16/04/2024
ANALYSE

Lutte contre le changement climatique: Quand les villes s’en remettent à la nature

Il y a douze ans, une puissante tempête avivée par La Niña a provoqué des pluies torrentielles en Colombie. De graves inondations et glissements de terrain ont fait des centaines de victimes. La capitale Bogotá a subi l’une des pires crises de son histoire lorsque la rivière qui la traverse, le rio Bogotá, est sortie de son lit. L’eau mélangée aux eaux usées, aux déchets et aux débris a inondé les terres agricoles, les maisons et les écoles.

À la suite de cette catastrophe, les services environnementaux de la région de Bogotá ont lancé un plan de maîtrise des inondations et de dépollution du cours d’eau. Il reposait sur trois piliers : des équipements de protection contre les inondations, le développement des infrastructures de traitement des eaux usées et des « solutions fondées sur la nature », une approche de plus en plus privilégiée qui, comme son nom l’indique, cherche des solutions dans la nature.

Dans le cadre d’un projet soutenu par la Banque mondiale, l’usage de 165 hectares (ha) de zones à vocations multiples a été repensé le long du rio Bogotá afin que les eaux de crue puissent s’écouler dans la ville sans nuire aux habitants ou aux infrastructures. Aujourd’hui, 1,2 million de personnes sont moins exposées au risque d’inondation, dont 124 familles qui vivaient jusqu’alors sur les rives du cours d’eau et qui désormais se sont réinstallées en dehors de la zone inondable.

La rivière et les zones inondables recouvertes de végétation forment aujourd’hui un ensemble hydrologique qui s’étend jusqu’à des milieux humides qui occupaient une large superficie jusqu’en 1950, avant de reculer, passant de 50 000 ha à seulement 1 000 aujourd’hui. La région compte réhabiliter progressivement ces zones humides pour qu’elles puissent à nouveau protéger la capitale.

Les solutions fondées sur la nature : une stratégie rentable qui favorise la résilience et la biodiversité

Comme à Bogotá, les municipalités envisagent de plus en plus des solutions fondées sur la nature (a) pour accroître leur résilience face au changement climatique. Ces systèmes naturels, que l’on qualifie également d’ « infrastructures vertes », fournissent des services essentiels. Les zones humides jugulent les inondations et les mangroves atténuent la force des vagues et des ondes de tempête. Les solutions fondées sur la nature favorisent par ailleurs la biodiversité et peuvent s’avérer particulièrement efficaces, en complément d’infrastructures classiques, dites « grises » faites de ciment, d’acier ou d’autres matériaux manufacturés.

Comme la Colombie, de nombreux pays doivent supporter le tribut toujours plus lourd des catastrophes naturelles. Au cours des vingt dernières années, ces calamités ont frappé plus de 4 milliards de personnes, dont plus d’un million de victimes, pour des pertes économiques avoisinant les 2 900 milliards de dollars. La dégradation des bassins versants a altéré la qualité de l’eau potable, au détriment de plus de 700 millions d’habitants, et coûté aux villes 5,4 milliards de dollars en dépenses d’assainissement, alors que les épisodes de sécheresse affectent en moyenne 35 millions de personnes chaque année.

Depuis 2012, la Banque mondiale a incorporé des solutions naturelles dans plus de 100 projets, couvrant 60 pays et quatre continents. Ces solutions jouent également un rôle essentiel dans l’adaptation aux changements climatiques, tout en renforçant la résilience des paysages et des populations. Certaines sont destinées à gérer les risques de catastrophe et à réduire l’incidence et l’impact des inondations, des coulées de boue et d’autres fléaux naturels (a). D’un bon rapport coût-efficacité, elles permettent de lutter contre les dérèglements du climat, mais aussi contre la perte de biodiversité et la dégradation des terres, cumulant ainsi plusieurs avantages.

