Sécurité hydrique: Les efforts de l’Algérie soulignés
Face à l’accentuation du stress hydrique sous l’effet du changement climatique, de la sécheresse qui touche durablement le bassin méditerranéen et de la hausse de la demande, l’Algérie renforce sa stratégie de sécurisation de l’eau. Érigée en priorité nationale par le président de la République, cette démarche repose sur la diversification des ressources, le développement du dessalement, la modernisation des réseaux et la valorisation des ressources non conventionnelles.
La sécurisation de l’eau est devenue une priorité absolue, rendant nécessaire la réduction de la dépendance aux ressources conventionnelles, notamment les eaux de surface et souterraines. Dans un entretien accordé à “Ennahar TV”, le ministre de l’Hydraulique, Lounès Bouzegza, a rappelé que la croissance démographique, l’émergence de nouveaux pôles urbains et l’augmentation des besoins agricoles et industriels imposent de renforcer la disponibilité de la ressource. Dans cette stratégie, le dessalement de l’eau de mer constitue désormais l’un des principaux piliers.

L’Algérie compte 19 grandes stations et 12 stations moyennes, produisant environ 3,6 millions de m³ par jour, soit près de 40 % des besoins en eau potable. Avec les nouveaux projets, cette contribution devrait dépasser 62 % à l’horizon 2029. D’importants projets d’adduction permettront également d’acheminer l’eau dessalée vers plusieurs wilayas de l’intérieur, parfois sur plus de 250 kilomètres. Pour Lounès Bouzegza, cette dynamique traduit également une montée en puissance des compétences nationales.
« Aujourd’hui, nous avons les compétences et les entreprises algériennes capables de réaliser et d’exploiter ces infrastructures », a-t-il relevé, citant notamment Sonatrach et Cosider, ainsi que la mobilisation de jeunes cadres issus des universités algériennes.
En parallèle, les ressources conventionnelles continuent d’être consolidées. Le pays dispose de 82 barrages exploitables et de cinq ouvrages en cours de réalisation, dont trois doivent être livrés cette année. Le taux de remplissage national avoisine 60 %. L’interconnexion progressive des barrages avec les systèmes d’alimentation en eau dessalée doit permettre de mieux combiner les différentes ressources et de renforcer la sécurité de l’approvisionnement.
La modernisation des réseaux constitue un autre axe majeur de cette politique. Les pertes d’eau sont estimées entre 30 et 40 %, notamment en raison de la vétusté de conduites parfois âgées de plus de 50 ans. Des programmes de rénovation sont engagés, parallèlement au déploiement de la télégestion, destinée à détecter les fuites, suivre l’état des réseaux et optimiser la distribution. La généralisation des compteurs, notamment intelligents, doit également améliorer le suivi de la consommation et réduire progressivement le recours au paiement forfaitaire. De son côté, la Police de l’eau est renforcée afin de lutter contre les branchements illicites et le vol d’eau.
Dans le Sud et les Hauts Plateaux, plusieurs projets structurants viennent compléter ce dispositif. Des stations de déminéralisation sont développées à Tindouf, In Salah et Tinzaouatine, tandis que le transfert depuis In Salah permet d’alimenter Tamanrasset sur environ 700 kilomètres. À Béchar, les transferts de Boussir et Kheneg El Kattrani, d’une capacité de 110 000 m³ par jour, permettent désormais de dégager un excédent destiné notamment à l’agriculture et au pôle industriel de Gara Djebilet.
Trois corridors de transfert entre le Sud et les Hauts Plateaux ont par ailleurs fait l’objet d’études finalisées. À plus long terme, le projet « Sud-Sud » prévoit, à l’horizon 2050, le transfert d’eau sur plus de 1 300 kilomètres depuis Timimoun et Adrar vers Béchar et Tindouf. « Nous devons anticiper les besoins futurs et construire aujourd’hui les infrastructures qui permettront de sécuriser l’eau pour les prochaines décennies », a déclaré le ministre.
Enfin, la réutilisation des eaux usées traitées complète cette stratégie. Les 234 stations d’épuration en exploitation produisent environ 1,1 milliard de m³ d’eau traitée, dont une partie est destinée à l’agriculture et à l’industrie. Cette valorisation contribue à préserver les nappes phréatiques et à réserver l’eau potable aux usages prioritaires. Sur le plan sanitaire, le ministre assure par ailleurs que l’eau distribuée par le réseau public fait l’objet de contrôles rigoureux en laboratoire, y compris au moyen de laboratoires mobiles, afin de garantir sa conformité aux normes sanitaires.
Par S. R.
