02/04/2026
ACTUTIC

L’expert Ali Kahlane, l’a souligné: « L’IA, un instrument industriel stratégique incontournable »

Alors que l’Algérie s’engage dans une transition numérique ambitieuse, l’intelligence artificielle apparaît à la fois comme un levier stratégique et un défi majeur. Lors d’une table ronde du « Club Energy » placée sous le thème : « Genèse et application de l’intelligence artificielle (IA) dans l’énergie et l’économie en général : le cas de l’Algérie », l’expert international en informatique, Ali Kahlane, a livré une lecture détaillée et sans concession de la trajectoire algérienne en matière d’IA.

Il a notamment mis en lumière à la fois les avancées structurelles enregistrées ces dernières années et les défis majeurs qui restent à relever pour faire de l’IA un véritable levier de souveraineté économique. Pour l’intervenant, l’Algérie n’a pas découvert récemment l’intelligence artificielle. Toutefois, c’est à partir de 2019 qu’une approche structurée a été engagée, avec l’élaboration du Plan stratégique algérien de la recherche, de l’innovation et de l’intelligence artificielle, publié en 2020. Ce plan a permis la création de plusieurs écoles nationales supérieures spécialisées, notamment l’École nationale supérieure de l’intelligence artificielle, l’École nationale supérieure des mathématiques, l’École des technologies avancées, l’École des sciences de la nano et des nanotechnologies, ainsi que l’École nationale supérieure de cybersécurité. Ces établissements constituent aujourd’hui l’ossature du capital humain de demain.

Cette dynamique s’est renforcée en 2024 avec l’adoption de la Stratégie nationale de l’intelligence artificielle, pilotée par le Conseil national de l’IA, suivie en mai 2025 par la publication officielle de la Stratégie nationale de transformation numérique. Pour Ali Kahlane, ces deux documents traduisent une volonté politique claire d’inscrire l’Algérie dans une transition numérique accélérée et structurée. Sur le plan économique, l’expert a rappelé que l’intelligence artificielle n’est plus un simple outil expérimental, mais un instrument industriel stratégique incontournable, notamment dans le secteur de l’énergie. Les gains sont déjà mesurables : amélioration de 15 % de la précision dans l’exploration et la production grâce à l’IA appliquée à la sismique, réduction de près de 30 % des émissions dans certains processus industriels, automatisation avancée de la sécurité et de la détection des anomalies.

Dans le domaine de la transition énergétique, Ali Kahlane a insisté sur le fait que l’IA est un accélérateur, mais elle ne peut se substituer aux politiques publiques. Utilisée de manière intelligente, elle permet néanmoins d’augmenter l’efficacité des fermes solaires de 20 à 25 %, de générer des économies directes pouvant atteindre 30 % et d’optimiser la gestion énergétique des infrastructures critiques, notamment les centres de données.

Ces derniers constituent, selon lui, l’un des défis les plus sensibles à venir. À l’ère de l’IA générative, il n’est plus possible de concevoir un data center sans intégrer dès le départ sa consommation énergétique. Un centre de données de niveau intermédiaire peut consommer jusqu’à 80 gigawattheures par an. Sans pilotage par l’IA, cette consommation devient difficilement maîtrisable, alors qu’avec l’IA, près de 80 % des opérations peuvent être automatisées, laissant à l’humain un rôle de supervision et de contrôle. Ali Kahlane a également mis en perspective les enjeux macroéconomiques. À l’échelle mondiale, l’IA pourrait générer jusqu’à 7 000 milliards de dollars de valeur ajoutée. Pour l’Afrique, le potentiel est estimé à 1 200 milliards de dollars. En Algérie, l’objectif affiché d’atteindre 7 % de contribution du numérique au PIB, contre environ 2,5 % actuellement, relève du défi, mais demeure atteignable au regard des investissements engagés, dont un premier effort de 11 millions de dollars consacré aux infrastructures et aux capacités de calcul.

Les secteurs d’application prioritaires sont clairement identifiés : la finance, avec la détection de la fraude et l’automatisation des décisions ; l’agriculture, où l’IA permet d’augmenter les rendements de 20 à 35 % grâce à l’irrigation intelligente et aux algorithmes prédictifs ; et la santé, avec l’aide au diagnostic, la personnalisation des soins et le développement de la télémédecine, appelée à franchir un cap avec l’arrivée de la 5G.

L’expert a également mis en avant l’émergence progressive d’un écosystème de start-up algériennes spécialisées dans l’IA, notamment dans l’énergie, la fintech, la healthtech, l’agritech et les solutions B2B. À ce jour, une cinquantaine de start-up labellisées opèrent dans les domaines liés à l’énergie, avec un potentiel encore largement sous-exploité. Des outils de financement comme l’ASF et le fonds INOV constituent, selon lui, des leviers structurants, à condition d’être accompagnés par un marché national plus dynamique.

Parmi les cas concrets cités figure la solution algérienne ENTP-Eyes, plateforme d’analyse vidéo intelligente appliquée à la sécurité industrielle, qui permet des gains de productivité de 30 à 35 %, une réduction des émissions jusqu’à 28 % et une prise de décision en temps réel. Autre exemple emblématique, la start-up Yassir, qui compte aujourd’hui près de 8 millions d’utilisateurs, s’appuie massivement sur l’IA pour l’optimisation des trajets, la tarification dynamique et la détection de la fraude.

Malgré ces avancées, Ali Kahlane alerte sur des fragilités persistantes. Le déficit en compétences reste important : l’Algérie formerait environ 15 000 profils numériques par an, alors que les besoins en spécialistes de l’IA dépassent largement ce chiffre. À cela s’ajoute une fuite des talents estimée entre 40 et 60 %, des lacunes en gouvernance des données et des risques accrus en matière de cybersécurité, notamment les attaques de type phishing. Pour l’expert, la réponse ne peut être que structurelle : investissement massif dans le capital humain, formation continue, reconversion professionnelle et renforcement de la gouvernance numérique. L’intelligence artificielle, conclut-il, n’est ni une mode ni une menace passagère, mais une transformation profonde et durable.

Par Zahir R.

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