Aïd El-Adha: La collecte des peaux de moutons gagne en efficacité
La campagne nationale de collecte des peaux de moutons sacrifiés durant l’Aïd El-Adha se poursuit à travers les différentes wilayas du pays avec une organisation renforcée et des résultats jugés encourageants par les pouvoirs publics. Pilotée par le ministère de l’Industrie en coordination avec plusieurs départements ministériels et acteurs locaux, cette opération vise à transformer un déchet souvent abandonné en une véritable ressource économique au service de l’industrie nationale.

Placée sous le slogan « Du sacrifice à l’usine : la peau est une valeur à ne pas gaspiller », la campagne enregistre cette année une nette amélioration par rapport aux précédentes éditions. Selon Sara Slimani, directrice des industries agroalimentaires et manufacturières au ministère de l’Industrie, cette progression est le résultat d’une meilleure coordination entre les différents intervenants et d’une mobilisation importante des moyens logistiques et humains sur le terrain.
L’objectif affiché est double : alimenter les unités industrielles nationales en matière première et réduire l’impact environnemental lié à l’abandon des peaux après le sacrifice.
Au-delà de la récupération des peaux exploitables par l’industrie du cuir, les autorités souhaitent désormais développer de nouvelles pistes de valorisation pour les quantités ne répondant pas aux normes industrielles.
Dans cette perspective, les ministères de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique ainsi que de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises ont rejoint cette année la commission nationale multisectorielle chargée du suivi de l’opération.
L’ambition est de favoriser l’émergence de projets innovants capables de transformer ces sous-produits en nouvelles ressources à valeur ajoutée, tout en créant des opportunités d’investissement pour les jeunes entrepreneurs.
Une ressource précieuse pour l’industrie du cuir
Pour le groupe public Textile et Cuir (GETEX), principal opérateur de transformation, la campagne constitue un enjeu stratégique. Son président-directeur général, Toufik Berkani, souligne que les opérations de collecte se déroulent dans de bonnes conditions grâce à la mobilisation des différents partenaires et à l’adhésion croissante des citoyens.
La particularité de cette édition réside également dans la diversité des races ovines sacrifiées, entre cheptel local et moutons importés. Une diversité qui représente à la fois un défi technique et une opportunité pour les industriels.
Les peaux les plus fines pourront être orientées vers la fabrication de vêtements et de gants haut de gamme, tandis que les peaux plus épaisses seront utilisées dans l’industrie de la chaussure et de la maroquinerie.
Selon M. Berkani, cette campagne permettra également de constituer une base de données technique importante afin d’évaluer la qualité des peaux issues des moutons importés et d’orienter les futures stratégies de développement de la filière cuir et laine.
Les responsables du secteur estiment que la valorisation de cette matière première locale pourrait contribuer à renforcer l’intégration industrielle nationale et à réduire progressivement les importations de cuir brut et de produits dérivés.
La relance de cette filière s’inscrit dans la stratégie de diversification économique engagée par les pouvoirs publics, visant à mieux exploiter les ressources disponibles localement et à développer des chaînes de valeur industrielles à forte valeur ajoutée.
La collecte des peaux de moutons s’inscrit dans une approche environnementale fondée sur les principes de l’économie circulaire. Selon le ministère de l’Environnement et de la Qualité de la vie, cette opération contribue à lutter contre les dépôts anarchiques de déchets, à améliorer l’hygiène publique et à promouvoir le recyclage de matières pouvant être réintroduites dans le cycle économique.
Fazia Ameziani, sous-directrice de la politique environnementale et urbaine au ministère, rappelle que cette démarche s’intègre pleinement dans la Stratégie nationale de gestion intégrée des déchets, laquelle vise à développer des filières de réutilisation capables de générer simultanément de la valeur économique et environnementale.
Pour assurer le succès de l’opération, un vaste dispositif de sensibilisation a été déployé à travers les wilayas. Les directions de l’environnement, l’Agence nationale des déchets (AND), le Conservatoire national des formations à l’environnement (CNFE) ainsi que les collectivités locales multiplient les actions de proximité pour informer les citoyens sur les méthodes de conservation des peaux et les points de collecte disponibles.
Les autorités rappellent notamment l’importance du salage et du séchage correct des peaux afin de préserver leur qualité avant leur transfert vers les centres de traitement.
Une fois collectées, les peaux sont acheminées vers des centres spécialisés où elles sont triées, salées et préparées en vue de leur transformation industrielle.
À travers cette campagne, les pouvoirs publics cherchent non seulement à préserver une ressource économique longtemps sous-exploitée, mais aussi à ancrer durablement les pratiques de valorisation et de recyclage dans les comportements des citoyens. Une démarche qui conjugue développement industriel, protection de l’environnement et création de valeur au profit de l’économie nationale.
Synthèse R E/Agence
