18/05/2026
ACTUALITENATIONAL

Parcs technologiques et numérisation: L’ANPT face à l’épreuve de la concrétisation

Conçus comme « le creuset du développement des technologies de l’information et de la communication », les parcs technologiques devaient constituer un pilier de la transition numérique et de l’économie du savoir en Algérie, favorisant un écosystème d’innovation fondé sur l’entrepreneuriat, la recherche appliquée et le transfert de compétences. Pourtant, plus de vingt ans après leur lancement, le rapport 2025 de la Cour des comptes souligne un décalage persistant entre cette ambition et les résultats obtenus par l’Agence nationale de promotion et de développement des parcs technologiques (ANPT).

Selon le rapport, l’Agence se voit confier des missions étendues, allant de la conception et la réalisation à l’exploitation et l’animation des parcs technologiques, tout en assurant l’accompagnement des start-up et des porteurs de projets innovants. Dans les faits, l’ANPT a été investie du rôle de maître d’ouvrage délégué pour les parcs de Sidi Abdellah, Annaba, Ouargla et Oran, avant de se voir attribuer, à partir de 2018, plusieurs projets liés à la numérisation de l’administration publique. Cette extension progressive du champ d’intervention, sans adaptation concomitante des moyens humains, financiers et organisationnels, a fragilisé la capacité opérationnelle de l’Agence.

La Cour des comptes souligne ainsi que « les investigations effectuées ont mis en exergue les difficultés de l’Agence à mener à terme cet important plan de charges ». Ces difficultés se traduisent par des retards significatifs dans la réalisation des projets, des dépassements répétés des coûts prévisionnels et, surtout, par « l’annulation de la quasi-totalité des projets de numérisation qui lui sont délégués ». Le rapport met en avant des contraintes liées à l’instabilité des financements, à la complexité des procédures administratives et à l’absence d’un cadre intersectoriel clair pour le pilotage des projets numériques.

Le Technoparc de Sidi Abdellah, seul site entré en exploitation depuis 2012, illustre de manière emblématique ces dysfonctionnements. Conçu comme un pôle national d’excellence en matière d’innovation technologique, il a mobilisé des investissements publics cumulés dépassant 12,9 milliards de dinars. Pourtant, « les résultats atteints en termes d’accompagnement des porteurs de projets apparaissent modestes au regard des capacités installées », constate la Cour. Le rapport souligne également que le taux d’occupation, le nombre de projets incubés et la pérennité des start-up accompagnées demeurent largement en deçà des objectifs initiaux.

L’activité d’incubation, pourtant présentée comme le cœur de mission des parcs technologiques, est particulièrement critiquée. La Cour note que « l’activité d’incubation, principale activité de l’écosystème technologique, affiche des résultats modestes au regard des moyens mobilisés et des objectifs escomptés ». Cette situation a réduit l’impact économique et technologique des infrastructures réalisées, transformant progressivement certains parcs en simples espaces d’hébergement, loin de leur vocation de catalyseurs de l’innovation et de la création de valeur.

La Cour des comptes attribue ces insuffisances à une combinaison de facteurs internes et externes. Elle évoque notamment « la faible maîtrise de la gestion des projets et l’organisation inadaptée de l’ANPT à ses missions ». Le rapport met aussi en évidence le déficit de compétences spécialisées en management de l’innovation, les contraintes foncières persistantes et le manque de coordination avec les autres acteurs institutionnels de l’écosystème numérique. À cela s’ajoutent le gel de certains financements et « l’absence d’un véritable accompagnement de la tutelle », qui ont limité la capacité de l’Agence à inscrire ses actions dans une vision stratégique cohérente et durable.

Par M. A.

Publicité

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *