Les risques liés à la pollution des cours d’eau transfrontaliers et ses répercussions sur les ressources hydriques, les terres agricoles et la sécurité alimentaire ont été au centre des travaux de la Conférence internationale sur la protection des cours d’eau transfrontaliers et la prévention de la pollution environnementale (IC-TWEP 2026), qui se poursuit jusqu’au 29 octobre à Tlemcen, avec la participation d’académiciens, de chercheurs et d’experts représentant 35 pays.
Lors de cette rencontre, les participants ont notamment évoqué la situation de l’oued Mouilah, qui prend sa source dans la région d’Oujda, au Maroc, et dont le lit naturel servirait à l’acheminement de différents types de déchets vers le territoire algérien. Selon les éléments présentés lors de la conférence et les résultats d’analyses de laboratoire évoqués par les participants, cette pollution fait peser des risques importants sur les ressources en eau de la région frontalière. Les rejets provenant des unités industrielles de la ville marocaine d’Oujda figurent parmi les principales préoccupations soulevées lors des débats.
Dans une vidéo diffusée devant les participants et portant sur les risques majeurs de la pollution qui touche l’oued Mouilah et le barrage de Hammam Boughrara, situés sur la ligne de contact à la frontière algéro-marocaine, il a été indiqué que les déchets provenant de 400 unités industrielles de la ville d’ Oujda ont transformé les terres en marécages, avec de graves répercussions sur des milliers d’agriculteurs.
La concentration de certaines substances chimiques dans les cours d’eau concernés dépasserait de plus de 400 fois les normes internationales, selon les données évoquées lors de la rencontre. Des milliers d’hectares de terres agricoles situées dans la zone frontalière seraient ainsi exposés aux effets de cette pollution.
Les participants ont également abordé les risques pesant sur les eaux du barrage de Hammam Boughrara, dans la wilaya de Tlemcen, ainsi que les répercussions environnementales signalées dans la région de Béchar, notamment en matière de ressources souterraines. Ces préoccupations soulignent la nécessité de renforcer la surveillance de la qualité des eaux et de protéger les ressources hydriques partagées.
La coopération scientifique au service de la protection de l’eau
Organisée par l’Université Abou Bekr-Belkaïd de Tlemcen et la Direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique (DGRSDT), la conférence vise à renforcer le dialogue scientifique et la coopération entre les gouvernements, les chercheurs et les spécialistes pour promouvoir une gestion durable des eaux transfrontalières.
Les travaux portent notamment sur les effets des changements climatiques et de la pollution industrielle et agricole sur la qualité et la disponibilité de l’eau, ainsi que sur les technologies innovantes de surveillance, de protection et de traitement des ressources hydriques communes. Les participants examinent également les mécanismes juridiques et institutionnels de protection de l’eau, les moyens de renforcer la coopération régionale et internationale et le rôle de la diplomatie de l’eau dans la prévention des tensions entre les États riverains. La transformation numérique, l’intelligence artificielle et l’exploitation des données massives pour la prévision des inondations et la surveillance de la pollution figurent aussi parmi les axes abordés.
Le recteur de l’Université de Tlemcen a souligné l’importance des solutions technologiques et des moyens techniques susceptibles de contribuer à la paix et à la stabilité. De son côté, la secrétaire générale de la wilaya de Tlemcen a estimé que la protection de l’environnement constitue désormais un choix stratégique et une responsabilité nationale, soulignant que la pollution des oueds et des barrages représente une menace directe pour la sécurité alimentaire.
Dans un discours lu en son nom, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, a également fait part de la volonté de son département de créer une association regroupant des compétences algériennes et africaines afin de développer la coopération continentale dans le domaine des ressources en eau. Prévue jusqu’au 29 octobre, la conférence devrait déboucher sur une série de recommandations destinées à renforcer la protection des ressources hydriques, à réduire la pollution et à promouvoir une gestion plus durable et équitable de l’eau au bénéfice des générations actuelles et futures.
Synthèse R E.



