18/05/2026
ACTUALITEAGRICULTURE/PÊCHE

Sécurité alimentaire et modernisation: La digitalisation, clé de l’agriculture durable

L’agriculture algérienne traverse une phase charnière de son évolution. Malgré un potentiel considérable, elle reste freinée par des pratiques traditionnelles, un déficit de modernisation et surtout une faible intégration du numérique. Or, dans un contexte où la sécurité alimentaire est devenue une priorité géopolitique, la digitalisation du secteur n’est plus une option, mais une urgence stratégique.

Les chiffres sont révélateurs : près de 100 milliards de dollars ont été investis dans l’agriculture en vingt ans, dont 80 % destinés à la filière céréalière. Pourtant, les résultats ne sont pas à la hauteur des efforts consentis, en raison d’une gouvernance fragmentée et d’un manque criant de données fiables. « La numérisation est le maillon manquant. Sans données fiables et actualisées, la planification agricole ne peut être ni efficiente ni durable », a rappelé Tarik Hartani, Directeur de l’École nationale supérieure agronomique (ENSA), lors de son passage sur la « Chaîne III » de la radio nationale.

La filière céréalière illustre bien ce paradoxe. L’Algérie dispose de millions d’hectares cultivables mais demeure dépendante des importations de blé. Selon les spécialistes, l’application stricte des itinéraires techniques, combinée aux outils de l’agriculture de précision, pourrait permettre d’atteindre un rendement de 80 quintaux à l’hectare dans un délai de cinq ans. Pour y parvenir, la maîtrise des données sur les stocks, la pluviométrie, les prévisions climatiques et les capacités de stockage est essentielle. Dans l’élevage, l’introduction de la puce électronique pour le suivi des cheptels devrait améliorer la traçabilité et renforcer la sécurité alimentaire en viande rouge. Ces avancées rejoignent les efforts de mécanisation, encore fortement dépendants des importations de machines, pièces et engrais.

La numérisation va bien au-delà des techniques de production : elle constitue aussi un outil de gouvernance.  Aujourd’hui, la collecte des informations reste morcelée, chaque direction agricole locale transmettant des chiffres souvent incomplets ou contradictoires. La mise en place d’un système national d’information agricole, centralisant et valorisant les données sur le climat, les productions ou les finances, figure parmi les projets phares du ministère. À titre d’exemple, à Mostaganem, des données climatiques couvrant un demi-siècle sont restées inutilisées faute d’outils numériques adaptés.Cette mutation repose également sur la formation et l’accompagnement des agriculteurs, en particulier des jeunes qui reprennent les exploitations familiales. Des applications mobiles leur offrent déjà des informations utiles sur les conditions climatiques et les périodes de traitement.

 « La vulgarisation agricole doit s’appuyer sur ces outils numériques afin de rapprocher la science des exploitants », a insisté M. Hartani, plaidant pour une synergie entre universités, start-up agritech et associations agricoles.

Mise en place prochaine d’un système national d’information agricole

Le numérique se présente aussi comme un levier d’ouverture économique. Les plateformes de commerce en ligne permettent aux agriculteurs de vendre directement leurs récoltes, en réduisant le poids des intermédiaires et en valorisant la production locale. À l’international, les exemples inspirants ne manquent pas : l’Éthiopie, frappée par la famine il y a quarante ans, a retrouvé un quasi-équilibre alimentaire grâce à une meilleure gouvernance des données, tandis que des pays aux climats rigoureux comme les États-Unis ou la Russie ont démontré que la modernisation pouvait compenser les contraintes naturelles.Les perspectives offertes par le Sahara renforcent encore la nécessité de la numérisation.

Bien que de vastes superficies aient été attribuées, beaucoup restent inexploitées faute d’infrastructures. Dans ces zones, la collecte et l’analyse de données locales permettraient d’anticiper les risques climatiques, comme les vents violents capables de ruiner une récolte, et d’orienter les investissements vers des solutions adaptées. À cette transformation s’ajoute une dimension sécuritaire. La cybersécurité agricole devient un enjeu crucial afin de protéger les bases de données stratégiques. Une nouvelle génération de cadres, formés aux technologies numériques et à l’agriculture de précision, est appelée à jouer un rôle central. À court terme, l’unification des données et la rationalisation des subventions permettront déjà de mesurer des résultats concrets.

À plus long terme, l’impact sera plus profond, avec une agriculture plus productive, plus résiliente et surtout plus durable. « Le défi est clair : passer d’une agriculture consommatrice de subventions à une agriculture productrice de valeur ajoutée, grâce au numérique», a conclu le Directeur de l’ENSA.

La décision du président de la République saluée

Dans cette dynamique, le président Abdelmadjid Tebboune a souligné à plusieurs reprises l’importance de la numérisation pour moderniser l’économie nationale, en mettant particulièrement l’accent sur l’agriculture. La nomination de Yacine Mahdi Oualid à la tête du ministère s’inscrit dans cette logique. Ancien ministre de l’Économie de la connaissance et des Start-up, il incarne une génération résolument tournée vers l’innovation et la digitalisation. Son arrivée ouvre la voie à une accélération de l’introduction des technologies numériques dans l’agriculture, qu’il s’agisse du suivi des cultures, de la gestion intelligente de l’eau ou de la valorisation des données.

Cette orientation traduit la volonté du chef de l’État de lier gouvernance numérique et développement agricole durable, afin de bâtir un secteur plus productif, transparent et attractif pour les jeunes porteurs de projets.« Je salue la décision du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, d’imposer la généralisation de la numérisation dans tous les secteurs avant la fin de l’année 2025, en accordant une priorité particulière au secteur de l’agriculture », a conclu le Pr. Tarik Hartani.

Par Mourad A.

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