi qu’un engagement permanent aux côtés de la famille agricole face aux risques », a-t-il affirmé, précisant que les agriculteurs assurés bénéficient d’une prise en charge plus rapide en cas de sinistre, ce qui réduit également la pression pesant sur les pouvoirs publics, le coût de l’assurance restant limité par rapport à la valeur de l’exploitation couverte.
M. Naci a également souligné le rôle de l’assurance agricole comme mécanisme de partage des risques, contribuant à alléger les charges financières supportées à la fois par l’agriculteur et par l’État, tout en garantissant la continuité de l’activité agricole. Il est par ailleurs revenu sur le dispositif DACA, assurant que les caisses régionales de mutualité agricole (CRMA) et leurs bureaux locaux restent mobilisés aux côtés des agriculteurs touchés. « Nos structures régionales, à travers les wilayas concernées, continuent d’accompagner les agriculteurs dans la réparation des préjudices, l’atténuation des effets du risque et la relance de leurs activités », a-t-il déclaré, citant à ce titre l’expérience de 2023, lorsque des agriculteurs sinistrés par la sécheresse avaient bénéficié d’aides en semences et en engrais. Un important travail de recensement des dommages est mené en parallèle par les commissions techniques, avec l’appui des structures régionales de la CNMA, comme à Aïn Berda, dans la wilaya d’Annaba, où le recensement des victimes était achevé.
Cette prise en charge ne se limite d’ailleurs pas aux seules pertes agricoles, puisqu’elle concerne également les blessés et les familles des victimes décédées, la couverture pouvant inclure des prestations en nature et financières, notamment en cas d’interruption de travail, tandis que des dispositions spécifiques sont prévues pour les non-assurés et les participants aux opérations de secours. Des facilités ont par ailleurs été mises en place au niveau des structures sanitaires, avec des équipes mobiles chargées d’orienter les assurés vers les prestations disponibles.
Pour la CNMA, la prochaine étape sera celle de la reprise de l’activité, avec les plantations prévues dès octobre, l’objectif final étant de disposer d’un système d’assurance agricole plus structuré, transférant une partie des risques vers les compagnies d’assurance et permettant de constituer une base de données plus complète sur les risques agricoles à l’échelle nationale.
Par S. R.



