03/04/2026
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2025 : des mutations géopolitiques et des discours populistes.

Par Anouar El Andaloussi

En cette fin d’année, les analystes comme les politiques s’expriment abondamment pour faire des pronostics sur l’avenir ; mais très peu se penchent sur le bilan de l’année qui vient de se terminer. A votre avis pourquoi ce comportement ou cette attitude ? La réponse la plus plausible serait de dire qu’ils ne se rappellent même pas des objectifs annoncés dans le passé, ou plus grave encore ils ont fait des déclarations à l’emporte-pièce pour plaire, au mieux, à leurs électeurs et au pire à leur « employeurs », alors qu’eux même ils n’en croyaient pas. Dans leur tête, ils doivent se dire, dans une année personne ne s’en rappellera. On n’est pas loin du populisme, dont l’une des postures est l’art oratoire par lequel on vend une promesse et non un résultat à terme. Contrairement au politique, en économie, le populisme peut être démasqué grâce aux chiffres. Une déclaration ou une promesse en économie est généralement portée par un chiffre exprimant une quantité, une valeur, un rapport, un indicateur, une unité monétaire.  Mais la porte reste, tout de même, ouverte même en économie lorsque celle-ci n’est plus présentée par des données quantifiées. C’est le cas aujourd’hui dans plusieurs pays. Donc les promesses économiques, en veux-tu, en voilà. Pour les résultats, il faut repasser.

Globalement, l’économie mondiale a été marquée, en 2025, par des crises géopolitiques majeures et surtout par le rôle joué par Trump. La politique douanière qu’il a menée au cours de cette année est encore dans tous les esprits. Des recompositions géopolitiques ont été constatées, le commerce mondial a été reconfiguré, des politiques protectionnistes ont été mises en œuvre pour contrer celles de Trump. L’endettement des Pays a été fortement augmenté, alors que la croissance a continué le rythme de 2024 et l’inflation est globalement maitrisée dans pratiquement tous les pays avec, toutefois, des tendances haussières au cours des deux derniers mois, particulièrement aux USA.

Trump, toujours derrière les symboles et les coups médiatiques, a décidé de donner une prime à tous les militaires de l’US Army d’un montant de 1776 $ par tête, ce qui représentera une dépense additionnelle de 2.5 Mds de $ si l’on compte 1.4 millions de soldats actifs. Ce montant est prélevé dit-il sur les gains additionnels tirés des Taxes douanières instaurées au printemps dernier.  Mais Pourquoi ce chiffre 1776 ? Ceci correspond à l’année de la déclaration d’indépendance des Etats Unis, soit le 4 juillet 1776. Le populisme quand il devient une idéologie même dans le pays de la rationalité et du pragmatisme, n’augure pas d’un avenir serein ; d’aucuns diraient que les USA sont en phase de devenir une dictature. Le populisme est à la politique ce qu’est le cancer au corps humain, il métastase pour tout détruire.

 A ces aspects généraux qui ont marqué l’année 2025, quelques autres facteurs sont intervenus en cette fin d’année. La signature d’un contrat « historique » de livraison du gaz par Israël à ‘Egypte à l’horizon 2040, soit près de 15 ans de livraison. L’Egypte était exportatrice de gaz jusqu’en 2022. Que s’est–il passé alors pour devenir importateur net ? Même les puits en offshore ne s’épuisent pas aussi rapidement. C’est certainement un problème de planification. Florence Albanese (rapporteuse spéciale des NU sur Gaza) déclarait à ce sujet : « L’Egypte peut dire ce qu’elle veut, mais l’achat de 35 Mds de $ de gaz à Israël viole le droit international, y compris l’avis consultatif de la CIJ de 2024, et constitue un signe incroyable de soutien à Israël pendant le génocide en Palestine. Les Etats doivent cesser de faire passer les profits avant l’humanité. » (Presse internationale). 

