Algérie–Espagne: Un partenariat énergétique en consolidation
L’Algérie confirme sa place stratégique sur le marché gazier ibérique en assurant 30,2 % de l’approvisionnement total de l’Espagne, soit 11 373 GWh. Ce positionnement en tant que deuxième fournisseur contribue à renforcer la sécurité énergétique espagnole, dans un contexte où l’Union européenne tente, non sans difficultés, de concrétiser son plan de sortie du gaz russe à l’horizon 2027.
Le marché gazier ibérique a ainsi présenté, en mars dernier, une configuration révélatrice des nouveaux équilibres énergétiques. L’Espagne a enregistré une hausse notable de ses importations de gaz naturel liquéfié, y compris en provenance de Russie, illustrant le décalage persistant entre les ambitions politiques européennes et les réalités du marché, selon une analyse publiée le 10 avril 2026 par le quotidien espagnol « La Razón ».
Dans ce paysage en mutation, les États-Unis occupent la première place avec 11 938 GWh, soit 31,7 % des importations mensuelles, tandis que l’Algérie suit de près. Cette performance repose sur un modèle d’approvisionnement hybride, combinant livraisons par gazoduc et expéditions de GNL, ce qui confère à Alger une flexibilité particulièrement appréciée par ses partenaires européens. De son côté, la Russie se maintient en troisième position avec 26,1 %, enregistrant une progression notable sur une année. Sur l’ensemble du premier trimestre 2026, cette hiérarchie se confirme.
L’Algérie totalise 30 616 GWh, soit près de 29,6 % des importations espagnoles, consolidant ainsi son rôle de fournisseur clé aux côtés des États-Unis. À eux deux, ces pays couvrent près de 62 % des besoins gaziers de l’Espagne, soulignant leur poids déterminant dans l’équilibre énergétique du pays. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte géopolitique particulièrement tendu, notamment au Moyen-Orient, où les menaces pesant sur le détroit d’Ormuz perturbent les circuits traditionnels d’approvisionnement.
Dans ce cadre, l’Algérie apparaît comme un partenaire fiable et stable, capable de s’adapter rapidement aux fluctuations de la demande européenne. Parallèlement, la montée des importations de gaz russe, qui ont presque doublé en un an, met en évidence les limites de la stratégie européenne. Bien que Bruxelles ait fixé des échéances strictes, notamment l’interdiction des nouveaux contrats de GNL dès 2027 et l’arrêt total des flux par gazoduc à la même échéance, les contrats à long terme existants continuent de produire leurs effets, en particulier ceux liés au projet Yamal LNG.
Sur le plan opérationnel, l’Espagne affiche toutefois des indicateurs de sécurité rassurants. Ses stocks souterrains sont remplis à hauteur de 60 %, tandis que ses terminaux de regazéification fonctionnent à 65 % de leur capacité. Le pays a, en outre, diversifié ses sources d’approvisionnement en important du gaz depuis une dizaine de pays, même si aucun fournisseur du Moyen-Orient ne figure actuellement dans ce portefeuille en raison des tensions régionales.
Enfin, la demande intérieure connaît des évolutions contrastées. Si la consommation globale a légèrement progressé de 1,3 % en mars, l’utilisation du gaz pour la production d’électricité a fortement augmenté, avec une hausse de 46,8 %, traduisant une dépendance accrue aux centrales thermiques. À l’inverse, la consommation conventionnelle des ménages et de l’industrie est en recul. Dans le même temps, l’Espagne consolide son rôle de hub gazier régional, avec des exportations en hausse de 2,8 % vers le reste de l’Europe.
Par S. R.
