Valorisation locale des déchets gras: Le CDER franchit une étape clé avec son pilote de production de biodiesel
Transformer un déchet en ressource énergétique. C’est l’objectif d’un nouveau pilote semi-industriel développé par le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), à travers son équipe de recherche « Production et Valorisation de Bioalcool et Biodiesel » (PVBB). Cette installation permet de convertir localement les huiles alimentaires usagées en biodiesel, ouvrant ainsi des perspectives pour la valorisation énergétique des déchets et le développement de l’économie circulaire en Algérie.
Le projet intervient dans un contexte marqué à la fois par les enjeux liés à la gestion des déchets et par la nécessité de diversifier les sources d’énergie. Les huiles de cuisson usagées, fréquemment rejetées dans les réseaux d’assainissement, constituent une source de pollution des ressources hydriques et peuvent contribuer à l’obstruction des canalisations. Pourtant, ces déchets représentent une matière première susceptible d’être transformée en carburant renouvelable.
Selon les données de l’Agence nationale des déchets (AND), le gisement national d’huiles alimentaires usagées était estimé à 450 519 m³ par an en 2018. Un volume appelé à augmenter avec la croissance démographique et le développement du secteur de la restauration. Classées parmi les déchets spéciaux, ces huiles demeurent toutefois largement sous-exploitées sur le plan énergétique. Le pilote développé par le CDER peut traiter jusqu’à 150 litres d’huile de cuisson usagée par cycle.

Il repose sur un procédé chimique connu sous le nom de transestérification, utilisé à l’échelle internationale pour la production de biodiesel. Concrètement, l’huile usagée est mise en contact avec un alcool et un catalyseur, sous agitation et à température contrôlée. Cette réaction transforme les triglycérides présents dans l’huile en esters d’acides gras, qui constituent le biodiesel, ainsi qu’en glycérol, un coproduit pouvant lui-même être valorisé. Après les différentes étapes de séparation et de purification, le biodiesel obtenu peut être utilisé dans les moteurs diesel conventionnels, soit seul, soit en mélange avec le gazole. Au-delà de la production de carburant, le développement de ce pilote constitue surtout une étape vers la maîtrise locale des technologies de production de biocarburants.
Les premières campagnes d’essais réalisées par l’équipe de recherche ont livré des résultats encourageants. Les rendements de conversion des huiles usagées en biodiesel ont dépassé 90 % dans certaines conditions opératoires, confirmant la faisabilité technique du procédé et son potentiel pour une valorisation énergétique de ressources disponibles localement.
Le glycérol, un autre potentiel économique
Le processus de fabrication ne se limite pas à la production de biodiesel. Environ 10 % du volume obtenu correspond au glycérol, qui peut constituer une source supplémentaire de valeur pour la future filière. Selon son degré de pureté, ce coproduit peut-être utilisé dans plusieurs secteurs, notamment la cosmétique, la pharmacie, la fabrication de détergents et l’industrie chimique.
Sa valorisation pourrait ainsi contribuer à améliorer la rentabilité économique et environnementale de la filière biodiesel, en favorisant une utilisation plus complète des produits issus du processus. Pour le CDER, cette technologie répond à plusieurs objectifs : réduire les rejets d’huiles usagées dans les réseaux d’assainissement, produire une énergie renouvelable à partir d’une ressource disponible localement, créer de nouvelles opportunités économiques dans la collecte et le traitement des huiles et promouvoir les principes de l’économie circulaire.
La valorisation de ce gisement pourrait ainsi donner naissance à une chaîne d’activités allant de la collecte des huiles alimentaires usagées jusqu’à leur transformation et à l’utilisation du biodiesel dans différents secteurs. Une cartographie réalisée par l’AND met déjà en évidence une répartition hétérogène du gisement sur le territoire national, permettant d’identifier les zones susceptibles d’être prioritaires pour la collecte et le déploiement de futures unités de valorisation.
Les travaux se poursuivent actuellement autour de plusieurs axes, notamment l’optimisation des conditions de production, la recherche de solutions de valorisation du glycérol, le renforcement des partenariats avec les collectivités et les opérateurs économiques, ainsi que l’accompagnement de la structuration d’une future filière nationale du biodiesel.
Synthèse R E.
