Santé publique: La pharmacie hospitalière au cœur des défis de la modernisation
Maillon essentiel du dispositif de soins, la pharmacie hospitalière est confrontée à des enjeux de modernisation, de logistique et de formation. Le Professeur Mohamed Yacine Achouri, chef de service de la pharmacie centrale du CHU Nafissa Hamoud, met en lumière le rôle stratégique de cette profession et les efforts d’adaptation face aux mutations du secteur.
Selon le Pr Achouri, tout établissement hospitalier dépourvu de médicaments « ne peut pas fonctionner correctement ». « Le rôle fondamental du pharmacien hospitalier, “soldat de l’ombre”, est indispensable dans la chaîne de soins », a-t-il insisté lors de son intervention à la télévision algérienne. Le secteur pharmaceutique hospitalier est structuré en plusieurs sections, dont une est spécifiquement dédiée à la pharmacie hospitalière, reconnaissant l’importance de sa gestion spécialisée au sein des établissements de santé.
L’activité pharmaceutique hospitalière est strictement encadrée par la loi 18-11 relative à la santé. Le Pr Achouri a expliqué que cette législation définit avec précision les produits relevant du monopole pharmaceutique, dont la gestion doit impérativement être assurée par les pharmaciens hospitaliers. Parmi ces produits vitaux figurent non seulement les médicaments (y compris les dispositifs médicaux utilisés pour leur administration), mais aussi les réactifs médicaux, les gaz à usage médical (tels que l’oxygène), ainsi que les substances radioactives nécessaires aux services de médecine nucléaire. Il a rappelé que « le rôle central et décisif joué par les pharmaciens hospitaliers durant la pandémie de Covid-19, notamment dans la gestion critique de l’oxygène médical », illustre parfaitement cette mission.
La modernisation du circuit du médicament constitue une priorité. Le Pr Achouri a souligné les progrès accomplis dans la numérisation du système, notamment par la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH). Depuis trois à quatre ans, la PCH a mis en place un système électronique de bons de commande, permettant aux hôpitaux de transmettre leurs besoins de manière dématérialisée. Il a toutefois insisté sur la nécessité de mettre à jour cet outil afin de garantir un accès plus large aux données et de renforcer la sécurité des approvisionnements. Ce besoin d’amélioration est d’autant plus crucial avec l’introduction des traitements innovants et coûteux (médicaments biologiques, traitements du cancer et des maladies rares). « Chaque année, les besoins des établissements hospitaliers sont transmis à la Direction de la pharmacie du ministère de la Santé, qui coordonne avec la PCH pour garantir une distribution rigoureuse et la disponibilité permanente de ces traitements hautement sensibles », a-t-il précisé.
Pour assurer l’efficacité et la pérennité du système, le Pr Achouri s’est engagé dans la formation continue des professionnels de santé. Il est d’ailleurs président de l’Association algérienne de pharmacie économique, qu’il a contribué à fonder pour consolider la collaboration entre pharmaciens. « Cette association a pour objectif de former les professionnels aux notions d’économie pharmaceutique et de promouvoir une culture d’utilisation rationnelle du médicament (« usage rationnel du médicament »), alliant efficacité thérapeutique et pérennité économique », a-t-il indiqué. Le Pr Achouri a insisté sur le développement des compétences des jeunes pharmaciens dans des domaines clés tels que les marchés publics et la gestion complexe du circuit du médicament hospitalier. En conclusion, le Pr Achouri a adressé un message fort aux jeunes pharmaciens hospitaliers, résumant la noblesse de leur mission : « C’est une profession exigeante, mais noble, car sauver une vie, c’est sauver l’humanité entière ».
Par M. A
