Diversification économique et relance de la croissance: L’Algérie mise sur son potentiel minier
Longtemps éclipsé par la rente pétrolière, le secteur minier s’impose aujourd’hui comme un levier central de la diversification économique en Algérie. Porté par des projets structurants et un nouveau cadre juridique destiné à séduire les investisseurs, il se prépare à transformer des richesses géologiques encore sous-exploitées en moteur de croissance, d’emplois et d’exportations.
Jusqu’ici cantonnée à une contribution marginale (à peine 1 % du PIB national), l’activité minière est en passe de devenir un pilier de la stratégie économique du pays. « Nous voulons transformer les potentialités géologiques immenses de l’Algérie en une richesse durable, créatrice de valeur et d’emplois. Le temps où l’on exportait la matière brute est révolu », a affirmé Djamel Eddine Choutri, chef de cabinet de la secrétaire d’État chargée des Mines, lors de son passage au « Forum El Oula » de la Radio nationale.
La stratégie nationale repose sur trois axes majeurs : accroître la part du secteur dans le PIB, créer de la valeur ajoutée localement à travers des filières de transformation et stimuler le développement régional grâce aux grands projets. « Les mines ne sont plus un dossier secondaire, elles deviennent une priorité nationale », a-t-il insisté.
Symbole de cette ambition, le gisement de Gara Djebilet, à Tindouf, constitue la pierre angulaire de la relance. Une première usine de traitement y est déjà opérationnelle, avec une capacité initiale de 250 000 tonnes de minerai de fer par an. Ce projet, qui devrait entraîner la création d’une véritable ville minière, pourrait générer jusqu’à 25 000 emplois directs et indirects d’ici 2040.À l’Est, le mégaprojet intégré de phosphate reliant Tébessa, Souk Ahras et Annaba s’appuie sur des réserves estimées à 2,2 milliards de tonnes. Chaque année, 10 millions de tonnes de minerai brut y seront traitées afin de produire 6 millions de tonnes de phosphates enrichis, destinés notamment à la fabrication d’engrais.
« Ce projet est structurant car il permettra à l’Algérie de garantir sa sécurité alimentaire tout en exportant massivement vers l’Afrique », a expliqué le responsable. Avec 10 000 à 12 000 emplois attendus, il marquera une étape clé dans l’industrialisation du pays.Un autre chantier d’envergure est en préparation à Béjaïa, où le projet de zinc et de plomb d’Oued Amizour viendra compléter le dispositif. Doté d’une capacité de traitement de 2 millions de tonnes de minerai brut par an, il devrait fournir 170 000 tonnes de zinc et 30 000 tonnes de plomb, couvrant une partie importante des besoins nationaux et ouvrant la voie à l’exportation. Quelque 8 000 emplois directs sont envisagés.
La mise en œuvre de ces projets est facilitée par le nouveau code minier (loi 25-12), fruit de trois années de concertation. Ce texte simplifie les procédures, instaure un guichet unique, transforme les titres miniers en actifs bancables et met fin à certaines contraintes, dont la règle 51/49, désormais appliquée de manière ciblée. « Nous avons levé les verrous qui freinaient les investisseurs. Désormais, l’explorateur qui découvre un gisement a la garantie de pouvoir l’exploiter. C’est un changement majeur », a-t-il insisté.Au-delà de l’exploitation, l’État investit dans la prospection. Depuis 2001, 26 projets d’exploration ont été lancés dans 17 wilayas pour un budget de 4,8 milliards de dinars, et de nouvelles campagnes sont prévues. Les techniques modernes de télédétection et de cartographie 3D sont désormais mobilisées. Parallèlement, le secteur s’ouvre aux start-up, appelées à innover dans le traitement, la logistique et la sécurité.
« Le secteur minier est un terrain fertile pour l’innovation, et les jeunes entreprises y auront toute leur place », a assuré le représentant du ministère.La dimension environnementale est également intégrée à la stratégie : les études d’impact sont désormais obligatoires, tandis qu’une police des mines veille au respect des normes de sécurité et de durabilité.
Enfin, l’Algérie prépare activement le tournant de l’exportation. Jusque-là limitées à quelques produits, les ventes à l’étranger devraient s’élargir aux surplus de fer, de phosphates et de zinc. Pour accompagner cette dynamique, le pays modernise ses infrastructures logistiques avec l’extension des ports d’Annaba et de Jijel ainsi que la création d’une zone logistique à Oran. « Nos mines ne doivent pas seulement alimenter l’industrie nationale, elles doivent aussi positionner l’Algérie comme acteur majeur sur le marché africain et méditerranéen », a conclu Choutri.
Par M A.
