14/04/2026
ACTUALITENATIONAL

Air Algérie 2036 : Les coulisses d’une mutation stratégique

Pour s’adapter aux nouveaux enjeux de l’aviation mondiale et à la volatilité du marché, Air Algérie opère une refonte profonde de son modèle économique. À l’horizon 2036, l’objectif est de s’imposer comme un pivot stratégique régional, porté par une politique volontariste de modernisation et d’intégration industrielle.

À travers cette transformation, Air Algérie ne se limite pas à moderniser ses outils ; elle redéfinit en profondeur son positionnement. Entre impératifs économiques, enjeux de souveraineté et ambitions continentales, la compagnie nationale dessine progressivement les contours d’un nouveau modèle, dans lequel le transport aérien s’affirme comme un levier de puissance et de développement pour l’Algérie.

Cette mutation s’appuie sur une vision portée par son PDG, Hamza Benhamouda, qui insiste sur le rôle structurant de l’entreprise dans la politique nationale. « Air Algérie est avant tout un outil au service de l’État pour mettre en œuvre une stratégie nationale de transport aérien », a-t-il rappelé lors de son intervention dans l’émission « Débat politique » de la « Chaîne III » de la radio nationale, soulignant que la compagnie dépasse la seule logique commerciale pour s’inscrire dans une mission de souveraineté et de continuité territoriale.

Cette transformation repose sur plusieurs piliers complémentaires. Le premier concerne la modernisation de la gouvernance et des outils de gestion, afin d’aligner l’entreprise sur les standards internationaux. Le deuxième axe porte sur l’expansion du réseau, avec une attention particulière accordée au continent africain, considéré comme un prolongement naturel de l’espace économique algérien.

Dans ce cadre, la compagnie prévoit de doubler le nombre de ses destinations africaines d’ici 2029, tout en consolidant sa présence en Europe et en explorant de nouveaux marchés en Asie. Toutefois, cette stratégie d’expansion reste indissociable d’un renforcement significatif des capacités opérationnelles. Air Algérie mise ainsi sur un ambitieux programme de renouvellement de sa flotte. Actuellement composée de 59 appareils, celle-ci sera progressivement modernisée avec l’introduction de nouveaux Airbus A330-900, ATR 72-600 et Boeing 737 Max 8. À plus long terme, un programme d’acquisition d’environ 50 avions supplémentaires est envisagé entre 2032 et 2036, avec pour objectif de maintenir un âge moyen inférieur à 10 ans.

« Nous avons une visibilité claire jusqu’à 2036 », a affirmé Hamza Benhamouda, précisant que cette trajectoire permettra à la compagnie de « se redéployer durablement sur l’échiquier international ». Cette montée en puissance s’accompagne également d’un effort soutenu en matière de qualité de service, de ponctualité et de maîtrise des coûts d’exploitation, notamment grâce à une meilleure efficacité énergétique des nouveaux appareils.

Air Algérie en quête de leadership continental

Parallèlement, le fret aérien s’impose comme un levier stratégique majeur. Les capacités actuelles, estimées à 19 000 tonnes par an, devraient dépasser les 65 000 tonnes à l’horizon 2028, grâce à l’extension des infrastructures cargo et à l’introduction de six avions dédiés d’ici 2029. « Le fret représente une opportunité majeure pour accompagner les exportations algériennes », a souligné le PDG, mettant en avant un segment qui, bien que limité en volume, génère une forte valeur ajoutée.

Au-delà des investissements matériels, Air Algérie entend également renforcer son autonomie à travers la montée en compétences locales. La création récente d’une académie aéronautique s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Destinée à former pilotes, techniciens et personnels de gestion selon les standards internationaux, cette structure ambitionne de positionner l’Algérie comme un pôle régional de formation. « Nous voulons disposer d’expertises locales capables de répondre aux exigences du secteur », a expliqué Hamza Benhamouda.

Vers une filière aéronautique algérienne ?

Cette orientation trouve un écho direct dans les préoccupations du tissu industriel national. Invité du débat, Adel Bensaci, président du Clusters mécanique de précision Algérie a insisté sur la nécessité de structurer une véritable filière aéronautique locale.

« La souveraineté passe aussi par la capacité à produire localement », a-t-il affirmé, appelant à une meilleure intégration des entreprises algériennes dans la chaîne de valeur du secteur. Selon lui, près de 400 entreprises dans la mécanique pourraient, à terme, contribuer à cette dynamique, à condition d’être accompagnées vers les standards de certification requis.

Cette dimension industrielle apparaît d’autant plus stratégique que le secteur aérien reste fortement dépendant de facteurs externes. La hausse brutale du prix du carburant, passé de 800 à 1 700 dollars la tonne en l’espace d’un mois, illustre la vulnérabilité des compagnies face aux chocs géopolitiques. Dans ce contexte, Air Algérie s’efforce d’optimiser ses coûts tout en maintenant des tarifs compétitifs, dans un secteur où les marges dépassent rarement 3 à 6 %.

Malgré ces contraintes, la compagnie poursuit son développement, notamment sur le réseau domestique, où le nombre de vols est passé de 33 000 en 2023 à 40 000 en 2025. Une progression qui traduit son rôle central dans le désenclavement des régions du Sud et dans l’accompagnement des dynamiques économiques locales.

Par Selma R.

Publicité

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *