Accélération de la transition énergétique: Un impératif stratégique pour l’Algérie
L’ancien ministre de l’Énergie et ex-PDG de Sonatrach, Abdelmadjid Attar, a livré une analyse approfondie de la situation énergétique nationale, appelant à l’accélération de la transition énergétique et à la mise en place d’un nouveau modèle de consommation énergétique.
S’exprimant, mercredi à Alger, à l’ouverture du deuxième colloque national consacré à la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), Attar a affirmé que la consommation totale d’énergie en Algérie, en se basant sur les données du bilan énergétique national 2024, a atteint 74,9 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), enregistrant une hausse de 3,8 % par rapport à 2023, alors que la production nationale est restée quasi stable à 169,5 Mtep. Cette dynamique a créé une tension croissante entre les besoins du marché intérieur et les volumes destinés à l’exportation, pilier essentiel des recettes nationales.

Ainsi, la structure de la consommation énergétique révèle, poursuit-il, une dépendance marquée au gaz naturel et à l’électricité, qui représentent ensemble près de 70 % du mix énergétique national. En 2024, le gaz naturel a compté pour 37 à 41 % de la consommation finale d’énergie, tandis que l’électricité en a représenté 31 à 32 %, avec une progression annuelle notable de +6,4 % pour l’électricité et +3,5 % pour le gaz.
Le secteur résidentiel et tertiaire concentre à lui seul 47 % de la consommation finale, principalement en gaz et en électricité, avec des taux de dépendance compris entre 70 et 80 %, selon les secteurs. Cette tendance s’explique par la croissance démographique, l’urbanisation accélérée et la généralisation des usages électriques et thermiques. Abdelmadjid Attar a souligné, dans sa présentation placée sous le thème : « La souveraineté énergétique au cœur de toutes les stratégies », que 99 % de la production nationale d’électricité repose encore sur le gaz naturel, faisant de cette ressource la véritable colonne vertébrale du système énergétique algérien. Or, les projections à l’horizon 2035 sont préoccupantes : la demande nationale d’électricité pourrait atteindre entre 126 et 202 TWh, tandis que la demande en gaz naturel varierait entre 64 et 85 milliards de mètres cubes, selon les scénarios de croissance économique.
Dans ce contexte, l’ancien ministre a insisté sur la nécessité d’accélérer la transition énergétique, notamment par le développement massif des énergies renouvelables, dont la part demeure marginale, autour de 1 %, malgré les programmes engagés. Le programme national de 15 000 MW d’énergies renouvelables pourrait permettre de produire entre 22 et 31 TWh, contribuant à économiser des volumes significatifs de gaz destinés à l’exportation. Une production qui reste toutefois minime par rapport à l’augmentation de la demande sur le marché local. Dès lors, il est important de multiplier les programmes EnR afin de réduire la prédominance du gaz dans le mix énergétique.
Pour Abdelmadjid Attar, la transition énergétique ne constitue pas seulement un impératif environnemental, mais un enjeu stratégique de souveraineté énergétique et économique. Elle passe par une maîtrise plus rigoureuse de la demande, une réforme progressive de la tarification de l’énergie et une valorisation locale accrue des ressources fossiles, afin de préparer l’Algérie à l’après-pétrole. Face à l’augmentation rapide de la consommation d’électricité et de gaz, retarder ce virage reviendrait, selon lui, à fragiliser durablement l’équilibre économique du pays et sa capacité à préserver son autonomie énergétique à moyen et long termes.
En conclusion, Abdelmadjid Attar a insisté sur la nécessité d’inscrire la transition énergétique au cœur des politiques publiques et des stratégies des entreprises, dans une logique de responsabilité sociétale et d’intérêt national. Pour lui, accélérer cette transition n’est plus une option, mais un impératif stratégique pour garantir sa souveraineté énergétique et préparer une croissance durable à long terme.
Par Zahir Radji
