Modernisation de l’agriculture : Plaidoyer pour une approche stratégique de la souveraineté alimentaire
La modernisation de l’agriculture en Algérie ne peut se limiter à l’introduction de nouvelles technologies ou à la mécanisation des exploitations. Elle doit être pensée comme un projet stratégique global lié à la souveraineté alimentaire, à la sécurité nationale et à la transformation des modes d’organisation du monde agricole. C’est ce que Brahim Zitouni, vice-président du GRFI, a mis en avant lors de sa communication présentée en marge de la conférence de presse annonçant la 24e édition du salon SIPSA FILAHA & AGROFOOD 2026.

Dans son intervention, Brahim Zitouni a insisté sur l’importance du contexte actuel, marqué par l’examen prochain des avant-projets de loi relatifs à l’orientation agricole et à l’élevage. Pour lui, ces textes revêtent une importance capitale puisqu’ils détermineront les futures orientations stratégiques de l’agriculture nationale. Il a ainsi appelé à un large débat impliquant les professionnels, les experts, les chercheurs et les acteurs de terrain afin d’aboutir à une réforme adaptée aux réalités algériennes.
Le vice-président du GRFI a particulièrement mis en avant la dimension géopolitique de la question alimentaire. Selon lui, les crises internationales récentes démontrent que l’alimentation est devenue un instrument de puissance et parfois même une arme stratégique. Il a cité les tensions mondiales autour des ressources agricoles ainsi que les conséquences des conflits internationaux sur l’approvisionnement des marchés. Pour lui, la question alimentaire n’est plus uniquement une question de production agricole, « mais une question de souveraineté nationale », estimant que la sécurité alimentaire doit désormais être intégrée aux priorités stratégiques de l’État.
Dans cette optique, Brahim Zitouni a développé une vision élargie de la modernisation agricole. Il considère que celle-ci ne doit pas être réduite à une simple question technologique, mais qu’elle représente avant tout « une forme sociale et politique d’appropriation de la question alimentaire ». L’intervenant a notamment plaidé pour une refonte des concepts classiques utilisés dans l’agriculture. Il a critiqué la notion traditionnelle de « surface agricole utile », estimant qu’elle reste inspirée d’un modèle européen inadapté aux spécificités des territoires algériens. Selon lui, les espaces steppiques, désertiques ou montagneux ne doivent pas être considérés comme improductifs, mais comme des écosystèmes porteurs de richesses agricoles, pastorales, médicinales et environnementales.
Brahim Zitouni a également accordé une large place à la question des semences, qu’il considère comme l’un des piliers de la souveraineté agricole. Il a dénoncé la forte dépendance aux importations de semences hybrides, tout en soulignant que l’Algérie dispose d’un patrimoine végétal local important pouvant garantir une certaine autonomie.
Selon lui, la modernisation agricole doit s’appuyer sur trois niveaux complémentaires. Le premier repose sur la résilience à travers la valorisation des variétés locales robustes et adaptées aux conditions climatiques nationales. Le second concerne l’amélioration génétique et l’hybridation maîtrisée afin d’augmenter les rendements. Enfin, le troisième niveau vise le développement de cultures et d’élevages à forte valeur ajoutée destinés à améliorer la rentabilité économique des exploitations agricoles.
À tout cela s’ajoute, insiste le vice-président du GRFI, la nécessité d’accorder davantage de liberté d’organisation au monde agricole. Il a plaidé pour des coopératives, des chambres d’agriculture et des interprofessions indépendantes de l’administration, estimant que l’État doit jouer un rôle de régulateur et de contrôle plutôt qu’un rôle d’administration directe des filières. La gestion des risques agricoles constitue également, selon lui, un axe majeur de modernisation. Il a souligné que l’activité agricole demeure l’une des professions les plus exposées aux risques climatiques, sanitaires et économiques. Dans ce cadre, il a appelé à une réforme profonde du système d’assurance agricole afin de mieux protéger les agriculteurs contre les catastrophes naturelles, les sécheresses, les inondations, les vents chauds ou encore les épisodes de gel.
Dans le même cadre, il a plaidé pour une modernisation des mécanismes de subvention publique. Sans remettre en cause le principe des aides étatiques au secteur agricole, il estime indispensable de renforcer les dispositifs de contrôle et de gouvernance afin de limiter les dérives et les détournements de fonds. Par ailleurs, il a affirmé que la question de la souveraineté alimentaire dépasse également les frontières nationales. « L’Algérie ne pourra garantir durablement sa sécurité alimentaire sans une coopération régionale renforcée avec les pays du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest», a-t-il indiqué, estimant que seule une vision régionale intégrée permettra d’éviter que les crises alimentaires futures ne deviennent des facteurs d’instabilité économique et sociale.
Par Z R.
