Importation d’un million de moutons pour l’Aïd: L’État veut briser les mécanismes de spéculation
En prévision de l’Aïd el-Adha, les pouvoirs publics ont décidé de prendre des mesures pour contenir l’envolée des prix du mouton sur les marchés. Lors du dernier Conseil des ministres, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a fixé un prix plafond de 50 000 dinars pour les moutons importés destinés au sacrifice de l’Aïd. Cette décision s’inscrit dans le cadre d’une vaste opération d’importation qui devrait atteindre un million de têtes ovines.

Cette mesure vise à empêcher toute forme de fraude, de contrebande et de spéculation sur un marché particulièrement sensible à l’approche de la fête religieuse. Ces dernières semaines, les prix observés dans certains marchés à bestiaux ont atteint entre 150 000 et 200 000 dinars par tête. Le plafonnement du prix du mouton importé répond également à une préoccupation sociale. Dans un contexte marqué par la hausse généralisée des prix, l’objectif affiché est de permettre aux familles, notamment celles de la classe moyenne, d’accomplir le rituel du sacrifice sans subir la flambée des prix.
Pour Mustapha Bennaoui, ancien cadre au ministère de l’Agriculture et expert du secteur, la décision des autorités s’inscrit dans une logique de régulation du marché. « La fixation d’un prix plafond est une mesure nécessaire dans un contexte où les prix du mouton ont atteint des niveaux très élevés. L’État veut clairement casser les mécanismes de spéculation qui apparaissent chaque année à l’approche de l’Aïd », a-t-il expliqué sur les ondes de la « Chaîne III » de la radio nationale. Selon lui, l’importation massive combinée au plafonnement des prix devrait contribuer à rééquilibrer l’offre et la demande sur le marché national.
Selon les estimations évoquées par les spécialistes du secteur, entre 3 et 4 millions de moutons sont sacrifiés lors de l’Aïd, auxquels s’ajoutent les besoins de consommation durant le mois de Ramadan et la saison estivale. « Si l’on prend en compte l’ensemble de la période qui s’étend de Ramadan jusqu’à la fin de l’été, les besoins nationaux peuvent atteindre près de 6 millions de têtes ovines », a précisé Mustapha Bennaoui. Dans ce contexte, le recours à l’importation apparaît comme une solution pour préserver les équilibres du cheptel national.
Les leçons de l’opération précédente
Toutefois, l’expérience des opérations d’importation précédentes a mis en évidence plusieurs difficultés organisationnelles. Parmi les problèmes relevés figurent notamment l’insuffisance des infrastructures de quarantaine sanitaire, le manque de sites de commercialisation adaptés, ainsi que des difficultés liées à l’alimentation et à l’abreuvement du cheptel importé.
« La logistique reste un défi majeur. L’arrivée d’un million de moutons nécessite une organisation très rigoureuse, depuis les ports jusqu’aux points de vente », a estimé Mustapha Bennaoui. Il a également évoqué la complexité administrative rencontrée par certains acheteurs, notamment les démarches bancaires nécessaires pour finaliser l’acquisition des moutons importés.
Pour améliorer l’efficacité de l’opération, l’expert a suggéré d’impliquer davantage les éleveurs professionnels dans la distribution du cheptel importé. Selon lui, les éleveurs des régions steppiques disposent déjà des infrastructures et du savoir-faire nécessaires pour assurer l’alimentation, l’abreuvement et le transport des animaux.
« Les éleveurs connaissent parfaitement le fonctionnement des marchés à bestiaux. L’administration ne doit pas nécessairement gérer directement la commercialisation. Il serait plus efficace de confier une partie de cette mission aux professionnels du secteur », a-t-il souligné. Avec un prix plafonné à 50 000 dinars, le gouvernement espère ainsi rétablir l’équilibre du marché et garantir l’accessibilité du mouton de l’Aïd au plus grand nombre de ménages.
Par Selma R.
