13/05/2026
ACTUNATIONAL

Algérie–Afrique : Renforcer la souveraineté par la diplomatie économique

À la faveur de la visite officielle du président angolais João Lourenço en Algérie, les relations entre Alger et Luanda semblent entrer dans une nouvelle phase marquée par une volonté commune de transformer des liens historiques en un véritable partenariat stratégique. Pour le professeur Nazim Sini, cette dynamique illustre l’émergence d’une diplomatie économique africaine fondée sur la souveraineté, l’investissement et la complémentarité régionale.

Selon l’expert, l’Algérie et l’Angola partagent plusieurs points communs majeurs. Les deux pays sont des puissances énergétiques du continent et membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, un facteur qui renforce leur poids dans un contexte international marqué par les tensions sur les marchés des hydrocarbures. Mais au-delà du pétrole et du gaz, les ambitions affichées dépassent largement le seul secteur énergétique.

Le rapprochement entre Alger et Luanda vise désormais des domaines stratégiques comme l’agriculture, l’industrie, les infrastructures, les transports et la formation professionnelle. Pour Nazim Sini, ces secteurs constituent les piliers indispensables à l’émergence économique africaine et à la consolidation de la souveraineté des États du continent.

L’expert souligne également que cette coopération ne relève plus uniquement du discours diplomatique. Les accords signés entre l’Algérie et plusieurs pays africains commencent à se traduire concrètement sur le terrain. Il cite notamment les missions économiques algériennes au Tchad, au Niger ou encore en Mauritanie, où des projets d’infrastructures de base sont désormais engagés.

Barrages, routes, réseaux d’assainissement, infrastructures aéroportuaires ou encore corridors logistiques : autant de projets qui témoignent, selon lui, d’un changement d’approche. « L’Afrique a besoin d’investissement et non d’aide au développement », insiste-t-il, rappelant que les infrastructures demeurent la clé de toute transformation économique durable.

Pour l’intervenant, il est essentiel de distinguer commerce et économie. Le commerce repose principalement sur l’achat-revente, tandis que l’économie implique des investissements de long terme mobilisant capital, innovation, financement et emploi. Cette logique permet non seulement de créer des relais de croissance pour l’Algérie, mais aussi d’accompagner l’essor des entreprises nationales à l’étranger.

Cette vision stratégique se retrouve également dans la coopération avec la Mauritanie. À l’issue de la foire des produits algériens organisée récemment à Nouakchott, les opérateurs mauritaniens ont exprimé un intérêt croissant pour les produits algériens, tout en appelant au renforcement des infrastructures logistiques afin d’accélérer l’acheminement des marchandises.

Nazim Sini estime que le développement du continent africain doit impérativement reposer sur trois piliers fondamentaux : l’agriculture, l’industrie et l’énergie. L’agriculture est, selon lui, indispensable pour garantir la souveraineté alimentaire dans un contexte de forte croissance démographique. L’industrie, quant à elle, représente un levier majeur de création de richesse et d’emplois, particulièrement après les leçons tirées de la crise sanitaire du Covid-19 qui a révélé la vulnérabilité des économies dépendantes des importations.

Le troisième pilier reste l’énergie, considérée comme la base de toute modernisation économique. « Sans énergie, il n’y a ni industrie performante ni agriculture moderne », résume l’expert, expliquant ainsi pourquoi la coopération énergétique occupe une place centrale dans les relations algéro-angolaises.

L’Algérie entend également mettre son expertise énergétique au service de ses partenaires africains. La visite récente d’ingénieurs nigériens dans les installations de Sonatrach à Boumerdès illustre cette volonté de partage du savoir-faire algérien dans les hydrocarbures.

Pour Nazim Sini, cette démarche dépasse la simple logique de profit. Former des ingénieurs africains et partager les compétences techniques contribue à renforcer les capacités du continent tout entier. Il estime qu’aucun pays africain ne peut aujourd’hui affronter seul les défis de la mondialisation, des tensions géopolitiques ou des mutations énergétiques.

Dans cette dynamique continentale, la future Banque africaine de l’énergie constitue un projet stratégique majeur. Cette institution devrait permettre de financer les projets énergétiques africains grâce à des capitaux issus du continent lui-même, réduisant ainsi la dépendance envers les bailleurs de fonds étrangers.

L’expert voit également dans la Zone de libre-échange continentale africaine un outil essentiel pour stimuler le commerce intra-africain. Toutefois, il insiste sur la nécessité d’accélérer les réformes réglementaires, douanières et financières afin de lever les freins qui entravent encore les échanges commerciaux sur le continent.

Par Réda Hadi

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