Les déclarations euphoriques des deux présidents, américain et russe n’augurent pas un monde serein et des relations internationales apaisées. Les politiques protectionnistes se renforcent par des mesures tarifaires ou non tarifaires. L’acier algérien est taxé en Amérique à 127%, car considéré comme un produit bénéficiant d’une politique de dumping que la législation américaine sanctionne sévèrement. (Communiqué du département du commerce américain).

Le même sort sera réservé au ciment/clinker exportés par l’Algérie. En effet, l’Algérie subventionne ces deux produits (acier et ciments) à travers des prix fortement soutenus de l’énergie (gaz et électricité) dont la part de cette dernière dans les coûts de production est de plus de 55% pour le ciment et plus de 40% pour l’acier et les métaux ferreux. Avec ces taxes de protection, l’Algérie perdrait ses marchés récemment conquis et continuera à subventionner les pays étrangers et les opérateurs économiques exportateurs étrangers comme Holcim pour le ciment/clinker et Tosyali et Algerian Qatari Steel (AQS) pour l’acier, par le truchement des transferts de dividendes. La bonne règle est que chaque fois que l’opérateur économique exporte des produits fortement subventionnés, il doit rembourser au moins une partie de la subvention. Cette subvention profite au pays importateur et à l’entreprise exportatrice. Le Trésor public enregistre un manque à gagner fiscal et une dépense budgétaire. 

La guerre, terres rares contre semi-conducteurs, a été évitée de justesse entre la Chine et les USA. Selon des analystes des relations Chine/USA, cette guerre aura lieu à moyen terme, et elle sera décisive et même critique pour le leadership technologique mondiale. « Début novembre, le patron de Nvidia (société IA) a semé la panique en déclarant au Financial Times : « La Chine va remporter la course à l’intelligence artificielle.» Et d’avancer un argument apparemment paradoxal : boycotter Pékin, c’est l’encourager à développer ses propres capacités tandis que les Etats-Unis peuvent conserver leur avance « d’une nano seconde » s’ils parviennent à maintenir les développeurs d’IA dépendants des puces Nvidia. Jensen Huang (Patron de Nvidia) a eu gain de cause auprès de la Maison Blanche, en obtenant début décembre de Donald Trump l’autorisation d’exporter ses puces dites « H200 » vers Pékin. » (Le Monde du 23/12/2025). La Chine, de son côté, n’a pas interdit l’exportation des minéraux rares vers les USA. Le face-à-face Chine-Amérique se déroulera désormais dans le Pacifique ; ainsi l’Europe sera définitivement déclassée. Elle est déclassée dans le dossier ukrainien, alors qu’elle est appelée à supporter seule (sans les américains) l’effort de guerre estimé pour l’année 2026 à 120/150 Mds de $. Pour certains dirigeants européens (Macron en tête), la solution est toute trouvée, il faut puiser dans les avoirs russes estimés à 210 Mds de $. Pour d’autres, ces avoirs ne peuvent être que gelés mais jamais confisqués, sinon la crédibilité du système financier européen sera entachée. Au final les 27 ont obtenu un accord pour financer 90 Mds de $ à emprunter sur le marché financier, c’est-à-dire remboursable, donc supportés par le contribuable européen.  Pendant que l’Amérique négocie avec la Russie un plan de paix, dont l’arrière-pensée est l’exploitation des ressources naturelles russes et ukrainiennes, l’Europe collecte les fonds nécessaires pour l’Ukraine ; quel destin pour le vieux continent. 

M. Nacer Bourenane (Contribution https://lesenjeuxeco.dz/lan-2025-le-debut-de-la-fin-des-illusions/ ) résume la situation du monde en cette fin d’année en des termes pertinents : « Pour tous, 2025 marque la fin des illusions. Elle marque une accélération du processus interne de déconstruction avec ce qu’il charrie de drames.  Mais ce n’est là qu’un premier aspect. Un autre mérite d’être mentionné. Au double plan commercial et financier, le système fondé sur l’utilisation du dollar américain comme référent universel et comme la monnaie de dernier recours est remis en cause. »

Gardons l’espoir que l’année 2026 sera meilleure. Rien n’est moins sûr.

ANOUAR EL ANDALOUSSI

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