Naissance d’un capital-risque universitaire : Vers une nouvelle architecture du financement
Avec l’agrément accordé par la COSOB à sa société de capital-risque, l’Université d’Alger 3 inaugure une nouvelle étape dans la transformation de l’enseignement supérieur. Ce tournant stratégique consacre l’émergence d’une université investisseuse, appelée non seulement à former et à diplômer, mais aussi à financer l’innovation et à créer de la valeur économique.
Dotée d’un capital initial de 188,8 millions de dinars, la Société d’investissement financier de l’Université Alger 3 est également appelée à jouer le rôle de « fonds de fonds », en coordonnant et en supervisant d’autres fonds universitaires appelés à voir le jour. Il s’agit d’une première nationale qui s’inscrit dans la dynamique impulsée par les pouvoirs publics en faveur d’une économie fondée sur la connaissance.
Invitée de la « Chaîne III » de la Radio algérienne, la professeure Taleb Chahinez Soumia, coordinatrice nationale du centre de développement de l’entrepreneuriat, a mis en avant la portée symbolique et stratégique de cette création. Selon elle, cette société « consacre la vision stratégique du président de la République en faveur de la réforme de l’université pour le renforcement de son rôle économique en tant qu’acteur productif contribuant au développement et à la création de l’emploi et de la richesse ».
Elle a souligné qu’il s’agit également « d’une initiative qui s’inscrit dans la stratégie du ministère visant à renforcer l’articulation entre la formation, la recherche scientifique et le développement économique ». Concrètement, la SICAR universitaire vient « en aide aux étudiants porteurs de projets, qu’il s’agisse de la création d’une entreprise classique ou d’une start-up dans le cas d’une innovation ».
Pour la professeure Taleb, le changement est profond : « Nous sommes dans la vision d’une université entrepreneuriale », a-t-elle expliqué, rappelant qu’avec la loi 12-75, le projet de fin d’études peut désormais évoluer vers un véritable projet de création d’entreprise, soutenu par des incubateurs et des dispositifs d’accompagnement intégrés aux universités. Chaque établissement dispose d’ailleurs d’une commission de sélection associant vice-recteurs et partenaires socio-économiques afin d’identifier les projets à fort potentiel.
De son côté, le président de la Commission nationale de coordination et de suivi de l’innovation et des incubateurs universitaires, Ahmed Mir, considère ce fonds comme une réponse concrète à une faiblesse structurelle de l’écosystème entrepreneurial. « La fracture existante entre le nombre important de projets innovants portés par les étudiants et la rareté des investisseurs en capital-risque », a-t-il déclaré sur le plateau de la télévision algérienne.
À ses yeux, la création de ce mécanisme constitue « une étape charnière dans le processus de réforme universitaire », car elle permet d’intégrer pleinement l’université dans la dynamique économique nationale. L’objectif est de transformer les travaux de recherche et les projets étudiants en entreprises innovantes, en brevets valorisés et en start-up capables de s’imposer sur le marché.
Ahmed Mir rappelle que, si l’expérience est inédite en Algérie, elle s’inspire de modèles internationaux où les grandes universités disposent de fonds d’investissement puissants. Il annonce que l’initiative d’Alger 3 a vocation à s’étendre à l’ensemble du secteur, avec l’implication des 119 établissements universitaires et de plus de 40 centres de recherche dans la mise en place de fonds thématiques coordonnés par la société agréée.
Les projections avancées témoignent de cette ambition : la capacité globale de financement pourrait atteindre, à l’horizon 2026, l’équivalent de 1 000 milliards de centimes, avec pour objectif de soutenir plus de 300 start-up universitaires et près de 2 000 micro-entreprises étudiantes en phase d’expansion. À moyen terme, le volume d’investissement pourrait dépasser un milliard de dollars.
Le recteur de l’Université d’Alger 3, Khaled Rouaski, insiste pour sa part sur la nature économique rigoureuse du dispositif. « Il s’agit d’une société commerciale soumise à la logique du profit et de la perte », a-t-il précisé au micro de la télévision algérienne. Les projets financés feront l’objet d’analyses techniques, financières et de risques approfondis, et les critères d’éligibilité varieront selon qu’il s’agisse d’une idée labellisée, d’une start-up déjà immatriculée ou d’une entreprise en phase de croissance. Il rappelle également que les ressources mobilisées proviennent des activités propres de l’université et non de la seule dotation budgétaire de l’État, ce qui implique une exigence de rentabilité et de pérennité.
Khaled Rouaski met en avant les premiers résultats de cette orientation économique. Le tissu universitaire compte déjà plus de 2 000 micro-entreprises étudiantes et environ 300 start-up, générant plusieurs milliers d’emplois directs. Selon ses estimations, l’ensemble des structures créées dans le giron universitaire représente des centaines de milliards de dinars de chiffre d’affaires cumulé et plus de 15 000 emplois directs.
À terme, si la dynamique se confirme, le secteur de l’enseignement supérieur pourrait devenir l’un des principaux créateurs de richesse du pays. « Nous disposons de toutes les capacités humaines et matérielles pour atteindre cet objectif », a-t-il assuré, évoquant un horizon de cinq à quinze ans pour voir émerger un véritable pôle universitaire d’investissement et d’innovation.
Par Selma R.
