Marché de l’hélium sous pression: L’Algérie se positionne comme acteur stratégique
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient commencent à se répercuter sur un marché stratégique mais souvent méconnu : celui de l’hélium. L’arrêt d’une partie de la production au Qatar, l’un des principaux fournisseurs mondiaux, a fait émerger de fortes inquiétudes quant à la stabilité des exportations internationales. Dans ce contexte de perturbation potentielle, l’Algérie apparaît de plus en plus comme un acteur capable d’amortir le choc et de sécuriser une partie des approvisionnements, notamment pour l’Europe.

La crise s’est accélérée après l’annonce faite le deux mars dernier par la compagnie énergétique qatarie QatarEnergy de suspendre la production de gaz naturel liquéfié et de produits associés dans ses complexes industriels de Ras Laffan et de Mesaieed.
Cette décision intervient à la suite d’attaques de drones ayant visé certaines installations énergétiques, dans un contexte de confrontation militaire croissante dans la région. Deux jours plus tard, l’entreprise a officiellement déclaré un cas de force majeure pour ses clients, tout en poursuivant l’évaluation des dégâts sur ses infrastructures. Selon la plateforme spécialisée « Attaqa.net », le directeur général de Qatar Energy, Saad Sherida Al-Kaabia indiqué dans un entretien accordé au quotidien économique « Financial Times », que la production de GNL dans le complexe touché ne pourrait reprendre qu’une fois le conflit terminé.
Même après la reprise, plusieurs semaines pourraient être nécessaires pour retrouver les capacités de production habituelles, ce qui nourrit les craintes d’un choc durable sur les marchés liés au gaz, dont celui de l’hélium. Ce gaz rare, indispensable dans les domaines de l’imagerie médicale, de l’électronique, de l’aérospatiale ou encore de la recherche scientifique, dépend largement de quelques grands producteurs mondiaux.
Selon Phil Kornbluth, président du cabinet Kornbluth Helium Consulting, une interruption prolongée de la production qatarie pourrait entraîner une perturbation des approvisionnements pendant au moins trois mois. À cette période s’ajouteraient environ deux mois supplémentaires nécessaires pour réorganiser les flux logistiques et rétablir l’équilibre du marché.
À court terme, les marchés ne devraient pas ressentir immédiatement une pénurie brutale grâce aux stocks existants et aux délais de transport relativement longs entre le Qatar et ses principaux clients. Néanmoins, les premières réactions du marché sont déjà visibles : les prix sur le marché spot ont fortement augmenté et certains fournisseurs ont commencé à appliquer des surcharges tarifaires. Au-delà de la production elle-même, la logistique constitue un autre facteur de tension.
Richard Brook, dirigeant de Garrison Ventures, rappelle qu’environ un tiers des approvisionnements mondiaux dépend de conteneurs normalisés qui doivent être envoyés au Qatar pour être remplis avant d’être redistribués dans le monde. Si l’arrêt devait se prolonger, les entreprises seraient contraintes de rediriger leurs chaînes d’approvisionnement, parfois via des routes terrestres contournant le détroit d’Ormuz, une solution techniquement possible mais particulièrement fragile. C’est dans ce contexte que l’Algérie se distingue comme un fournisseur potentiel capable de compenser une partie du déficit mondial.
Le pays dispose d’installations capables de produire environ 50 millions de mètres cubes d’hélium par an, ce qui le place parmi les principaux détenteurs de capacités industrielles dans ce domaine. L’hélium y est récupéré lors du processus de liquéfaction du gaz naturel, principalement à partir du gaz extrait du gigantesque gisement de HassiR’mel, l’un des plus importants champs gaziers au monde. Les données internationales confirment par ailleurs l’importance stratégique de cette ressource pour l’Algérie.
Selon les estimations de l’US Geological Survey, les réserves mondiales d’hélium sont évaluées à environ 52 milliards de mètres cubes. Les États-Unis arrivent en tête avec 20,6 milliards de mètres cubes, suivis du Qatar avec 10,1 milliards. L’Algérie occupe la troisième position avec environ 8,2 milliards de mètres cubes de réserves, devant la Russie, le Canada et la Chine.Sur le plan de la production, la dynamique mondiale reste orientée à la hausse.
En 2024, la production totale d’hélium a atteint 180 millions de mètres cubes, en progression de 4 % par rapport à 2023. Les États-Unis dominent le marché avec 81 millions de mètres cubes, suivis du Qatar avec 64 millions. La Russie occupe la troisième place avec 17 millions de mètres cubes, tandis que l’Algérie se classe quatrième avec environ 11 millions de mètres cubes produits.
Par S. R.
