Le transport de l’uranium nigérien vers les marchés internationaux pourrait emprunter une nouvelle voie, orientée vers le nord à travers l’Algérie. Face à la dégradation de la sécurité sur les routes traditionnelles reliant le Niger aux façades maritimes, le projet Dasa, développé par la compagnie canadienne Global Atomic avec le soutien financier des États-Unis, explore désormais une alternative passant par le Sahara algérien, dans un contexte où Washington cherche à sécuriser son accès à une ressource jugée stratégique.

Le dossier a franchi une étape importante avec l’approbation, par la Development Finance Corporation (DFC) américaine, d’un financement pouvant atteindre 414 millions de dollars pour le projet d’uranium de Dasa, au Niger. Cette annonce, rapportée par Reuters, intervient deux ans après le départ des forces américaines du pays, alors même que les partenariats économiques et sécuritaires de Niamey se recomposent. Porté par Global Atomic, présenté comme l’un des gisements d’uranium à plus haute teneur en Afrique, ce projet constitue pour Washington un moyen de renforcer son accès à une matière première dont l’importance stratégique s’est accrue depuis que l’uranium a été ajouté, l’année dernière, à la liste américaine des minerais critiques.
La principale difficulté demeure toutefois logistique. Le Niger étant un pays enclavé, l’acheminement de l’uranium vers les ports d’exportation dépend de corridors traversant des zones où les risques sécuritaires se sont accrus. C’est pourquoi, selon une source informée des discussions citée par Reuters, Global Atomic étudie plusieurs possibilités pour contourner les routes devenues plus exposées. Parmi les options envisagées figure ainsi une route orientée vers le nord, traversant l’Algérie et le Sahara, dans laquelle il s’agirait d’investir afin de disposer d’un corridor alternatif pour l’exportation du minerai nigérien. À ce stade cependant, il s’agit seulement d’une piste à l’étude, et non de l’annonce d’un projet d’infrastructure officiellement conclu entre Washington, Niamey et Alger.
Cette perspective donne néanmoins une dimension particulière au rôle potentiel de l’Algérie. La frontière commune avec le Niger et l’existence d’axes routiers transsahariens offrent en effet une possibilité de connexion vers le nord, à un moment où les conditions de sécurité compliquent les itinéraires traditionnels. Le renforcement récent des relations entre Alger et Niamey constitue également un élément de contexte notable : Reuters rappelle ainsi que l’Algérie a envoyé des avions au Niger durant l’été pour aider les autorités nigériennes à faire face à une nouvelle tentative de mutinerie.
L’intérêt américain pour ce dossier ne se limite donc pas au seul financement d’une mine. Selon des sources proches du projet citées par Reuters, l’opération représente pour Washington une occasion de consolider son accès à une ressource énergétique stratégique, qui pourrait sinon tomber dans la sphère d’influence de puissances rivales. Ce financement intervient d’ailleurs dans un contexte particulièrement sensible pour le secteur minier nigérien, puisque Niamey est engagé dans un différend avec le groupe français Orano, historiquement très présent dans l’exploitation de l’uranium du pays.
Ce dernier a en effet engagé une procédure d’arbitrage international après avoir perdu le contrôle de certains actifs miniers, un contentieux qui concerne également des stocks d’uranium. Pour les États-Unis, le projet Dasa représente ainsi tout à la fois une opération minière, un investissement financier et un moyen de renforcer leur présence économique dans un secteur stratégique au Niger, la DFC ayant approuvé une facilité de dette pouvant atteindre 414 millions de dollars tandis que les autorités américaines cherchent, selon Reuters, à renouer progressivement avec Niamey après le retrait de leurs forces en 2024.
Si cette option nord devait se concrétiser, l’Algérie pourrait ainsi occuper une position importante dans la chaîne d’acheminement de l’uranium nigérien. Le corridor envisagé permettrait en effet de relier les zones minières du nord du Niger au réseau de transport algérien, avant de poursuivre l’acheminement vers des infrastructures adaptées à l’exportation. Une telle perspective reste cependant conditionnée à plusieurs facteurs : la sécurité du tracé, les accords entre les différents États concernés, les investissements nécessaires et les modalités de transport d’un minerai soumis à des exigences réglementaires particulières.
Par Selma R.



