18/05/2026
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Electricité : L’Algérie à la conquête du marché européen

L’Algérie semble franchir un seuil décisif dans la structuration de son système électrique, au point de rendre désormais crédible un objectif longtemps évoqué mais rarement considéré comme imminent : exporter de l’électricité vers l’Europe. Selon « Attaqa.net », cette ambition prend forme dans un contexte où le pays consolide sa capacité de production, améliore la résilience de son réseau et accélère la diversification de son mix énergétique, tout en dégageant des marges d’excédent qui dépassent désormais la simple couverture de la demande nationale.

Avec une production annuelle de 96,3 térawattheures, presque entièrement assurée par le gaz naturel, l’Algérie bénéficie d’un socle de stabilité que peu de pays de la région peuvent revendiquer. Les réserves colossales de gaz, estimées à plus de 159 trillions de pieds cubes, confèrent au pays une sécurité énergétique durable et une capacité à faire fonctionner de grandes centrales à haut rendement, comme celles de Bellara à Jijel ou de Hadjret Ennous à Tipaza. Ces infrastructures, qui figurent parmi les plus puissantes du bassin méditerranéen, constituent l’ossature d’un système capable de répondre à une demande nationale en croissance tout en absorbant les pics de consommation estivaux, qui ont atteint 20 628 mégawatts à la fin juillet 2025.

Malgré cette poussée de la demande, en hausse de 5,4 % en 2024 et appelée à progresser en moyenne de 5,2 % par an jusqu’en 2027, la société nationale Sonelgaz parvient non seulement à satisfaire les besoins domestiques sans interruption, mais aussi à maintenir une capacité d’exportation journalière de 500 mégawatts vers la Tunisie. Ce simple fait illustre la solidité structurelle du réseau électrique algérien et sa capacité à gérer simultanément croissance interne et engagements régionaux.

Dans ce paysage, la transition énergétique en cours change subtilement mais profondément la trajectoire du pays. La part des énergies renouvelables reste encore modeste, à peine 0,87 térawattheure pour le solaire et des contributions symboliques pour l’éolien et l’hydraulique. Cependant, les orientations actuelles donnent un tout autre relief aux années à venir. L’Algérie mise sur de vastes projets, dont Solar 1000 et l’installation de 2000 mégawatts solaires dans douze wilayas, auxquels s’ajoute un programme de vingt nouvelles centrales totalisant 3 gigawatts.

Ce tournant, soutenu par un ensoleillement dépassant 3900 heures par an dans certaines régions, prépare le terrain non seulement pour alléger la charge pesant sur les centrales à gaz, mais surtout pour dégager un excédent exportable à moyen terme. Les investissements dans les infrastructures sont tout aussi déterminants. Le pays consacre 1,5 milliard de dollars au renforcement de l’interconnexion entre le nord et le sud, avec près de 880 kilomètres de nouvelles lignes de transport, une initiative essentielle pour intégrer pleinement la production solaire saharienne au réseau national. Parallèlement, la mise en service progressive de grandes centrales comme celle de Mostaganem, d’une capacité de 1,5 gigawatt, accentue encore la marge de manœuvre du système national.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la dynamique de coopération internationale. Sonelgaz et Sonatrach ont récemment conclu, avec la compagnie italienne Eni, un accord portant sur une étude de faisabilité relative à un futur câble électrique reliant l’Algérie à l’Italie. Ce projet, qui aurait semblé ambitieux il y a quelques années, trouve aujourd’hui une légitimité nouvelle au regard des excédents en construction, mais aussi des besoins croissants de l’Europe en énergie bas carbone et sécurisée.

Pour Alger, cette perspective va bien au-delà d’un simple débouché commercial. Il s’agit d’un repositionnement stratégique : devenir un acteur énergétique à double vocation, gazière et électrique, et s’inscrire dans la transition énergétique européenne en tant que fournisseur fiable, doté d’un mix en évolution et d’une capacité d’adaptation notable. Pour l’Europe, l’enjeu est tout aussi évident : diversifier ses approvisionnements et sécuriser des flux d’électricité provenant d’un voisin méridional stable et interconnecté. L’exportation d’électricité vers l’Europe n’est plus un exercice de projection lointaine. Les fondations techniques, les capacités excédentaires, les projets renouvelables et les initiatives diplomatiques convergent désormais vers un même horizon. L’Algérie, forte de son potentiel gazier et solaire, avance à grands pas vers un statut de futur hub énergétique régional, capable d’alimenter son marché interne, de stabiliser son voisinage et, bientôt peut-être, d’éclairer une partie du continent européen.

Par M. A.

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