L’assainissement du rio Chiveve à Beira

À Beira, une ville du Mozambique, la dégradation du rio Chiveve exacerbe le risque d’inondation de territoires où vivent des populations déjà vulnérables. Avec le concours de partenaires de développement, notamment au travers du projet Villes et changement climatique financé par la Banque mondiale, les autorités municipales décident de réhabiliter le canal (a) en associant infrastructures grises et vertes, tout en aidant les populations voisines du cours d’eau.

Long de 3,5 km, le rio Chiveve est une rivière à marée qui se jette dans le port de pêche de Beira, après avoir traversé le quartier central des affaires et certains quartiers parmi les plus défavorisés de la ville. Il s’est retrouvé isolé du courant de la marée, étouffé par les immondices et pollué par les déchets fécaux. Par ailleurs, les écosystèmes qui contribuaient à juguler les inondations, comme les mangroves et la végétation indigène, étaient largement dévitalisés.

La réhabilitation du Chiveve a commencé par une restauration participative des mangroves et un projet d’infrastructure classique destiné à élargir le bassin à flot du fleuve (pour recueillir de plus larges quantités d’eaux pluviales) et à construire un émissaire à marée réglable (pour réguler le débit entrant et sortant). Les infrastructures vertes ont permis de créer le long du fleuve un parc polyvalent de 17 hectares, avec allées piétonnes, sites évènementiels, marché local, kiosques et autres lieux conviviaux.

À Colombo, la renaissance des zones humides en milieu urbain

Dans la ville côtière de Colombo, à Sri Lanka, la revitalisation du réseau de zones humides joue un rôle majeur dans la lutte contre les inondations. Ces zones absorbent les eaux de crue qu’elles relâchent à la décrue et contribuent à protéger la ville en complément d’équipements en dur (stations de pompage, conduits souterrains…). Les zones humides servent également de climatiseurs naturels, de purificateurs d’eau et d’air, de puits de carbone, protégeant les terres agricoles et la biodiversité qui s’y trouvent.

Ces dernières décennies, Colombo a perdu environ 40 % de ses zones humides en raison de l’urbanisation, mais deux graves inondations en 2010 ont mis en évidence la nécessité de réhabiliter ces milieux. Le projet de développement urbain du grand Colombo (a), auquel la Banque mondiale apporte son concours, a donné lieu à des discussions techniques et politiques qui ont abouti à la préservation des dernières zones humides et à leur intégration dans la ville, ce qui a valu à Colombo d’être distinguée à l’international comme première capitale à recevoir le label « Ville des zones humides » décerné au titre de la convention de Ramsar sur les milieux humides.

Les zones humides de Colombo forment un réseau foisonnant d’écosystèmes parmi les tours de bureaux, les bâtiments coloniaux, les temples et les minarets. Cette étendue de près de 20 km2 accueille des lacs d’eau douce, des zones boisées et des prairies humides ainsi que des marécages qui abritent aujourd’hui des fleurs de lotus roses, des papillons tachetés et le furtif chat viverrin (a). L’objectif du projet dépasse la simple prévention des inondations : il entend faire des parcs urbains et des zones humides le poumon de la vie urbaine.

Au-delà des améliorations apportées au cœur des villes, ces initiatives, déployées à Sri Lanka, au Mozambique, en Colombie et ailleurs, stimulent l’économie, tout en s’inscrivant dans le droit fil des objectifs de maîtrise des émissions qui contribuent au changement climatique. Parce qu’ils constituent un moyen rentable d’atténuer les risques de catastrophe, tout en consolidant ou en revitalisant les écosystèmes, ces programmes qui incorporent des solutions naturelles sont à même d’offrir d’autres avantages, comme une agriculture et une pêche plus prospères, des services d’approvisionnement en eau plus efficaces et la possibilité de développer le tourisme, les loisirs et l’accès au patrimoine culturel, au profit du bien-être économique et humain local.

En combattant le changement climatique, en améliorant les conditions de vie des plus vulnérables et en favorisant le développement économique, les solutions fondées sur la nature sont à la fois bénéfiques aux populations et à la planète.

Source: Banque mondiale

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