Pluies diluviennes en Algérie: Un épisode météorologique extrême sous haute surveillance
Les fortes précipitations enregistrées la semaine dernière dans plusieurs régions du pays ont rappelé, avec une brutalité saisissante, la vulnérabilité de nombreux territoires face aux phénomènes météorologiques extrêmes. Ces intempéries, qui ont malheureusement causé d’importants dégâts matériels, s’inscrivent dans un contexte climatique de plus en plus instable, selon l’Office national de la météorologie (ONM).

Invité par nos confrères de la Radio nationale, Sid Ahmed Hammadi, directeur de l’exploitation météorologique à l’ONM, est revenu en détail sur cet épisode qualifié « d’exceptionnel » par son intensité et sa rapidité.
Il a affirmé qu’entre le 19 et le 22 janvier, certaines régions ont enregistré des quantités d’eau rarement observées sur une période aussi courte. À Chréa, les stations météorologiques ont relevé un cumul de 238 millimètres en seulement 48 heures, soit l’équivalent de plus de trois mois de précipitations normales. D’autres wilayas n’ont pas été épargnées : 162 mm à Médéa, 132 mm à Miliana, tandis que de nombreuses régions du centre, de l’ouest et de l’est ont enregistré entre 60 et 100 mm.
Les wilayas côtières et intérieures telles que Relizane, Mascara, Chlef, Tizi Ouzou ou Jijel ont également été fortement touchées. Selon l’ONM, ces précipitations intenses ont concerné la quasi-totalité du nord du pays, de l’ouest à l’est, sous l’effet d’un Bulletin météorologique spécial (BMS) couvrant une large zone. La tempête «Harry» est probablement à l’origine du phénomène. Car explique-t-il, cet épisode trouve son origine dans une dépression méditerranéenne profonde, baptisée « Harry », centrée entre la Sicile et la Tunisie. Ce système atmosphérique, parfois qualifié de medicane (cyclone méditerranéen), résulte de la rencontre entre de l’air froid en altitude et de l’air chaud et humide en basses couches.
Le changement climatique est une réalité
« Ce n’est pas un cyclone tropical, mais son fonctionnement en est proche », a précisé Sid Ahmed Hammadi. La dépression a généré des pluies intenses, des vents violents pouvant dépasser localement les 100 km/h et une forte agitation marine. Sur certaines portions du littoral algérien, notamment dans l’Algérois, des vagues submersives ont atteint jusqu’à 7 à 8 mètres, alors que la houle significative oscillait entre 3,5 et 4 mètres.
Contrairement à certaines situations soudaines et difficiles à anticiper, cet épisode avait été prévu par les services de Météo Algérie. « Les bulletins de moyenne échéance annonçaient déjà cette dégradation cinq à sept jours avant », a souligné le responsable.
Plusieurs BMS ont ensuite été émis, dont des alertes orange et rouge, notamment pour les wilayas de Chlef, Tipaza, Médéa, Aïn Defla, Blida, Mostaganem et Mascara. La vigilance rouge, la plus élevée, avait été déclenchée plus de 18 heures avant l’arrivée du phénomène, avec des cumuls attendus pouvant dépasser localement les 120 mm.
Ces alertes sont transmises aux autorités locales, aux walis, aux ministères de l’Intérieur, des Transports et des Ressources en eau, ainsi qu’à la Délégation nationale aux risques majeurs, chargée de la coordination intersectorielle.
Au-delà de l’épisode lui-même, l’ONM alerte sur une tendance lourde : ces événements extrêmes tendent à devenir plus fréquents. « Le changement climatique est une réalité mesurée et observée. On ne peut plus parler d’exceptionnel, mais de phénomènes qui se normalisent », a expliqué Sid Ahmed Hammadi.
Vagues de chaleur records, sécheresses prolongées, pluies diluviennes en un temps réduit, tempêtes et orages convectifs violents sont désormais appelés à se multiplier. Les projections climatiques indiquent une hausse inévitable des températures au cours des prochaines décennies, notamment en été, avec une augmentation pouvant atteindre 5 à 7 degrés par rapport aux normales saisonnières à l’horizon 2080, même dans les scénarios les plus modérés.
Adapter les territoires et renforcer la prévention
Si la nature ne peut être contrôlée, ses impacts peuvent toutefois être limités. « On ne peut pas empêcher la pluie de tomber, mais on peut éviter que les inondations ne deviennent catastrophiques », insiste le responsable, évoquant la nécessité d’une meilleure planification urbaine, d’une gestion proactive des risques et du renforcement des systèmes d’alerte précoce.
L’ONM mise également sur la sensibilisation, notamment auprès des jeunes générations. Des actions pédagogiques sont menées auprès des écoles, lycées et universités afin d’expliquer les phénomènes météorologiques, le rôle des BMS et les comportements à adopter en cas d’intempéries.
Enfin, la vigilance reste de mise. Selon les prévisions, une nouvelle série de perturbations affectera le nord du pays au cours de la semaine, avec des pluies attendues notamment sur les régions de l’est et du centre-est, comme Skikda et Jijel, où les cumuls pourraient atteindre localement 50 à 70 mm. Un rappel, s’il en fallait, que face à un climat de plus en plus imprévisible, l’anticipation et l’adaptation constituent désormais des impératifs majeurs.
Par Réda Hadi
