Revue « El Djeich » : L’Algérie à l’aube de l’émergence
L’Algérie avance à « pas sûrs » vers le statut d’économie émergente, amorçant une transformation profonde de son modèle de développement fondée sur la diversification économique, la souveraineté productive et la valorisation des ressources nationales. Longtemps dépendante des hydrocarbures, l’économie nationale s’engage désormais dans une dynamique de mutation structurelle où la sécurité économique est désormais considérée comme un prolongement direct de la sécurité nationale. Cette orientation stratégique, portée au plus haut niveau de l’État, vise à bâtir une économie capable de produire localement, de réduire les importations et de créer une richesse durable fondée sur le savoir, l’industrie et les ressources minières.

Dans son dossier spécial publié dans l’édition de mai 2026, la revue « El Djeich » souligne que cette trajectoire est aujourd’hui reconnue par plusieurs institutions financières internationales, notamment la Banque mondiale, le FMI, la Banque africaine de développement et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Ces organismes saluent les performances enregistrées par l’économie algérienne ces dernières années, notamment en matière de croissance, de stabilité financière et d’attractivité des investissements.
Le dossier rappelle que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a plusieurs fois insisté sur la nécessité de rompre avec l’économie de rente et de construire une économie productive fondée sur la consommation de ce que produit le pays. « Un pays qui ne consomme pas ce qu’il produit demeure dépendant et vulnérable », souligne la revue en reprenant les orientations stratégiques du chef de l’État. Cette vision s’est traduite par une série de réformes destinées à relancer l’investissement, encourager la production locale et restaurer la confiance des opérateurs économiques.
Les indicateurs macroéconomiques traduisent déjà cette évolution. Selon le dossier, l’Algérie figure désormais parmi les économies les plus dynamiques du continent africain et du monde arabe. Le pays occupe la troisième place en Afrique en termes de PIB à parité de pouvoir d’achat et se positionne au premier rang au Maghreb. La croissance économique a été soutenue par une amélioration notable des équilibres financiers, tandis que l’inflation, qui atteignait près de 9 % il y a quelques années, a été ramenée à 2,8 % en 2025 grâce aux mesures de régulation du marché et au renforcement de la production nationale. Cette embellie économique s’accompagne d’un regain d’attractivité pour l’investissement. Près de 19 000 projets ont été enregistrés pour une valeur globale estimée à 61 milliards de dollars.
Ces projets devraient permettre la création de près d’un demi-million d’emplois directs, dans des secteurs variés allant de l’industrie manufacturière à l’agriculture, en passant par les services, la logistique et les technologies numériques. Dans le même temps, les exportations hors hydrocarbures ont doublé en l’espace de cinq ans, confirmant l’émergence progressive d’un tissu productif plus diversifié.
La révolution minière au cœur de la nouvelle stratégie économique
Le dossier met particulièrement l’accent sur la « révolution minière » engagée par l’Algérie, présentée comme l’un des principaux moteurs de la nouvelle stratégie économique nationale. Les autorités misent sur l’exploitation des ressources stratégiques afin de transformer le potentiel géologique du pays en puissance industrielle. Le projet du gisement de fer de Gara Djebilet est cité comme l’un des symboles majeurs de cette ambition. Considéré parmi les plus grands gisements de fer au monde, il bénéficie d’importants investissements logistiques, notamment à travers la réalisation d’une ligne ferroviaire de près de 950 kilomètres destinée à relier le sud-ouest aux infrastructures industrielles et portuaires du nord du pays.
La revue évoque également le projet intégré de phosphate de Tébessa, appelé à jouer un rôle stratégique dans la sécurité alimentaire nationale et continentale. Ce complexe ambitionne d’assurer l’autosuffisance de l’Algérie en engrais dès 2027 et de positionner le pays comme un acteur régional majeur dans l’industrie des fertilisants. D’autres projets sont également en cours dans les filières du zinc et du plomb, notamment dans la région de Béjaïa.
Start-up, innovation et industrie : les nouveaux moteurs de la croissance algérienne
Parallèlement à cette transformation industrielle, l’Algérie accélère sa transition numérique et mise sur l’innovation comme levier de croissance. Le dossier souligne que les start-up sont désormais considérées comme une « richesse nationale » et un pilier de l’économie de demain. Plus de 10 000 entreprises innovantes ont déjà été créées, avec un objectif fixé à 20 000 start-up d’ici 2027.
Les autorités misent particulièrement sur les compétences de la jeunesse algérienne dans les domaines de l’intelligence artificielle, des services numériques, des technologies industrielles et des solutions énergétiques innovantes. Cette modernisation s’appuie également sur le développement des infrastructures et sur une meilleure maîtrise technologique nationale.
La revue souligne que plusieurs projets structurants ont été réalisés dans des délais réduits grâce à l’intégration de technologies avancées et à la mobilisation des compétences nationales. Dans ce contexte, l’industrie militaire nationale apparaît comme un levier stratégique complémentaire, contribuant à renforcer le tissu industriel et à soutenir les capacités de production locale dans plusieurs secteurs.
Selon la revue « El Djeich », l’Algérie cherche à consolider un modèle économique fondé sur la souveraineté, la diversification et la création de valeur locale. Les résultats enregistrés traduisent l’entrée progressive du pays dans une nouvelle phase historique, marquée par l’émergence d’une puissance régionale capable d’assurer sa sécurité économique tout en renforçant son rôle stratégique sur les plans africain, arabe et méditerranéen.
Par Selma R.
