Énergie: L’investissement mondial atteindra 3 400 milliards de dollars en 2026
L’investissement mondial dans le secteur de l’énergie devrait atteindre un niveau historique de 3.400 milliards de dollars en 2026, en hausse de 5 % par rapport à 2025, malgré les incertitudes géopolitiques et les répercussions du conflit au Moyen-Orient. C’est ce qui ressort du rapport annuel « World Energy Investment 2026 » publié par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui met en évidence une transformation profonde des priorités énergétiques mondiales sous l’effet des impératifs de sécurité énergétique.
Selon l’AIE, près de 2.200 milliards de dollars seront consacrés aux énergies propres – énergies renouvelables, nucléaire, réseaux électriques, stockage, électrification, efficacité énergétique et carburants à faibles émissions –, soit presque le double des investissements prévus dans le pétrole, le gaz naturel et le charbon, estimés à 1.200 milliards de dollars.
Le rapport souligne que le conflit au Moyen-Orient constitue le principal facteur influençant aujourd’hui les stratégies d’investissement énergétique. Après la crise énergétique mondiale de 2021-2023 provoquée par les perturbations des approvisionnements en gaz russe vers l’Europe, la nouvelle crise renforce davantage la priorité accordée à la sécurité énergétique.
L’AIE estime que les perturbations affectant le détroit d’Ormuz ont profondément remis en question la fiabilité des routes énergétiques traditionnelles. Cette situation pousse les pays producteurs et importateurs à rechercher de nouvelles voies d’approvisionnement et à diversifier leurs sources d’énergie.
L’organisation internationale révèle que plus de 30 installations énergétiques ont été endommagées au Moyen-Orient, incluant des raffineries, des sites pétroliers et gaziers ainsi que des unités de liquéfaction de gaz naturel. Les coûts de réparation pourraient se chiffrer à plusieurs dizaines de milliards de dollars.
Le pétrole recule, le gaz progresse
Malgré la hausse des prix du pétrole, les investissements dans l’amont pétrolier devraient diminuer pour la troisième année consécutive et tomber sous la barre des 500 milliards de dollars en 2026. À l’inverse, les investissements dans le gaz naturel devraient atteindre 330 milliards de dollars, leur plus haut niveau depuis une décennie. Cette progression est notamment soutenue par la multiplication des projets d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL), principalement aux États-Unis et au Qatar.
L’AIE souligne toutefois que la nouvelle crise gazière mondiale suscite des inquiétudes croissantes parmi les pays importateurs asiatiques quant à la fiabilité et au coût des approvisionnements futurs. Les investissements dans les énergies renouvelables demeurent le principal moteur de la transition énergétique mondiale.
Le rapport indique qu’environ 665 milliards de dollars seront investis chaque année dans les projets de production d’électricité renouvelable. Le solaire concentre à lui seul 365 milliards de dollars d’investissements annuels, soit l’équivalent d’un milliard de dollars investis chaque jour dans cette technologie.
L’éolien suit avec 200 milliards de dollars, tandis que l’hydroélectricité attire 75 milliards de dollars. Selon l’AIE, les énergies renouvelables représentent désormais 70 % des investissements mondiaux dans la production électrique. Parallèlement, les importations de panneaux solaires ont fortement augmenté dans plusieurs pays en développement d’Afrique et d’Asie, signe d’un intérêt croissant pour les solutions énergétiques locales permettant de réduire la dépendance aux combustibles importés. Le rapport met également en évidence une renaissance du nucléaire à l’échelle mondiale. Avec 78 gigawatts de nouvelles capacités actuellement en construction dans 15 pays et plus de 80 milliards de dollars investis chaque année, l’énergie nucléaire connaît un regain d’intérêt significatif.
La Chine représente à elle seule un tiers des investissements mondiaux dans ce domaine. Plus de 40 pays disposent désormais de politiques favorables au développement de cette filière, tandis que les petits réacteurs modulaires (SMR) suscitent un intérêt croissant. L’AIE estime que le monde entre progressivement dans « l’âge de l’électricité ». Les dépenses consacrées à l’électricité représentent désormais près de 60 % de l’ensemble des investissements énergétiques mondiaux.
Les investissements dans les infrastructures électriques devraient atteindre 1.600 milliards de dollars en 2026, et près de 2.000 milliards de dollars lorsque l’électrification des usages finaux est incluse.
Pour l’AIE, le conflit au Moyen-Orient marque un tournant historique dans les stratégies énergétiques mondiales. La sécurité, la diversification des approvisionnements, la résilience des infrastructures et la souveraineté énergétique deviennent désormais des critères aussi importants que les coûts ou les objectifs climatiques.
« La manière dont l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz peut être perturbé par le blocage d’un corridor maritime de seulement 50 kilomètres de large ne sera pas oubliée de sitôt », conclut l’Agence internationale de l’énergie. Le rapport estime ainsi que les choix d’investissement réalisés aujourd’hui façonneront durablement le nouvel équilibre énergétique mondial pour les décennies à venir.
Synthèse R E.
