Promotion des exportations hors hydrocarbures: Le numérique, un levier de diversification
L’Algérie mise sur la transformation digitale pour renforcer sa compétitivité et diversifier ses exportations. Les nouvelles technologies sont appelées à jouer un rôle central dans l’ouverture de nouveaux marchés et la réduction de la dépendance aux hydrocarbures. Après avoir plafonné à moins d’un milliard de dollars en 2020, les exportations hors hydrocarbures ont atteint environ 7 milliards USD en 2023. Les autorités visent désormais 10 milliards à court terme, puis 20 milliards USD dans les prochaines années. Si plusieurs filières industrielles comme le ciment, l’acier, les engrais, les produits agroalimentaires ou la céramique sont déjà mobilisées, c’est le numérique qui se profile comme un levier stratégique.
Cybersécurité, intelligence artificielle, solutions digitales sur mesure : autant de créneaux capables de positionner l’Algérie sur la carte des exportateurs de services à haute valeur ajoutée. Pour Souhil Guessoum, président de la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), invité de la «Chaîne III » de la radio nationale, il s’agit d’« un pari incontournable ». « Le monde vit une révolution numérique et l’Algérie doit s’y insérer non pas comme simple consommatrice, mais comme actrice capable de proposer des solutions.
Nous avons un vivier de compétences dans le digital, il faut maintenant leur offrir un cadre d’exportation et d’accompagnement », a-t-il précisé. Le contraste avec les industries lourdes est parlant. Alors que Tosyalı ambitionne un milliard USD d’exportations dans l’acier, le numérique reste un marché presque vierge, mais au potentiel considérable. Dans ce secteur, l’investissement initial est moindre, alors que la valeur ajoutée est beaucoup plus élevée. « Si nous parvenons à structurer un écosystème de startups tournées vers l’exportation, le numérique peut devenir un levier plus puissant que certains segments industriels traditionnels », a ajouté Guessoum.
Cette dynamique implique aussi un changement de mentalité du secteur privé, longtemps habitué à la commande publique. Les opérateurs sont désormais appelés à développer une culture de l’investissement autonome et tournée vers l’international. « L’exportation numérique n’est pas un luxe. C’est une chance pour nos jeunes ingénieurs et entrepreneurs de s’affirmer à l’échelle mondiale et de contribuer directement aux objectifs de diversification fixés par le président de la République », a souligné encore le président de la CAPC.
Entre industries traditionnelles et services de nouvelle génération, l’Algérie trace donc une double voie vers son indépendance économique. Si le ciment, l’acier ou l’agroalimentaire continueront de peser lourd dans la balance commerciale, c’est peut-être le numérique – invisible mais stratégique – qui constituera le véritable horizon hors hydrocarbures du pays.
ZLECAf : une opportunité historique pour les exportateurs algériens
Dans cette stratégie d’ouverture, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) s’impose comme un cadre incontournable. Réunissant 54 pays et plus d’un milliard de consommateurs, elle représente une chance unique pour les exportateurs algériens d’élargir leurs débouchés et de renforcer leur compétitivité.Pour de nombreux acteurs économiques, cet accord va bien au-delà des échanges commerciaux. « L’Afrique n’est pas seulement un marché de proximité, c’est un espace stratégique pour notre économie. Grâce à la ZLECAf, nous pouvons réduire les barrières douanières, améliorer la compétitivité de nos produits et construire de véritables partenariats gagnant-gagnant», a estimé un représentant du patronat algérien.
La réussite de cette intégration repose toutefois sur plusieurs conditions : l’amélioration des infrastructures logistiques, la modernisation des corridors routiers et ferroviaires transafricains, la facilitation des paiements interbancaires et la mise en place de mécanismes d’assurance-crédit adaptés. Pour les entreprises, c’est aussi un défi culturel. Longtemps centrées sur le marché national, elles doivent désormais franchir les frontières et s’imposer dans un environnement concurrentiel. « C’est une occasion unique pour nos entreprises de se transformer, d’innover et de conquérir de nouveaux espaces », a souligné le président de la CAPC. La ZLECAf ouvre une porte inédite pour l’Algérie : celle d’une Afrique sans frontières commerciales, où ses produits (de la céramique aux solutions numériques) peuvent s’implanter durablement. Mais au-delà de l’accord, c’est une véritable culture de l’exportation qu’il faudra ancrer dans le secteur privé. À ce titre, la ZLECAf apparaît bien comme une chance historique, appelée à devenir un moteur essentiel de la diversification économique du pays.
Par Mourad A.
